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09. Race Director - Christoph Weber

// Christoph Weber, Lucian Haas · 2019-05-10 · 00:53:48 · original episode

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[show notes]
Podz-Glidz Folge #09 : Christoph Weber, Race Director de Redbull X-Alps, en conversation avec Lucian Haas. La Redbull X-Alps est sans doute la compétition la plus importante de la scène du parapente. Tous les deux ans, 32 participants et leurs accompagnateurs s'élancent pour parcourir un itinéraire différent à chaque fois, à travers les Alpes, de Salzbourg jusqu'à Monaco. Cela représente plus de 1000 kilomètres. Les seuls moyens de déplacement autorisés : la marche et le parapente – ou comme on dit en nouveau allemand : Hike and Fly. Les prochaines Redbull X-Alps débuteront à la mi-juin 2019. C'est une bonne occasion de jeter un coup d'œil dans les coulisses. Une telle course exige beaucoup d'organisation. Christoph Weber y joue un rôle particulièrement important. Depuis 2011, il est le Race Director des Redbull X-Alps. En tant que tel, il veille sur tous les aspects sportifs et les règlements du déroulement de la course. Dans ce neuvième épisode de Podz-Glidz, Christoph raconte notamment comment il est devenu Race Director, ce à quoi il doit faire attention lors de la sélection des participants de l'X-Alps et quelles idées et contraintes se cachent derrière le tracé de la route de l'X-Alps. Il raconte également à quoi ressemble le quotidien de la course pour lui ; ce qu'il fait pour maintenir un risque supportable malgré toutes les aventures et les dangers météorologiques ; et comment les rencontres humaines constituent également pour lui la fascination de l'X-Alps. Plus d'infos sur les Redbull X-Alps sous : www.redbullxalps.com Si vous souhaitez promouvoir Podz-Glidz et le blog Lu-Glidz, vous trouverez toutes les informations correspondantes sous : lu-glidz.blogspot.com/p/fordern.html La musique dans cet épisode : Rescue Me (Instrumental) par Aussens@iter (c) copyright 2018. Licencié sous une licence Creative Commons Attribution (3.0). http://dig.ccmixter.org/files/tobias_weber/57990 Ft: Copperhead

[transcript]

0:23Christoph Weber

Podz-Glidz, le podcast Lu-Glidz, des récits du cosmos du parapente, aujourd'hui avec Christoph Weber et Lucian Haas au micro. Les

0:37Christoph Weber

Red Bull X-Alps, c'est sans doute la compétition la plus importante de la scène du parapente. Tous les deux ans, 32 participants et leurs accompagnateurs se lancent pour parcourir une route, à chaque fois différente, à travers les Alpes, de Salzbourg jusqu'à Monaco. Ça fait plus de 1000 kilomètres. Les seuls moyens de déplacement autorisés ? La marche et le parapente, ou comme on dit en allemand moderne, le Hike and Fly. Les prochaines Red Bull X-Alps débuteront à la mi-juin 2019. C'est une bonne occasion de jeter un petit coup d'œil dans les coulisses.

1:14Christoph Weber

Une course pareille demande énormément d'organisation. Christoph Weber y joue un rôle particulièrement important. Depuis 2011, il est le directeur de course de la Red Bull X-Alps. À ce titre, il supervise tous les aspects sportifs et les règlements du déroulement de la compétition.

1:31Christoph Weber

Dans ce neuvième épisode de Podz-Glidz, Christoph raconte notamment comment il est devenu Race Director, ce qu'il doit surveiller lors de la sélection des participants de la X-Alps, ainsi que les idées et les contraintes qui sous-tendent le tracé de la X-Alps. Il raconte aussi à quoi ressemble son quotidien de course, ce qu'il fait pour maintenir un niveau de risque acceptable malgré toutes les aventures et les dangers météorologiques, et comment les rencontres humaines sont, pour lui, des moments forts.

1:59Christoph Weber

Christoph, tu es directeur de course de la Red Bull X-Alps. Maintenant, imagine que tu doives chercher un successeur pour ton poste. Tu n'as plus envie de le faire. Et là, tu verrais peut-être en moi un candidat intéressant. Comment me vendrais-tu le poste de directeur de course ?

