Podz-Glidz, le podcast Lu-Glidz.
Des histoires du cosmos du parapente.
Aujourd'hui, nous avons Kerem Jaspersen et Lucian Haas au micro.
Kerem Jaspersen est un nom qui suscite chez beaucoup de pilotes de parapente de la scène germanophone ce sentiment de « je le connais d'quelque part ». Ce n'est pas parce que Kerem se serait fait remarquer quelque part avec des grandes traversées ou en tant que pilote de X-Alps de l'extrême. Kerem s'est fait connaître il y a des années avec des vidéos de parapente narratives aux titres comme Rush Our Dream ou Fliegen ist Freiheit. C'était encore tout au début de l'ère YouTube. Depuis 2010, le quarantenaire vit et vole aujourd'hui en Angleterre. Souvent, il est accompagné en vol par sa femme Lena, mais aussi par sa chienne Bella. Et même en l'air. Je me suis demandé comment Kerem avait réussi à faire en sorte que Bella supporte patiemment des vols en thermique de plus d'une heure.
Une fois devant le micro, je lui ai bien sûr demandé d'en dire plus. Durant l'heure qui suit, on abordera aussi la façon dont on vole en Angleterre, pourquoi Kerem a eu la réputation d'être un hors-la-loi au DRV, et comment il est arrivé au point qu'une zone de vol en Amérique centrale, au Salvador, porte son nom. Si vous avez l'impression, avant de commencer, que ce Kerem Jaspersen doit être un véritable virtuose, écoutez bien attentivement la musique. Car elle vient aussi de Kerem. Le morceau s'appelle Istanbul et il l'a composé il y a des années sur son iPhone pendant une longue attente dans un aéroport.
Imaginons qu'on aille voler. Toi et moi ensemble. Mais c'est toi qui décides où et comment on fait ça. Juste selon tes préférences. Et du coup, je te demande : qu'est-ce qu'on préfère faire ? On va plutôt sur la côte pour faire du soaring ou on va plutôt voler en montagne ?
J'aimerais bien qu'on aille voler ici en Angleterre, et on peut aussi faire du soaring en montagne. C'est presque comme sur la côte, sauf qu'il y a une belle montagne.
Et on prend quelle aile avec nous ? Une EN-A, une EN-B ou une EN-C ?
C'est entièrement à toi de décider, parce qu'ils volent tous aussi bien dans des conditions de soaring. Et personnellement, j'aime toujours bien être en EN-B. Et ça, c'est parce que je suis toujours distrait quand je vole en prenant des photos, en filmant ou en transportant des passagers.
Quelle aile tu voles en ce moment ?
Un Low-EN-B, un Phantom XS.
D'accord, maintenant on passe à la suite. On doit décider quel sellette on emmène ? On prend un sellette de repos ou un sellette d'assise ?
Comme on doit monter sur chaque montagne ici, je préfère les sellettes légères. Et oui, donc soit j'aime bien les sellettes d'alpinisme, vraiment très légères, soit des sellettes de repos légères. Donc je dirais, prenons une sellette de repos, c'est plus chaud à cette période de l'année.
D'accord, et pour le casque, ouvert ou fermé ?
Un bon casque est fermé.
Dernière question pour cette session alors. Est-ce que tu vas prendre ton chien avec toi, oui ou non ?
Oui, on va l'emmener avec nous. Et
c'est possible en avion ?
C'est possible, enfin on ne peut pas emmener n'importe quel chien comme ça, mais pour nous, c'était plutôt qu'on ne pouvait pas ne pas l'emmener parce que, oui, on a essayé plusieurs fois, mais elle n'arrêtait pas de gémir et d'aboyer et elle voulait venir. Et puis on l'a enfermée dans la voiture et elle nous a défoncé la caisse, elle a carrément arraché le plafond.
Et oui, on s'est dit qu'elle devait bien venir, puisqu'elle ne pouvait pas rester là.
Oui, j'espérais que tu dirais que tu emmènes le chien, c'est-à-dire que j'avais déjà préparé cette réponse dans ma tête. Il y a une vidéo sur YouTube, tu l'as aussi montrée, elle s'appelle Bella Dog et on y voit comment tu voyages en avion dans les Alpes avec ton chien Bella. Là, Bella est en fait assise très calmement sur tes genoux, d'une certaine manière. C'est un tout petit chien, pas un chien de salon, mais plutôt de taille moyenne, et avec un harnais spécial, si j'ai bien vu. Et en plus, elle porte aussi des lunettes vraiment cool, donc le chien porte ces lunettes cool. Comment as-tu fait pour avoir l'idée de voyager en avion avec ton chien, au juste ?
c'est arrivé petit à petit. Au début, on l'a emmenée, comme je l'ai dit, juste par gêne. Mais ensuite, la question s'est posée de savoir si on devait l'emmener avec nous pour notre voyage de noces... dans les Alpes ou pas. Et on n'était pas tout à fait sûrs qu'elle se comporterait aussi calmement lors de longs vols que lors de courts vols de tourisme. Mais on s'est dit qu'on allait tenter le coup, on avait assez pratiqué avec elle. Et en fait, après un tel... enfin, dès le premier vol, on a voyagé plus d'une heure et elle était parfaitement calme. Donc... Mais on l'a aussi... simplement achetée. Le chien est très gourmand et on a toujours pris une dose supplémentaire de ses snacks préférés, et alors pendant le vol, avant et après le vol, il y avait une quantité infinie de ces friandises, donc elle a aussi pris du plaisir à voler.
Et on a remarqué qu'elle devenait de plus en plus détendue.
Tu as dit qu'un tel vol a duré une heure. Montre que par moments, elle n'était peut-être pas très à l'aise, qu'elle a peut-être même eu la nausée. Je veux dire, elle a dû faire de la thermique, là ça tournait toujours en rond.
Pas du tout. Elle n'a pas du tout été mal, et la seule chose, quand ma femme volait très près de nous, c'est qu'elle avait toujours cette envie de passer de l'autre côté. Elle le fait encore, elle se lève parfois et essaie de... Elle est très excitée et veut toujours aller là-bas, et j'ai l'impression qu'elle n'a aucune notion de la hauteur. Elle ne le prend pas d'une certaine manière... Je pense que si on lui disait de sauter, elle essaierait de sauter. Elle est totalement insensible à la douleur.