2:17Lucian Haas

Oui, enfin je veux dire, qui aurait déjà la chance de jouer un rôle aussi important dans les courses de parapente les plus intéressantes et les plus passionnantes ? À savoir, prendre la direction de tout ça. Ce serait quelque chose pour toi, Lucian.

2:34Christoph Weber

Tu parles de direction. Quelle est vraiment l'importance d'un Race Director ? Est-ce que tu es vraiment, en quelque sorte, le grand patron ici ?

2:42Lucian Haas

Oui, alors je suis le chef dans l'arène en ce qui concerne les aspects sportifs. C'est-à-dire que lorsqu'il s'agit de juger s'il y a eu une infraction aux règles pendant la course et comment les règles s'appliquent, si elles sont interprétées précisément, ça passe avant tout par mon bureau. Cependant, nous sommes un comité de course composé de trois personnes. Et de ce fait, j'ai l'avantage de pouvoir coordonner les décisions avec les autres membres du comité. Et toi, comment as-tu fait pour devenir Race Director ? Oui, ce sont toujours des histoires amusantes, on connaît pratiquement les bonnes personnes ou les mauvaises, selon le point de vue.

3:34Lucian Haas

Mais on m'a demandé par une bonne amie si je pouvais donner un coup de main, parce qu'ils avaient des problèmes pour analyser la structure de l'espace aérien et réfléchir à quels espaces étaient importants pour la course X-Alps. C'était la course de 2009. Et là, j'ai dit : « Bien sûr, je peux aider, je vais regarder ça et je vais faire une catégorisation et un catalogage des espaces aériens qui sont décisifs. » Et c'est comme ça que je suis entré dans les cercles de Red Bull X-Alps et que j'ai fait la connaissance de Hannes Arch. Et on a appris à mieux se connaître mutuellement au fil de l'histoire.

4:23Lucian Haas

Et ça a enchaîné. Donc, il m'a aussi...

4:27Christoph Weber

...mis pris à partie. Il m'a ensuite

4:27Lucian Haas

m'a demandé si je serais prêt à m'impliquer davantage et à prendre le rôle de Race Director. Et j'ai accepté. C'est ainsi que pour la course suivante, en 2011, j'ai participé à l'édition en tant que Race Director.

4:46Christoph Weber

Depuis lors, tu l'as fait systématiquement. Cette année, c'est déjà la cinquième fois que tu agis en tant que Race Director pour les X-Alps. La prochaine course commencera à la mi-juin. Est-ce que tu es toujours d'une manière ou d'une autre stressé avant un tel événement ? Est-ce que c'est passionnant pour toi ? Oui,

5:03Lucian Haas

c'est toujours passionnant pour moi. Enfin, le stress n'a pas vraiment diminué ou changé. Ça reste...

5:11Christoph Weber

pour moi, c'est toujours très passionnant. Quelles sont pour toi les questions les plus palpitantes avant le départ, celles qui se posent ?

5:20Lucian Haas

Les questions les plus passionnantes avant le départ, c'est une bonne question. C'est toujours un sujet difficile. On espère gérer l'aspect organisationnel. On vérifie par exemple tout l'équipement de parapente. Alan Zoller de la station de contrôle Paratest vient spécialement pour vérifier toutes les ailes des athlètes. On regarde les sellettes, on vérifie précisément les systèmes de secours. Et réussir à gérer tout cet effort organisationnel et les histoires qui s'enchaînent, c'est en fait la plus grande source de tension avant la course. À part ça, ce qui est évidemment toujours super passionnant, c'est la question : quel sera le temps ?

6:06Lucian Haas

On a toujours eu une chance incroyable la plupart du temps, au moins pour le départ. Sauf la dernière fois, où il a malheureusement plu au départ. Et c'est évidemment une question centrale cette fois aussi : quel sera le temps ? Comment l'enneigement dans les Alpes va-t-il évoluer maintenant ? On vient justement d'avoir de nouvelles chutes de neige ces derniers jours. Et ça, alors qu'il reste à peine plus d'un mois avant le début de la course. Donc, c'est la grande...

6:40Christoph Weber

C'est toujours la grande question qui reste en suspens. Concernant la neige et la course, on y reviendra plus tard. Avant de regarder concrètement le déroulement de la course, regardons un peu en arrière. En tant que Race Director, tu as déjà des tâches importantes avant même le début. D'une part, il y a la sélection des participants. Est-ce que tu fais ça tout seul ?