Alors, tu as dit que vous avez entraîné, que tu as commencé par de petits vols avec des suspentes. Qu'est-ce qu'il faut apprendre au chien ou comment es-tu procédé ? Pour qu'elle l'accepte vraiment et se dise simplement : « ça, je me laisse faire ».
D'un chien à l'autre, c'est très différent, parce que certains chiens aiment être portés ou s'assoient naturellement sur les genoux et d'autres non. Et notre chien, il n'aimait pas ça du tout. Ce n'était absolument pas un chien de膝, il a fallu le dresser. Donc, quand on était assis, il fallait qu'il pose d'abord ses pattes avant sur le genou et alors il recevait de la nourriture. Ensuite, on lui a appris à s'asseoir dans une... une caisse et on l'a toujours nourri. Puis on a commencé à le soulever un peu avec la caisse et à le reposer en le nourrissant. Ensuite, je lui ai appris à monter dans un sac de courses, un sac Ikea un peu plus grand, et je l'ai soulevé avec ça.
Et toujours avec de la nourriture et beaucoup de jeux. Le premier vol, ou les trois ou quatre premiers vols, se sont faits en tandem. Donc là, ma femme était avec nous ou un ami. Et il avait le chien, moi je me suis juste occupé du vol et le passager s'est occupé uniquement du chien. Et ça aussi toujours avec beaucoup de nourriture, des vols courts. Et c'est comme ça qu'on l'a habituée petit à petit.
Est-ce que c'est quelque chose de spécial pour le décollage ? Je veux dire, tu marches, et elle est probablement juste suspendue devant ta poitrine aux mousquetons. Un chien doit pouvoir supporter ça au début.
Oui, ce que j'ai fait, c'est que j'ai maintenant une ceinture d'alpinisme, enfin la partie pectorale. J'ai une ceinture d'alpinisme pour humain et le chien a une sangle, et je l'accroche de façon à ce que quand je suis debout, elle pend presque devant ma poitrine ou mon ventre. Et je peux juste marcher librement. Et dès que je m'assois, elle se retrouve quasiment automatiquement sur mes genoux. C'est comme ça que ça se passe pour le départ, mais c'est évidemment inconfortable pour le chien. Et il faudrait aussi s'entraîner tranquillement avant. Parce qu'au moment du départ, il faut bien sûr se concentrer sur le départ et on ne peut pas s'occuper du chien.
Est-ce que tu ne fais que des départs vers l'avant ou est-ce que tu fais aussi des départs en arrière ?
Les deux sont possibles, en arrière et en avant. En fait, je préfère même le départ en arrière, parce que courir n'est pas très agréable pour le chien. Et avec du vent fort, on n'a pas besoin de courir.
Maintenant, je m'imagine que tu décolles, et là tu dois te mettre d'une manière ou d'une autre devant, probablement sur les genoux, et dire : « Allez, reste tranquille » ou quelque chose comme ça. En même temps, le décollage est évidemment une phase stressante où on est peut-être occupé par autre chose. Le mieux serait peut-être de mettre la pompe de maison à gauche du décollage et de dire : « Je dois y entrer maintenant », tout en gérant mon chien en même temps. Mais tu vas réussir à tout organiser correctement.
Oui, tu abordes un bon sujet, parce que c'est vraiment le point principal, je pense, quand on vole avec un chien. Bon, il s'assoit déjà automatiquement sur mes genoux, mais aussi parce qu'il a l'habitude. Je crois...
Lors du premier vol, il a fait un demi-saut et s'est mis à balancer à côté de moi, et là, j'ai soudainement eu énormément de travail. Je devais entrer dans la bande d'ascendance, éviter les autres pilotes, relever le chien, et c'était... Enfin, quand on vole avec son chien, le pilotage doit devenir secondaire. Ça doit être tellement intégré qu'on n'y pense plus. Parce qu'avec toute la préparation au décollage, le décollage et le vol, un chien, c'est déjà une charge de travail supplémentaire.
Est-ce que ce harnais dans lequel il est accroché est une fabrication spéciale ?
Il existe en version spéciale, mais là, c'est juste un harnais d'escalade pour chiens standard qu'on peut acheter comme ça, tout simplement.
En tant que harnais d'escalade, pour faire de l'escalade en montagne en fait ? Exactement. Je ne savais pas du tout qu'il existait... des harnais d'escalade pour chiens, c'est... Ça existe. Oui, d'accord, on n'arrête jamais d'apprendre. Eh bien, j'ai vu que Bella portait aussi des lunettes pendant le vol. Et normalement, on pourrait imaginer, enfin je n'ai pas de chien, j'ai juste un chat, mais si je lui mettais des lunettes, elle ne ferait que s'occuper à essayer de retirer ces foutues lunettes de ses yeux d'une manière ou d'une autre. Comment as-tu fait pour que Bella supporte simplement ces lunettes ?
Alors, les chiens ont besoin de lunettes parce qu'ils peuvent avoir une conjonctivite s'ils sont exposés à un tel flux d'air. C'est pour ça qu'il ne faut pas non plus les laisser regarder par la fenêtre quand on conduit, par exemple. Et il existe des lunettes spéciales pour chiens qui ont une sangle qui passe derrière la tête et une autre qui passe sous le museau, comme un élastique. Grâce à ça, elles tiennent assez bien en place. Et oui, la marque s'appelle Doggles, donc comme Goggles, mais avec un D. Elle garde les lunettes, donc au décollage et pendant le vol. C'est un vol, bizarrement, je ne sais pas pourquoi. Et dès qu'on a atterri, elle se met à avoir l'idée qu'elle n'a plus vraiment envie de porter ses lunettes.
Peut-être qu'elle est aussi excitée dans les airs. Peut-être. Alors elle ne pense même plus aux lunettes. Il y a tellement de choses à voir que cette partie ne l'intéresse plus vraiment.
Je peux aussi imaginer qu'elle est tellement excitée au début qu'elle finit par oublier. Mais je ne l'ai jamais vue essayer d'enlever ses lunettes.
Tu as l'impression que Bella s'amuse vraiment ? Il y a des chiens qui, dès que tu ouvres la portière, sautent dans la voiture parce qu'ils adorent ça ou quelque chose comme ça. Tu as l'impression qu'elle adore aussi voler ? Et dès que tu arrives avec le harnais de montagne, elle se dit : « Hé, on va encore voler ? »
Oui, enfin, elle a clairement, je pense qu'on a réussi à lui associer tellement de choses positives qu'elle est déjà contente quand on le sort. Et quand il s'agit de décoller, elle est de toute façon presque impossible à retenir. Je pense aussi que c'est plutôt parce qu'elle a peur de ne pas pouvoir suivre. Mais en principe, je crois que c'est plutôt qu'elle est contente que tout ça commence, qu'on parte en voiture avec les sacs de matériel, parce qu'elle sait qu'on va monter quelque part en montagne. Et je pense que c'est plutôt la promenade qui lui fait plaisir et qu'elle accepte le vol. Mais je n'ai pas non plus l'impression que ça la dérange vraiment beaucoup.
Si tu pars en vol avec le chien, à quelle fréquence l'emmènes-tu vraiment avec toi ? Enfin, quand on part en vol ensemble, presque toujours. Et quand je pars seul et que je n'ai pas besoin d'emmener le chien, alors non. Donc, probablement une fois sur deux ou sur trois, elle vient environ avec nous.
Mais au final, ça veut dire que tu voles un peu moins aujourd'hui, ou du moins que tu ne restes pas très longtemps en l'air, parce que tu dois prendre le chien en compte et te dire : OK, je vais peut-être préférer atterrir après 20 minutes. Peut-être qu'elle ne se sent plus très bien à ce moment-là, ou est-ce que ce n'est pas du tout une restriction ?
Ce n'est pas vraiment une restriction. Oui, on a déjà fait de vrais petits vols de distance avec le chien. Si je pense à un vol en soaring, après une heure, je n'ai déjà plus envie de continuer.
Alors, je vais carrément atterrir à nouveau.
T'as plus envie parce que t'as froid, ou t'as plus envie parce que tu te dis : « Soaring ennuyeux, là je suis passé 500 fois devant la crête, ça suffit pour aujourd'hui ? »
Ouais, je pense que je suis plutôt du genre à aimer le décollage et l'atterrissage. Le décollage et l'atterrissage, ça me plaît. Je décolle, je plane un peu, je me pose, je discute et je repars. Pour moi, c'est ça qui est cool dans le soaring : le fait de pouvoir aussi être au sol. Mais si j'ai une mission précise, genre une distance à parcourir ou un endroit où je veux aller, alors je peux voler pendant des heures. C'est juste quand je plane sans but précis que ça fait genre une heure. C'est d'ailleurs le maximum que je fais d'habitude.
Tu as dit tout à l'heure que pour notre voyage imaginaire qu'on vient de faire, on allait voler au Royaume-Uni. Ça veut dire que tu habites au Royaume-Uni maintenant. Je suis en train de t'appeler, je te skype en ce moment même au Royaume-Uni. Mais tu as habité à Hambourg avant. Qu'est-ce qui t'a poussé à aller en Angleterre ?
J'ai habité à Hambourg, exactement. Et ensuite, j'ai... Je
ai eu
sa rencontre, ou sa femme actuelle. Elle habitait en Angleterre parce qu'elle était universitaire et qu'elle travaillait à l'université de Kiel. Enfin, l'Université de Kiel dans le Staffordshire. Au début, je faisais des allers-retours. Mais ensuite, j'étais au festival du film au Pays de Galles. Et là, j'ai rencontré des pilotes locaux. John Sylvester en connaît peut-être encore un ou deux.
Et Jareth, qui était avec Steve Nash, malheureusement.
Et ils étaient vraiment sympas. Je n'avais pas d'aile avec moi. Ils m'en ont donné et m'ont dit où je pouvais aller voler. J'ai fait le Megaflug au Pays de Galles, dans la région de Snowdon. Je me suis posé quelque part, je suis resté assis avec eux à boire de la bière. Et je me suis dit : c'est le pays parfait pour moi. Et ensuite, j'ai décidé de m'installer aussi en Angleterre.
Au premier abord, on se demande toujours si on peut vraiment pratiquer le parapente en Angleterre. Et là, tu me dis que c'est le pays parfait pour toi. Alors, redresse mes idées : à quel point peut-on pratiquer le parapente en Angleterre ?
Oui, on peut très bien voler parce que c'est un petit pays, mais très, très varié. Côté paysage et aussi pour le parapente. On peut en fait se rendre dans énormément de sites de vol différents en assez peu de temps. Et ça va des zones côtières, des zones de collines, jusqu'à de petites mini-Alpes. Par exemple au Pays de Galles, le Snowdon fait je crois presque 1000 mètres de haut et monte à partir du niveau de la mer. Donc c'est déjà une vraie montagne. Et chez nous, on a encore les Yorkshire Dales. Et le Lake District n'est pas loin non plus. C'est l'un des plus beaux paysages que l'on puisse imaginer.
Alors, ça ressemble un peu à Seigneur des Anneaux. Et ce sont des mini-montagnes, mais bon, 1000 mètres, c'est déjà une montagne. Enfin, si c'est vraiment mesuré depuis le sol. Ça
Mais là, on parle quand même de 1000 mètres de haut en bas. Tu peux descendre sur 1000 mètres, non ? Exactement. Mais il n'y a pas de téléphériques pour monter, il faut donc monter les 1000 mètres à pied.
Exactement. Parfois, on peut un peu s'approcher ou on monte de 300 à 700 mètres, par exemple. Donc ce n'est pas si grave. Mais en général, il faut quand même marcher quelques centaines de mètres de dénivelé. Sauf pour les quelques montagnes qui sont aussi très populaires, où on peut vraiment monter en haut. Et se garer là-bas pour décoller directement. Surtout pour les parapentistes. Et là, c'est en fait la seule possibilité pour mettre les pieds dans le vide. Ça a
Est-ce que le pilotage a changé pour toi depuis que tu as emménagé au Royaume-Uni ? Est-ce que tu voles différemment là-bas par rapport au continent ?
C'est une bonne question, parce que comme j'habitais à Hambourg, la plupart de mes vols étaient des vols en soaring sur la côte. Du coup, l'Angleterre n'était pas si différente. On vole toujours avec du vent plus fort. Donc là, il y a déjà... toujours genre 20 km/h au décollage ou plus. Et puis on monte en soaring, on cherche des ascendances dans la thermique et on part en cross-country. Mais ce sont toujours des vols en dérive. Et du coup, cet élément de soaring, c'était déjà un peu... je m'y suis tout de suite senti comme chez moi.