6:59Lucian Haas

Non, c'est aussi le rôle du Race Committee. Et oui, mais bien sûr, une partie très importante de mon travail est aussi incluse. C'est-à-dire mener les recherches. Donc, si je devais expliquer comment ça se passe : il y a une candidature que l'on peut déposer en tant que candidat potentiel.

7:25Lucian Haas

Pour ça, ça commence toujours vers août, on peut déposer sa candidature. La période de candidature reste ouverte pendant environ un mois. Ensuite, on évalue les candidatures et on regarde qui s'est porté candidat. Et si ces personnes sont aptes à participer à la course. Ça signifie évidemment une recherche intensive concernant les candidats. Les candidats potentiels qui se sont inscrits. S'ils sont aptes. Ce qu'ils peuvent mettre en avant en termes de parapente et aussi d'alpinisme. Dans leur parcours personnel. Ce qu'on peut en lire.

8:10Lucian Haas

Quelle expérience ils ont. Particulièrement dans le domaine du parapente en compétition, ce qui est quand même différent de voler tout seul. Parce que les facteurs de stress liés au public, qui est plus ou moins proche de soi, il ne faut pas les négliger. Et se faire une idée des capacités des gens, c'est une tâche assez intensive. Et c'est aussi une décision grave, bien sûr. Parce qu'il est évidemment très important de savoir à qui on dit oui et à qui on dit non.

8:54Christoph Weber

Pour les X-Alps, il y a maintenant 32 participants répertoriés. Enfin, il y a aussi des participantes, car il y a encore deux femmes cette année. Combien de personnes se sont inscrites au total pour cette course ? Combien y en a-t-il qui se retrouvent sur votre bureau au départ ?

9:08Lucian Haas

Oui, on a toujours environ 100 candidatures. Ça varie entre 80 et 120. Parmi celles-ci, il y en a une poignée qui sont vraiment juste pour le plaisir, qu'on peut mettre de côté tout de suite. Mais en règle générale, il y en a sûrement 60 à 80 qui sont vraiment sérieuses. Et qu'il faut examiner avec la plus grande rigueur pour voir quel parcours chaque personne a.

9:45Christoph Weber

Tu dis que sur les 80 restants, dont tu dis qu'il faut vraiment examiner les candidatures sérieusement, combien en dirais-tu qui pourraient vraiment, selon toi, participer à une telle course ?

9:59Lucian Haas

Oui, sur les 80, il y en a probablement 60, ou 50 pour donner un chiffre, qui sont vraiment aptes à participer à une telle course.

10:12Christoph Weber

Ça veut dire que vous avez vraiment le choix. Ce n'est pas du genre : les 32, ce sont ceux pour qui tu dis, on a de la chance d'avoir rempli les 32 avec des bons éléments. Et le reste, c'était genre des gens bizarres, des gens qui disent juste : "je veux peut-être participer, on verra si ça marche". Eh bien, quand on regarde le champ des participants, on voit que c'est très international. Pourtant, il y a quelques pays, surtout dans la région alpine, qui sont très représentés. Typiquement bien sûr l'Autriche, la Suisse, la France, avec quatre personnes cette année. Est-ce qu'il y a des limites pour ce genre de pays ? Genre, est-ce qu'il ne peut pas y avoir plus de trois Suisses ou quatre Français ? Et là, il faut dire qu'il y a juste une coupure. On veut simplement avoir des gens d'autres pays, du monde entier, qui participent aussi.

10:53Lucian Haas

Oui, alors nous avons déjà l'exigence que la course soit internationale. Et quatre partants pour une nation, c'est généralement le maximum. Il faut donc qu'il y ait quelque chose de vraiment spécial pour qu'on en prenne plus. Et c'est évidemment vraiment amer pour les Français, parce que le cinquième Français qui est écarté est généralement quand même plus fort que n'importe quel pays qui est loin des Alpes. Mais d'un autre côté, l'ensemble doit être un peloton international. Et il faut aussi que les nations qui sont basées en dehors des Alpes aient une chance de participer.