Mais tu dis toujours « nous ». Qu'est-ce que ça veut dire par « nous » ? Est-ce que tu t'es joint à un club en Angleterre ? Ou est-ce que c'est de toute façon comme ça qu'on dit, en tant que parapentiste... qu'il faut être dans un club pour pouvoir peut-être même voler légalement là-bas ou quelque chose comme ça ?
Ce n'est pas obligatoire, bien sûr, mais c'est plutôt pratique parce que les clubs sont en quelque sorte des associations géographiques de pilotes qui s'occupent simplement de gérer et d'entretenir les sites de vol.
Il faut maintenir une communication avec les propriétaires fonciers... Dans les zones très fréquentées ou pour les plus grands clubs, ils paient parfois les propriétaires. Et là où j'habite, on ne leur paie rien. Mais on dépend évidemment de leur bonne volonté. On les invite une fois par an à dîner, on organise un événement, on leur offre un whisky à Noël et ce genre de petites choses. Et bien sûr, il y a aussi des choses qui apparaissent sur le site web. Si maintenant... Si une zone de vol est fermée à cause d'un mouton ou d'une autre chose, je ne sais pas, la fille a juste mis son cheval là ou quoi que ce soit et elle n'aime pas les parapentes.
Il faut donc faire attention à ce genre de choses. Mais
C'est exactement la même chose en Allemagne. Le fermier arrive et dit : « Voilà, j'ai mis mon cheval ou mon bétail ici, ou autre chose. Vous devez soit prendre l'autre prairie, soit autre chose. »
Exactement. Et là, le club est un super interlocuteur pour quelqu'un comme ça. Parce qu'ils peuvent le dire. Ils le mettent sur le site web. Et si on veut voler sur les sites et qu'on n'appartient pas au club, on appelle normalement une fois pour demander si c'est d'accord. Et en général, ils sont toujours très sympas.
Si je venais en Angleterre en tant que touriste, en tant que touriste de parapente, qu'est-ce que tu me conseillerais si je voulais y voler ? Est-ce que je devrais toujours contacter le club local ? Et comment réagiraient-ils si je venais en tant qu'Allemand ? Si je dis que j'aimerais bien voler ici ?
D'habitude, dans les petits clubs comme le nôtre, ils sont super contents quand quelqu'un prend la peine de les appeler. Et on reçoit alors plein de conseils utiles. Donc je le ferais en tout cas, parce que ça ne fait jamais de mal. Personne ne va vous dire : « Non, tu n'as pas le droit de voler ici, espèce d'Allemand » ou quelque chose comme ça. C'est plutôt toujours positif. Bien sûr, il y a aussi des zones de vol, surtout dans le sud de l'Angleterre, où il y a énormément de pilotes et où il y a parfois des frais de décollage ou une sorte d'abonnement journalier, des trucs comme en Allemagne aussi. Et là, il faut parfois payer genre cinq euros ou peu importe.
Mais en général, ce n'est pas la fin du monde. Normalement, si on arrive juste au décollage sans avoir trouvé de numéro de téléphone ou si on n'a pas pris la peine d'appeler, on peut tout simplement aller voir les gens et leur demander comment est la situation. C'est toujours bien d'aller vers les pilotes locaux. Et très souvent, ils disent aussi : « Oui, en fait, il faut normalement appeler, mais ce n'est pas grave ». Je...
J'ai lu quelque part que dans les clubs anglais, il y a souvent un truc comme ça, ils appelaient ça un système de mentorat, où les autres... les débutants qui arrivent dans les clubs sont aussi particulièrement accompagnés, ils se voient presque assigner quelqu'un qui leur dit : « on va vous introduire à la suite de la pratique du vol ». Est-ce que c'est aussi le cas dans ton club ? Ou est-ce que tu connais un tel système de mentorat et comment ça fonctionne ?
ça ? Oui, ça fonctionne encore en Angleterre. En fait, nous avons ce qu'on appelle des "Club Coaches", donc de la part de la BHBA, la fédération nationale, c'est-à-dire l'équivalent de la DAV anglaise. Ils proposent des formations pour ces coachs. Ce n'est pas comme un instructeur de vol, c'est juste un mentor, comme tu l'as dit. Et ils s'occupent des gens qui viennent de passer leur brevet, de ceux qui ont besoin d'aide ou de ceux qui reprennent le vol. Et puis il y a les "Coaching Days", où on se retrouve en montagne et on va voler ensemble. Et en Allemagne, ça existe aussi un peu, théoriquement.
Cependant, on peut aussi... se mettre dans de beaux draps juridiquement si on conseille quelqu'un pour telle ou telle chose en étant à moitié moniteur de vol et à moitié coach de club. Et s'il arrive quelque chose, ça devient compliqué. En Angleterre, ce n'est pas tout à fait simple non plus, mais je n'ai jamais entendu parler d'incidents. C'est pour ça que le système fonctionne. Chaque club a plusieurs coachs de club et, en tant que pilote fraîchement diplômé, on peut passer les premières semaines, mois ou années dans ce groupe pour vraiment apprendre à voler.
Et c'est déjà bien, parce que je vois bien que quelqu'un qui sort de la formation n'est pas encore un pilote fini. C'est déjà un bon système. Tu as
Tu as aussi des contacts avec des écoles anglaises, donc tu as visité ou observé des écoles de pilotage ? Est-ce que la formation se déroule différemment là-bas ? Je veux dire, ils n'ont pas toujours... Tu dis qu'au Pays de Galles, il y a des hautes montagnes, mais probablement pas tout le temps. Et partout ailleurs, tu n'as que tes petites collines de 100 mètres et tu es censé apprendre à voler là-dessus.
Oui, alors apprendre à voler sur une montagne de 100 mètres est déjà difficile, parce qu'il faut toujours remonter les 100 mètres. Et ensuite, on réussit peut-être un vol ou deux. Ou trois maximum. Et pour un élève pilote normal, c'était déjà tout. C'est pour ça qu'ils apprennent parfois à voler sur des montagnes encore plus petites. Donc l'école de vol avec laquelle je suis ici... Enfin, je suis souvent avec Dean Crosby. C'est un ami et il a son école de vol. Et c'est... Enfin, il enseigne à ses élèves sur une bosse de 30-40 mètres. Et là, ils apprennent d'abord le maniement au sol. Et ensuite ils font...