11:43Christoph Weber

Est-ce qu'il y a aussi des pilotes qui sont pratiquement déjà pré-établis ? Il y a par exemple des pilotes qui sont sous contrat avec des sponsors importants comme Red Bull ou Skywalk. Est-ce qu'ils ont genre un bonus ou est-ce que les sponsors disent que ces personnes doivent absolument être présentes ?

11:59Lucian Haas

Oui, un athlète Red Bull a évidemment plus de facilité à obtenir un décollage. Mais il doit quand même avoir les compétences, sinon il ne serait pas sélectionné.

12:11Christoph Weber

Comment ça se passe avec les sponsors ? Est-ce que tu as aussi des interactions avec eux pendant la course en tant que Race Director ? Est-ce que tu dois tenir compte d'eux d'une manière ou d'une autre ? Ou bien, une fois que tu as dit « sponsor », ils ont donné leur argent et maintenant la course se déroule comme une entité propre, selon son propre cadre, et plus rien ne vient s'immiscer de l'extérieur ?

12:34Lucian Haas

Alors, comme je l'ai déjà dit dans l'introduction, je suis responsable de la partie sportive. Je n'ai quasiment aucun lien avec les sponsors. Je les rencontre bien sûr, et j'aime beaucoup discuter avec eux. Mais ils n'interviennent pas dans mon domaine de responsabilité ; mon rôle est très clairement la partie sportive de la course. Et celle-ci se déroule indépendamment des sponsors.

13:03Christoph Weber

Une deuxième tâche importante dans la préparation est aussi la définition de l'itinéraire. Est-ce que tu joues aussi un rôle là-dedans ?

13:10Lucian Haas

Oui, bien sûr. On me sollicite et on me demande mon avis pour la route, et construire et assembler le parcours est toujours une composante très intéressante avant la course, parce que c'est évidemment le cœur de la course. Ça donne du relief, ça apporte du piment à l'ensemble.

13:34Christoph Weber

Combien de temps une équipe entière travaille-t-elle probablement sur cette route ? Raconte-moi un peu comment ça se passe en coulisses ? Quel genre d'idées sortent ? Enfin, comment les idées sont-elles lancées ? Et comment discute-t-on de certains points ? Et qu'est-ce qu'il faut prendre en compte ? Oui, alors d'abord...

13:51Lucian Haas

une fois, on se réunit en grand groupe. Donc, les personnes qui collaborent avec X-Alps, ça peut être, selon la taille du cercle que l'on choisit, tout à fait 30, 50 personnes qui participent. Et ce cercle moyen à large sert simplement à lancer et à diffuser des idées. Ou alors, des idées sont aussi injectées de l'extérieur dans l'ensemble. Et ensuite, on examine les différentes idées et on planifie de manière toujours plus détaillée ce qui est possible, ce qui est pertinent, ce qui est passionnant ou attrayant.

14:35Lucian Haas

Et à la fin, on se retrouve à nouveau en petit comité pour faire la planification finale de la route, avec toutes ses variantes, et décider à quoi elle va ressembler exactement.

14:51Christoph Weber

Est-ce qu'il y a déjà eu des réflexions dans le sens où on se dit : « Allez, choisissons une toute autre route ? » Peut-être qu'on court simplement de... ou qu'on court et qu'on vole d'ouest en est, ou qu'on part de Saint-Hilaire et qu'on va jusqu'à Vienne par exemple, ou quelque chose comme ça ?

15:04Lucian Haas

Oui, il y a bien eu ces réflexions. On reçoit régulièrement des retours et on en a aussi eu nous-mêmes. Mais c'est un peu fixé. Ce trajet Salzbourg-Monaco est simplement quelque chose que notre sponsor principal, à savoir Red Bull, apprécie beaucoup, et ça reste un peu figé par cela. En plus, d'un point de vue organisationnel, c'est ce qui a le plus de sens, parce que l'organisateur est basé à Füssen, ce qui est tout près de Salzbourg. Et pour ce trajet Salzbourg-Monaco, la planification ainsi que la semaine de préparation et tout ça, ça doit impérativement se faire à proximité, sinon la charge de travail devient beaucoup plus importante.

15:52Christoph Weber

Cette année, il y a plus de points de passage que jamais auparavant. Au total, il y en a 13 dans six pays. Est-ce dû principalement aux nombreux sponsors locaux ? Vous avez des sites individuels comme Geisberg, Aschau, Kronplatz, Leermoos, Davos, qui apparaissent tous comme sponsors. Cela signifie-t-il que l'un d'eux achète sa place et dit alors : « OK, l'itinéraire doit maintenant passer par Davos, par exemple » ?

16:16Lucian Haas

Oui, peut-être un peu dans ce sens, mais pas tout à fait. En fin de compte, tous ces nombreux points de passage montrent simplement le grand intérêt qu'il y a pour X-Salbs, ainsi que sa popularité et sa valeur. Et des lieux viennent vers nous en disant : « Hé, on aimerait aussi participer à la course et être votre partenaire. » Et si c'est réalisable d'une certaine manière et que c'est pertinent, alors nous sommes bien sûr disposés à avoir un tel partenaire et à inclure une telle localité ou un tel lieu comme point de passage.

17:03Christoph Weber

Est-ce qu'il arrive aussi que vous disiez que l'itinéraire est pratiquement fixé et qu'une autre localité vous contacte soudainement pour dire : « Écoutez, on aimerait aussi être sponsor », et là, vous vous dites : « Oh mince, maintenant on doit tout replanifier » ? Ou est-ce que ça n'est jamais arrivé ?

17:15Lucian Haas

Eh bien, on a déjà refusé des choses au préalable parce que ça ne collait tout simplement pas avec l'ensemble. Mais au moment où l'itinéraire est fixé, je ne sais pas, du moins, si quelque chose comme ça est déjà arrivé.

17:29Christoph Weber

Comment est-ce que tu trouves personnellement cette route 2019 ? Est-ce que tu en es satisfait ? Tu dirais que ça va être vraiment passionnant ?

17:37Lucian Haas

Oui, je pense que c'est un itinéraire très beau et très intéressant. Donc, ça me plaît bien, oui.

17:45Lucian Haas

Tu trouves celle-ci plus intéressante que celle d'il y a deux ans ? Celle d'il y a deux ans était très palpitante, surtout pour le tournant au Trieglauf, parce qu'on s'est dirigés vers une zone où on n'était jamais allés.

18:01Lucian Haas

Cette fois, on se trouve aussi dans des régions où on n'est jamais allés, en passant par le Monteviso. C'est maintenant l'Italie à la fin, dans le dernier

18:10Christoph Weber

Partie. Exactement.

18:11Lucian Haas

C'est le troisième avant-dernier virage avant Pei et l'avant-avant-dernier virage avant la ligne d'arrivée. On est donc dans les Alpes de Saint-Baume, dans une région où nous n'avons jamais été, et on y amène pratiquement les athlètes dans un nouveau secteur. Je suis donc très curieux de voir comment ça va se passer. Et bien sûr, un endroit comme Titlis va être super intense, je pense. Titlis est sans doute le virage le plus difficile de tous. S'il faut vraiment monter à pied, ça peut être tactiquement décisif.

18:56Christoph Weber

C'est un sommet en Suisse, à 3 200 mètres d'altitude. Et là-haut, sur le glacier, les pilotes ne doivent pas seulement passer à côté, mais ils doivent soit atterrir, soit monter à pied, parce qu'ils doivent vraiment signer un panneau là-bas.

19:10Lucian Haas

Oui, c'est exactement ça. Il y a un panneau de signature à 3 020 mètres d'altitude là-haut. C'est près de la remontée du Titlis, il y en a une qui monte. Et il faut signer là-bas. C'est génial, bien sûr, quand on peut monter en avion et atterrir en haut. Mais si on doit y aller à pied, ça devient vraiment pénible.

19:32Christoph Weber

je pense. Eh bien, tu as abordé la question de la météo tout à l'heure, et maintenant avec la météo avant les X-Alps. Au moins, d'après ce qu'on voit, on se dit, oh, ça ne facilite pas vraiment les choses. Surtout en ce qui concerne ce point de bascule sur le Titlis, parce qu'on doit probablement encore compter sur énormément, énormément de neige là-haut.

19:53Christoph Weber

Est-ce que les athlètes ont le droit d'avoir des accessoires s'ils doivent monter à pied ? Genre, emmener des skis parce qu'ils disent qu'ils ne pourront pas passer à travers la neige haute autrement ? Ou des raquettes, ou autre chose ?