Ensuite, ils font quelques vols droits vers le bas. Et le but, c'est en fait d'apprendre aux élèves ici à rester en l'air. En pratiquant le plané, en gros. Le plané, exactement. Ou parfois un peu de thermique. Mais surtout de la thermique intégrée, au maximum. Mais le but, c'est de trouver et d'utiliser des ascendance. Et puis de réussir à atterrir correctement. C'est là que l'instructeur de vol dit : OK, il sait voler maintenant. Et là, il y a une signature. Et ensuite, il obtient son brevet.
Mais ça veut dire qu'il n'a pas encore besoin d'avoir vraiment volé en thermique. Voler, ça veut dire savoir décoller, diriger, atterrir et faire du soaring. Par contre, avoir fait un 360, ça viendra peut-être un jour, des années plus tard, par pur hasard.
Alors, un 360 n'est pas si facile à faire ici. Ça dépend d'où on vole. Mais pour quelqu'un qui peut rester dans une bande d'ascendance, un 360 n'est plus vraiment un problème. Donc quelqu'un qui a obtenu son brevet ici, il peut simplement décoller en arrière, faire un virage et atterrir parfaitement. C'est ça qui est important ici. Qu'il puisse faire un tour complet.
Alors je pense que oui, mais ils partent aussi du principe que la personne est capable de le faire.
Ça veut dire que si un Britannique se rend dans les Alpes et qu'il n'a pas encore beaucoup d'expérience, il faut être le plus prudent possible avec lui ou garder ses distances ? Oui, absolument.
en tout cas. Si les joncs sont là, les Britanniques passent toujours à travers. Le problème, c'est qu'ils n'arrivent pas à décoller vers l'avant et ils essaient parfois de décoller vers l'arrière alors qu'il n'y a pas de vent. Et ça fait un effet assez drôle. Et l'autre chose, s'ils arrivent à se résoudre à décoller vers l'avant, ils ont peur de courir parce qu'ils ne savent pas que le voile est souple. Ils ne connaissent que le fait qu'on fait quelques pas et qu'ensuite on est emporté. Pour eux, décoller dans les Alpes, c'est comme le baseball. Du basejump, plus ou moins. Ils ont vraiment peur. Et aussi pour la zone d'atterrissage, ils ne connaissent souvent pas l'approche en boîte. C'est aussi un truc où les Britanniques ont des difficultés.
Ou simplement atterrir sans vent, ils ont du mal à évaluer ça.
Est-ce que tu es maintenant connu en Angleterre comme quelqu'un qui dit : « Wow, il ne sait pas seulement faire du shore-flying, il a déjà volé en thermique en montagne et a déjà acquis une grande expérience » ? Est-ce qu'on te classe tout de suite dans une catégorie supérieure dans cette scène ? Je
Je ne pense pas. Enfin, ça se remarque si on est bon en maniement au sol ou pas. Et là, j'avais l'avantage de venir de la côte, d'avoir fait beaucoup de maniement au sol et de pouvoir gonfler ma aile dans n'importe quelle condition, sous n'importe quel angle. Du coup, ils se sont dit : « Oh, quelqu'un vient d'Allemagne et pour eux, c'est direct les Alpes et il peut décoller ». Ils ont été un peu surpris. Mais pour ce qui est du pilotage, le niveau est déjà assez élevé ici. En tout cas, parmi les gens qui font de la distance, parce que ce n'est pas si simple.
Et oui, donc ceux qui font de la distance ici sont généralement déjà assez bons. Les gens peuvent donc aussi voler de bonnes distances dans les Alpes.
Je vais juste intervenir un peu. Tu as mentionné que tu as fait principalement du vol côtier au début et que tu as appris la plupart des choses là-bas quand tu vivais encore à Hambourg. Et à cette époque, tu faisais déjà des vidéos de tes vols. Certaines d'entre elles étaient un peu comme si tu montrais en fait ton vol côtier illégal que tu pratiquais à l'époque et que tu le documentais. Est-ce qu'il y a eu des réactions du DAV à ce moment-là, qui s'est plaint de quelque chose ?
Oui. Il y en a eu. À l'époque, le DAV était encore très, enfin, il était un peu différent du DAV d'aujourd'hui. Et c'était avant YouTube, quand j'ai fait ces films. On volait parfois sans casque dans des zones de vol non autorisées avec des ailes non homologuées, et on s'amusait comme des fous. Et ces vidéos sont sorties. Et elles ont plutôt bien marché, d'une certaine manière. Mais le DAV était évidemment choqué qu'il y ait de tels hors-la-loi là-haut. Et puis, je ne sais plus quand c'était, à un moment donné en 2000 quelque chose,
Je suis allé au salon de la thermique et je suis tombé sur Charlie Juist. Je le connaissais bien sûr par les photos et je lui ai dit : « Salut Charlie ». Il m'a reconnu aussi et m'a dit : « Tu es l'un de ces hors-la-loi ».
Donc, juste pour situer les choses pour ceux qui écoutent, Charlie Juist est le président du DHV. OK. Ça veut dire que tu étais le hors-la-loi et que tu volais illégalement sans casque et tout ça. Est-ce que tu t'es aussi appris à voler illégalement à l'époque ? Ou comment est-ce que tu as commencé à voler, toi, en tant que jeune de Hambourg ?
J'avais commencé ça tout à fait légalement. En 1994 à Westendorf, dans le cadre du ski volant. J'étais en vacances avec mes parents. J'avais fait un cours de base avec mon père. Mais à l'époque, l'équipement de parapente me semblait tout simplement hors de prix. Et puis, je ne connaissais aucun site de vol à Hambourg, je n'avais aucune idée qu'on pouvait voler quelque part là-bas. Et ce n'est qu'en 1998 ou 1999 que je n'en ai plus pu, j'ai fait une formation et après je me suis dit : « Tu achètes une aile maintenant ». Et là, je me suis acheté une vieille aile, officiellement pour m'exercer au maniement au sol, une vieille Edelspace, et je me suis appris à voler avec, enfin, illégalement.