20:05Lucian Haas

Non, ce n'est pas autorisé. Ni les skis ni les raquettes ne sont permis. C'est vraiment... Seules les chaussures et la course sont autorisées. On peut aussi courir pieds nus. Mais pour la course, les seuls accessoires autorisés sont les chaussures. En ce qui concerne le Titlis, je devrais peut-être ajouter qu'il y a une route préparée pour monter. J'y étais la semaine dernière et j'ai convenu avec le secours en montagne que nous ferions préparer un itinéraire. Donc, ce qui passe par la neige, au-dessus du glacier, sera simplement aménagé par le dameuse. Et il y a un passage rocheux dedans, on y installera une corde fixe si nécessaire.

20:54Christoph Weber

Avec les informations que tu as sur l'évolution de la météo aujourd'hui, est-ce que tu voudrais toujours placer ce point de bascule au Titlis exactement comme ça ? Ou est-ce que tu dirais que, vu ce qu'on voit maintenant, c'est déjà toujours un risque de placer des points de bascule aussi extrêmes, et qu'il faudrait peut-être être un peu plus modéré ?

21:14Lucian Haas

Eh bien, je le placerais toujours comme ça, parce que, comme je l'ai dit, on a une route préparée là-bas. Donc, en ce qui concerne les dangers alpins, ce n'est pas du tout dangereux pour monter. Même si la météo est mauvaise, il y aura simplement des guides de haute montagne ou des équipes de secours en piste prêts à intervenir pour bien s'occuper des athlètes. Donc, ça ne me pose aucun problème. C'est juste intéressant de voir comment ça se passe au niveau des différentes tactiques pour que les équipes individuelles montent et signent. Bien sûr, c'est super pour ceux qui peuvent le faire en hélicoptère, que ce soit pour atterrir en haut ou surtout pour redescendre ensuite en vol.

22:01Lucian Haas

Mais même pour ceux qui doivent y aller à pied, la sécurité est parfaitement assurée. Donc, ça ne m'inquiète pas du tout. Est-ce que le glacier là-haut est propice au décollage ? Il est propice au décollage. Là, il y aura...

22:14Christoph Weber

... on a aussi fait du parapente tout à fait normalement là-haut. Maintenant, il y a aussi toute une série d'autres points de contrôle qui ne sont pas en haut de la montagne, mais en bas dans la vallée. Et les pilotes sont vraiment obligés de descendre, d'atterrir là-bas, et de signer quelque chose à chaque fois. Et ensuite, s'ils veulent continuer à voler, s'il s'agit d'une journée propice au vol, ils doivent systématiquement remonter la montagne à pied. C'est aussi, par rapport aux courses précédentes où il n'y avait pas autant de points de contrôle en vallée, une réelle difficulté supplémentaire. Est-ce que c'était aussi prévu ainsi par vous ?

22:50Lucian Haas

Oui, je veux dire, c'est exactement l'inverse du titre. Si tu as un point de passage en bas dans la vallée que tu dois signer, ça fait évidemment moins mal si c'est une journée où on doit de toute façon marcher. Tu serais de toute façon passé par là. Par contre, un jour de "Hammer", devoir descendre en vol et signer, c'est évidemment amer. Mais ça donne auathlon un caractère tout à fait unique et permet aussi aux spectateurs de simplement rencontrer les athlètes. Et c'est leénorme avantage, selon nous aussi, de ces multiples points de passage, que... Surtout les points de passage où il y a des panneaux de signature, donc les planches qu'il faut signer,

23:39Lucian Haas

...qu'on peut simplement y croiser les athlètes, ce qui est super motivant pour eux. Surtout quand tu évoques Aschau, au bord du Chiemsee sous la Kampenwand : la dernière fois, c'était une énorme fête et les athlètes étaient ravis que tant de gens les aient remarqués, les aient encouragés et aient vibré avec eux.

24:04Christoph Weber

Changeons un peu de sujet et parlons du risque et de la gestion des risques. Jusqu'à présent, il n'y a jamais eu d'accident vraiment tragique parmi les participants aux X-Alps. Quelle part de chance y a-t-il selon toi ?

24:18Lucian Haas

Oui, j'espère que... Enfin, on a toujours besoin de chance, bien sûr. Mais j'espère qu'on ne va pas se reposer uniquement sur la chance, mais qu'on a vraiment choisi les bonnes personnes dès le départ. Celles qui, d'après nos recherches que nous venons de faire, semblent vraiment aptes à limiter correctement les risques que l'on prend dans une telle entreprise et à ne pas jouer trop au plus risqué. Ça

24:51Christoph Weber

ça veut dire que tu vois aussi la gestion des risques dans le sens où tu dis que la sélection des athlètes est déjà une question vraiment décisive.

24:59Lucian Haas

Oui, absolument. Je veux dire, au moment où le coup de départ est donné, les athlètes doivent prendre soin d'eux-mêmes et assumer eux-mêmes leur propre risque, en faisant en sorte de ne pas franchir des limites trop dangereuses pour eux. Ça ne peut être fait que par une personne très mature, qui connaît ces situations extrêmes et sait qu'elle prendra quand même les bonnes décisions. On ne peut pas leur tenir la main. Ils agissent en totale autonomie parce qu'on ne sait pas exactement où ils sont. On les voit bien sur le live-tracking, mais la situation réelle sur place,

25:49Lucian Haas

ça ne fonctionnerait pas, parce qu'on ne peut pas juste dire, oui, tu n'as pas le droit de voler à cet endroit ou autre chose. Je ne peux pas vraiment évaluer ça à distance. L'athlète doit toujours le faire lui-même.

26:01Christoph Weber

évaluer. Quand tu vois ce que font les pilotes, dans quelles conditions météo ils volent encore, il y a du Nordföhn et ils se mettent carrément sur le flanc sud, presque dans le lee, et se font balayer et tout ça. À quelle fréquence as-tu déjà eu, par le passé, de vraies inquiétudes personnelles et pensé : oh là là, j'espère que ça va aller ? Oui, déjà une fois ou deux. Est-ce qu'il y aurait des cas où la direction de course, par précaution, pourrait même interdire le vol ou même annuler complètement la course dans certaines conditions météo ou quelque chose du genre, genre aujourd'hui ça ne passe pas, les gars, retenez-vous ?

26:39Lucian Haas

Alors, j'exprime tout à fait ce genre de préoccupations de manière générale et j'envoie simplement un message à toutes les équipes, ou aux équipes qui sont dans des zones où la météo est particulièrement extrême, où par exemple un front froid très puissant et changeant est en train d'arriver, pour leur donner simplement une information supplémentaire pour qu'ils fassent attention. Mais comme je l'ai dit, au final, les gars et les filles sont responsables de leurs propres décisions et tu sais probablement toi-même à quel point les conditions peuvent varier localement. Et juger ça à distance,

27:28Lucian Haas

c'est pratiquement impossible.

27:31Christoph Weber

Regardons maintenant le déroulement de la course et décris-moi simplement le déroulement d'une journée de course typique, disons à la moitié de la course. Tous les pilotes sont encore quelque part en déplacement. Qu'est-ce que tu dois faire ? Est-ce que tu te lèves aussi très tôt parce que les pilotes partent déjà à 5 heures et que tu dois être joignable pour eux ? Ou est-ce que tu dors encore et que ton téléphone est juste à côté de ton lit et que tu dois simplement être joignable ? Comment ça se passe ? Oui,

27:57Lucian Haas

Finalement, je ne fais que très rarement la grasse matinée. Mon téléphone est toujours allumé parce que je veux être joignable 24h/24 pour toutes les questions éventuelles des athlètes concernant la course. Et je regarde constamment le suivi en direct, dès que je sais que les gars sont de nouveau en mouvement. Et ça ne peut bien sûr être qu'après 5 heures, mais pour ceux qui sont en déplacement avec le Nightpass, ça peut tout à fait être avant 5 heures, donc en pleine nuit, où nous vérifions régulièrement où ils se trouvent et ce qu'ils font.