Alors, j'avais bien fait le cours de base, mais avec ça, je n'aurais pas encore dû voler. Et de toute façon, sur la côte, il n'y avait pas de zones de vol autorisées. Mais j'ai fait, enfin, c'était surtout du maniement au sol au début, et puis après. Mais on apprenait juste énormément de choses. En
la scène est devenue encore plus connue jusqu'à présent, aussi à travers des vidéos, je crois que ton film le plus connu s'appelle Rush Our Dream. On y voit comment tu, je crois que ça se passe à Hambourg à l'origine, et tu prends le S-Bahn pour aller au travail, tu portes un costume. Düsseldorf. Düsseldorf, d'accord, Düsseldorf pour aller au travail, tu es assis dans le train, tu portes un costume, de belles chaussures et tout ça. Et puis tu t'endors, tu commences à rêver, tu te réveilles dans ton rêve dans le téléphérique, tu montes sur la montagne, mais tu portes toujours le même costume, la même cravate, de super chaussures, tu t'assieds quelque part en haut de la montagne sur un banc, tu ouvres ton sac d'ordinateur portable et, oh là là, un petit parapente en sort. Et puis dans le film, tu descends vraiment la montagne avec ce parapente, mais tu n'as qu'un tout petit sellette, genre un sellette d'alpinisme, mais on voit quasiment, le sellette, ton sac d'ordinateur portable qui flotte encore derrière toi.
C'est une superbe image, en fait. Comment as-tu eu l'idée de faire un film comme celui-là ?
C'était, je crois, principalement l'idée d'Ecke Fiedlers. En fait, un pilote ami de Freiburg connaissait l'Ecke. On s'était juste lancé l'idée comme projet de film. Et puis j'avais demandé sur le forum si quelqu'un aurait un peu de temps et l'envie de m'aider pour le film. Et ça a été vu par hasard par un Gleitschirm-Blog, Christian Mann, qui travaillait à la télé. Et puis on a fait un plan et on l'a, oui, produit ensemble. Avec
Tu as même déjà gagné quelques prix avec ce film à l'époque. C'était, je crois, en 2011 ou 2012. Oui, je crois que c'était en 2009.
Je l'avais à Saint-Hilaire. Et exactement, j'ai gagné un prix là-bas, un prix de "Newcomer" je crois. Et puis j'en avais eu un autre au Pays de Galles, un à Vancouver,
j'ai gagné au Bergfestival. Et ensuite, il est allé au Banff Film Festival. C'était évidemment le meilleur, parce que c'est là qu'il a rejoint la tournée mondiale. Tu as
tu as aussi eu des retours de beaucoup de monde, des retours internationaux, même de la part de gens qui ne volent pas du tout et qui disaient : « Waouh, c'est vraiment inspirant » ou un truc du genre ? Non, mais il est déjà venu...
bien, dans cette communauté d'alpinisme, de VTT, de kayak... Je pense que c'était... C'était simplement une chose avec laquelle beaucoup de gens se sont identifiés, ce côté, tu vois, on travaille et on rêve de pouvoir pratiquer son hobby. Beaucoup ont pu s'identifier à ça. Et, enfin, j'ai déjà eu de bons retours lors des festivals de films. Mais maintenant, dans la vraie vie, je ne croise que des pratiquants de parapente. Et bien sûr, là, ils me reconnaissent parfois quelque part. Peu importe où. Que ce soit au Brésil ou, oui, en Autriche ou en Angleterre. Beaucoup ont déjà vu ce film.
Je
J'ai aussi l'impression que ce film, à l'époque où il a été surtout visionné, a aussi contribué à instaurer cette idée de Hike and Fly ou cette idée d'aller à la montagne avec un équipement très léger, pour poser en quelque sorte, comme avec les germes dans la scène du parapente, que c'est possible et qu'on peut aussi penser dans cette direction. Penses-tu que ce film aurait encore le même écho aujourd'hui, alors qu'en fait, le Hike and Fly n'est pas devenu un mouvement de masse absolu, mais qu'il est déjà arrivé beaucoup, beaucoup plus dans la scène ?
Oui, je pense que oui. Mais bien sûr, il y avait ce facteur de nouveauté supplémentaire, le fait qu'on puisse emballer une aile aussi petite qu'elle rentre dans une sacoche pour ordinateur. Et c'était à l'époque le E-Bags, le premier E-Bags qui sortait, qui permettait ça. C'était probablement déjà léger avant, je ne pense pas que le E-Bags ait été la première aile légère. Mais c'était en tout cas un produit très intéressant parce qu'il était aussi stable, il avait des suspentes gainées et c'était finalement une aile légère utilisable au quotidien avec un volume d'emballage très réduit.
C'était aussi une super pub pour Nova que tu as tournée, en fait. Un super film publicitaire, même si ce n'était peut-être pas prévu comme tel. Mais en même temps, on remarque qu'à partir de là, ou peu après, tu as été intégré à l'équipe des pilotes de Nova. Est-ce que les deux sont liés ?
Pas directement, mais ça a sûrement contribué. Mais j'ai déjà volé pour Nova avant, et je me suis lié d'amitié avec Pipo, donc Philipp Medicus, sur le forum. Et là, je ne sais même pas, il était encore pratiquant. Stagiaire, je crois, chez Nova. Ou même pas encore. Et c'est comme ça que ce lien avec Nova s'est fait. Et après, je crois que j'ai aussi un peu échangé par écrit avec Hannes.
Alors, quand tu dis Hannes Papisch, tu parles du concepteur actuel ?
Hannes Papisch était concepteur avant, aujourd'hui il a sa marque Vieh, mais Pipo est devenu le concepteur de Nova. Mais à l'époque, tu disais encore stagiaire. C'est donc déjà un moment, mais depuis, tu es devenu l'un des pilotes de Nova. Et tu as pratiquement intégré l'équipe des pilotes avec toi. Exactement.
Alors, après ce succès avec le film, j'ai fait un autre film sur, oui, la façon dont ma femme actuelle apprend à piloter. Et oui, et puis ils m'ont demandé à un moment donné si je voulais rejoindre l'équipe Nova. Et bien sûr, je l'ai fait.
Et tu en fais toujours partie aujourd'hui ? Toujours, oui. Et qu'est-ce que ça représente pour toi, ou qu'est-ce que ça t'apporte, d'être dans l'équipe des pilotes de Nova ? Est-ce une communauté particulière, un honneur ? Ou est-ce que tu as un sentiment de type, « hé, je suis membre de l'équipe » ou quelque chose comme ça ?
Oui, enfin, ça n'apporte pas quelque chose de direct en soi. Mais ce qui est sympa, c'est que c'est une communauté et qu'on échange entre nous. Une fois par an, on est invités à une sorte de rencontre d'équipe.
Ce qui est très sympa, bien sûr. Et puis, oui, il y a cette proximité avec Nova, ce qui est vraiment cool de pouvoir échanger avec eux, discuter des nouvelles aile. Parfois, ils te demandent ce que tu en penses, ce qu'on pourrait améliorer. Donc, si on s'intéresse au vol et qu'on aime un peu la communauté, c'est déjà très bien. Pour les gens pour qui le vol est plus ou moins le centre de leur vie, c'est une bonne chose.
L'équipe de pilotes de Nova a aussi fait parler d'elle au début, dans le bon sens du terme. Ils ont pratiquement contribué à cette "mentor-mania" quand le Mentor 2 est sorti et que, soudainement, tous les parcours ont étévolés avec un ENB, sur de très longues distances. On disait toujours : "Ouais, mais ce sont aussi ces pilotes de l'équipe Nova." Est-ce que tu es un bon pilote, au juste ? Est-ce que tu as une idée ? Est-ce que tu as déjà des exploits particuliers à mettre en avant ? Pas que je considère ça comme quelque chose de génial, mais est-ce que tu as un truc pour dire : "Ouais, c'est pour ça que j'ai été intégré à l'équipe" ?
Non, je pense que j'ai été accepté pour mon travail de tournage et peut-être pour ma personnalité ou mon côté sociable, mais pas pour mes performances de pilote. Pour moi, voler est quelque chose qu'on ne peut pas vraiment faire en compétition. Je trouve que c'est comme le skateboard ou le surf : c'est possible d'en faire une compétition, mais au final, c'est une chose que l'on fait pour soi, pour le plaisir. Et c'est comme ça que c'est resté pour moi.
Si tu dis qu'en 1999 tu as obtenu au moins ta deuxième licence, et en 1994 la première, puis que tu as fait une pause avant de vraiment commencer en 1999, ça fait maintenant 20 ans. Qu'est-ce qui te passionne encore aujourd'hui dans l'aviation après tant d'années ? Enfin, qu'est-ce que l'aviation signifie pour toi ?
Alors, c'est toujours comme un miracle pour moi. Quand on déploie sa aile et qu'on la gonfle, et qu'on sent simplement comment ça nous soulève et nous fait planer, c'est une façon de dire, oui, ça me fascine encore comme au premier jour. Et chaque fois que je suis en l'air, je me dis : wow, je vole. Et je ne sais pas, j'avais déjà ce désir d'envie de voler depuis l'enfance, j'en ai rêvé et j'ai toujours pensé que ce serait tellement beau de pouvoir voler maintenant.
Et le parapente m'a donné exactement ça : le fait de se déplacer dans cet espace tridimensionnel, plus ou moins comme un oiseau, et en plus d'une manière magnifique. J'aime aussi les forces G dans les virages, c'est juste une sensation super agréable. Oui,
Est-ce que le vol est toujours une aventure pour toi aujourd'hui, ou est-ce que tu es devenu tellement rodé que tu te demandes si tu es au sol ou en train de bouger dans les airs ? L'aventure, c'était avant.
Oui, c'est toujours une aventure. J'aime voyager et je trouve ça génial de découvrir de nouvelles zones de vol. Et c'est parfois assez aventureux quand on se retrouve dans un endroit où personne n'a jamais volé. Il faut juste observer quelles sont les conditions de vent, ce qu'il y a là-bas, faire attention à la météo, aux possibilités de décollage et d'atterrissage, et identifier les dangers. Et oui, c'est déjà un risque élevé que l'on prend en volant, et ça demande beaucoup de gestion des risques.
Si on regarde ta chaîne YouTube, surtout en ce qui concerne l'aventure, on trouve aussi un film qui parle de vol au Salvador. C'est un pays d'Amérique centrale qu'on n'a presque jamais en tête d'habitude. Est-ce qu'il y a au moins un spot de vol connu là-bas et comment as-tu eu l'idée de voyager au Salvador pour y aller voler ?
Alors, je suis né au Salvador et j'y suis retourné plusieurs fois pour travailler, et j'y ai même vécu pendant un certain temps. Et oui, à un moment donné, j'ai pris mes petits sacs de suspentes et je suis tombé sur un "moniteur de vol" entre guillemets, un Français dingue nommé Simon Vacher. Et il était en train de former, disons, la première fournée de pilotes salvadoriens là-bas, sur une petite pente qui était horrible. Et je me suis toujours dit qu'il devait bien y avoir un meilleur site de vol ici. Et puis on a fait le tour ensemble et j'ai eu l'idée que ça pourrait être possible sur une sorte de crête, une petite chaîne de montagnes.
Et en fait, on a fini par découvrir et survoler un site de vol. Et après quelques semaines, quelqu'un du village a demandé : « Dites, vous ne voudriez pas peut-être l'acheter ? Je voulais vendre un morceau de terrain là-haut, le décollage. » Et j'ai répondu : « Oui, en principe. » Mais en fait, il voulait vendre l'ensemble, la montagne plus ou moins, pour 10 000 dollars.
Un
toute la montagne pour 10 000 dollars.
Oui, et là je me suis dit : c'est une petite montagne, elle fait peut-être 300 mètres, et je me suis dit, d'accord, c'est un genre d'approche de dingue. Et puis j'ai acheté cette montagne. Et depuis, c'est devenu, disons, la montagne de vol la plus fréquentée avec une belle prairie de décollage qui est entretenue. Et on a fondé un petit club qui la survole. Les étrangers qui viennent ici aiment aussi y voler. On y fait des Tanempflüge. Tu es membre d'honneur de ce club ? Je suis membre d'honneur de ce club. Et ils l'ont aussi appelée, je ne sais comment, Loma de Kerim. Et si on tape Loma Kerim sur Windfinder, c'est aussi un spot Windfinder, c'est intéressant maintenant.
Alors
Loma Kerim, la colline de Kerim. Oui, exactement. Ça veut dire que tu as ta propre colline au Salvador. Oui.
Est-ce que tu dirais qu'El Salvador vaut le voyage en avion, ou est-ce que c'est finalement une aventure trop grande à entreprendre ?
Oui. Oui, je pense que pour le vol en soi, ça ne se passe pas toujours aussi bien. Il y a quelques bons coins là-bas. Alors, le Lago de Ilopango, c'est un peu compliqué avec les gangs, parce que l'atterrissage appartient à un gang et le décollage à un autre. Et il faut monter à pied. Et ensuite, on dépasse tout le temps la limite du territoire, ce qui est mauvais.
Est-ce que ce sont des criminels de toute façon ? Explique-moi, quand tu dis "gang", comment est-ce que je dois me les imaginer ?
Oui, ce sont... enfin, ils sont souvent cités comme le gang le plus dangereux au monde ou parmi les plus dangereux. C'est la MS-13, donc Mara Salvatrucha. Et la Dieciocho, c'est le gang de la 18th Street. Ils ont tous les deux été fondés à L.A. pour se défendre contre les Bloods, les Crips et tout ça. Et puis, dans le cadre de la politique de tolérance zéro, ils ont tous été expulsés. Et oui, El Salvador n'en savait rien. Ils se sont ensuite installés là-bas. Et entre-temps, il y a environ 20 000 membres. Ils sont aussi retournés aux États-Unis maintenant. Et oui, ils sont extrêmement dangereux.
Ça veut dire que si on veut y aller voler, il ne faut pas payer de frais de départ, mais plutôt une sorte de racket à la fin pour qu'ils nous laissent décoller et atterrir correctement.
Oui, enfin, ils se font chanter. Juste les résidents et les entreprises. Et comme le parapente n'est pas une activité commerciale et que ça sert juste, disons, à divertir la population, là, on n'a pas de problèmes. C'est juste qu'en ce qui concerne le fait de franchir ces limites territoriales, il faut faire attention. Ou plutôt, il vaut mieux ne pas le faire, tout simplement.
Parmi tes destinations de voyage, tu as déjà regardé pas mal de choses. Et où situerais-tu El Salvador comme recommandation pour les autres ? Tout en bas, quelque part au milieu ou peut-être même plus haut ?
Oui, alors je le classerais pour les gens qui s'intéressent au pays et à l'aventure. C'est encore un peu, c'est très peu touristique. Le tourisme qu'il y a est un tourisme local. Ça veut dire qu'il est authentique et qu'il est bon marché. Et on peut super bien surfer. Donc pour les surfeurs, c'est carrément une destination qui vaut le détour, je trouve qu'il y a des vagues superbes. Et le volcan est aussi proche de la plage de surf. Donc pour quelqu'un qui veut de l'aventure, c'est vraiment bien. Et on peut aussi rapidement continuer vers le Nicaragua, qui est aussi un beau pays de voyage. Et le Guatemala, bien sûr.
Si je ne veux pas aller si loin et que je vais juste en Angleterre pour me rendre dans ton coin, quel site de vol me recommanderais-tu le plus, celui où je devrais absolument aller ?
Alors, pour la plupart des jours de vol, il y a bien sûr Brighton, ce coin-là et...
C'est au sud de l'Angleterre. Dans le sud,
Oui, exactement. Il fait aussi un peu plus chaud là-bas.
et ainsi.
Devil's Dyke, les trucs habituels, il fait plus chaud là-bas aussi. Et oui, la météo est plus souvent bonne. Et chez nous, dans le Nord, je ne viendrais pas forcément pour voler, parce que ça peut rester infaisable pendant longtemps. Par contre, maintenant, quand des gens m'ont rendu visite, on a toujours pu voler d'une manière ou d'une autre. On a eu un événement Ganova ici, par exemple. On a pu y aller aussi, on a eu des super vols. Et une fois, l'un de mes amis cinéastes est venu me voir depuis Cologne. Et là, on a eu cinq jours de vol sur sept.
Là, c'est vraiment le jackpot pour les conditions météo anglaises.
Oui. Oui, oui, exactement. Mais si on est prêt à faire un peu de route, on peut en fait très bien voler ici. Et c'est bien sûr, enfin je trouve que cette région du Lake District est très belle. Et puis les Yorkshire Dales et l'Écosse, c'est aussi vraiment bien. Ce n'est pas si loin d'ici non plus. Maintenant
J'ai vu une vidéo de toi. Tu étais même sur une île écossaise à Noël, c'était une île écossaise ? En tout cas, une sorte d'île tout au nord, où on se demande qui peut bien avoir l'idée d'aller sur une île pareille à Noël et d'y aller en plus en avion. Comment as-tu eu l'idée ?
On voulait passer Noël quelque part où il n'y a pas de téléphone, où on peut avoir un peu de calme, sans famille et sans agitation. Parce que Noël peut parfois être un peu stressant. Mais on a quand même emporté l'aile par sécurité. Oui, et puis soudain le 24, il n'y avait plus de vent après environ quatre jours de tempête et de soleil, et là je me suis dit : maintenant ou jamais. Et j'ai décollé. C'était vraiment un vol fantastique avec des aigles royaux et des couples d'aigles royaux, et c'était vraiment super. C'était
c'est ton plus beau cadeau de Noël, en quelque sorte ?
Absolument.
D'accord, Kerim, merci pour ce beau récit de ta vie avec tout ce que tu as traversé, de Hambourg en passant par la Grande-Bretagne jusqu'en Salvador. Merci. Merci. Et merci d'avoir toujours été là. J'ai pris beaucoup de plaisir à t'écouter, j'ai beaucoup appris et je te souhaite encore beaucoup de superbes vols.
Oui, merci beaucoup. Et merci pour la discussion, c'est super ce que tu fais ici. Vraiment génial.
C'était Kerim Jaspersen en conversation avec Lucian Haas. Si les films de Kerim comme Rush Our Dream ou Bella Dog vous intéressent maintenant, je vous recommande de jeter un œil à sa chaîne YouTube. On la trouve rapidement en cherchant Kerim Jaspersen sur YouTube. Le podcast Glitz se trouve d'ailleurs sur le blog Lu-Glidz et sur Soundcloud. De plus, Podz-Glidz peut être abonné via des catalogues de podcasts connus comme iTunes, Spotify ou podcast.de. Si cet épisode de podcast ou les anciens contenus de Podz-Glidz vous ont plu, j'ai une petite demande. Laissez un commentaire, une recommandation ou simplement une bonne note sur les sites mentionnés. Les critiques et suggestions sont également les bienvenues, mais je préférerais les recevoir personnellement, idéalement par e-mail sur Lu-Glidz.com.
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