28:43Lucian Haas

Et si quelqu'un se déplace dans des zones qui ont l'air un peu complexes, que ce soit d'un point de vue alpiniste, aérien ou autre, il peut tout à fait arriver que le Safety Director ou moi prenions le téléphone pour appeler et demander : « Hé, qu'est-ce que vous avez prévu exactement ? Et est-ce que vous avez conscience des risques qui s' présentent à vous en ce moment ? » On est en fait constamment en contact avec les équipes et on essaie toujours de se faire une idée claire de l'ambiance et de l'état d'esprit des équipes.

29:29Lucian Haas

Pour voir si les athlètes portent bien l'équipement minimal requis, c'est-à-dire si tout est en règle. Et c'est évidemment pour nous aussi un retour important, pour avoir une idée de comment ils vont, de leur comportement et de leur état d'esprit. Et si ça devient un peu inquiétant, j'envoie le médecin de course pour qu'il examine les athlètes, et il me fait ensuite un retour pour savoir s'il y a peut-être des processus dangereux en cours. Pour savoir si tout le monde est encore capable de réfléchir clairement ou si le tout commence soudainement à paraître un peu confus. Parce que nous avons aussi la possibilité, si nous avons vraiment le sentiment que les équipes ne prennent plus de décisions rationnelles et intelligentes, de... faire passer des gens ou d'y aller nous-mêmes. En fait, nous avons les runners qui sont sur le terrain et qui passent régulièrement voir les équipes, par exemple pour récupérer les cartes mémoire avec le matériel image ou pour faire des "spotchecks", comme nous les appelons.

30:16Lucian Haas

C'est juste pour vérifier si les athlètes ont avec eux l'équipement minimal requis, donc si tout est en ordre. Et c'est bien sûr aussi toujours un feedback important pour nous, pour avoir un retour sur comment vont les personnes, comment elles se comportent et quel est leur état d'esprit. Et si ça devient un peu inquiétant, j'envoie le médecin de course pour qu'il examine l'athlète, et il me fait ensuite un retour pour savoir s'il y a peut-être des processus dangereux en cours.

30:57Christoph Weber

Mais est-ce que tu téléphones en gros au moins une fois par jour à toutes les équipes pour avoir une idée de l'ambiance ? Ou est-ce que c'est sporadique ? Tu appelles ici et là, et pour le reste, tu te bases simplement sur le live-tracking et les infos que les runners te donnent, et ainsi de suite. Comment ça se passe ?

31:11Lucian Haas

Oui, exactement. Enfin, pour le dernier point : je n'appelle pas chaque équipe individuellement, mais les équipes sont contactées régulièrement par nos différentes organisations, par l'équipe d'organisation. Et on veille aussi à avoir une très bonne communication entre nous, par exemple via un groupe WhatsApp, pour savoir, d'accord, l'équipe a été visitée et tout va bien. Ou alors, il y a peut-être tel ou tel problème, et tout cela est simplement transmis et communiqué de manière très transparente au sein de l'organisation.

31:50Christoph Weber

Est-ce que tu es au bureau à Salzbourg ou à Fuschel pendant la course et tu dis : « Voici mon poste de travail, c'est d'ici que je pilote tout » ? Ou est-ce que tu as en fait genre un bureau mobile ? Tu es en déplacement avec un camping-car et tu dis : « Je roule avec le convoi de course quelque part au milieu, comme ça je capte les conditions météo sur place et tout le reste, et j'observe pratiquement depuis le terrain » ?

32:14Lucian Haas

Alors, non, je n'ai pas de camping-car, parce que pour moi, c'est super important d'avoir une bonne connexion internet. Du coup, le fait de se déplacer n'est pas toujours idéal, car les connexions mobiles ne sont pas toujours assez bonnes partout pour que ça vaille le coup de s'arrêter quelque part. Je ne cherche pas forcément à avoir un hôtel avec un bon Wi-Fi, mais qui soit à proximité. Cette fois, je vais sûrement m'installer à Engelberg pendant un moment pour suivre simplement la situation sur place. Je me fixe donc toujours sur des points stratégiquement importants.

33:03Lucian Haas

Et à la fin, je dois être en bas à Monaco, parce qu'on a pas mal de contraintes pour le vol final vers le flotteur de Pei, depuis le dernier point de virage. Et je devrai gérer ça sur place.

33:21Christoph Weber

Combien d'heures de sommeil tu as par jour pendant la course ? Oui, si

33:27Lucian Haas

si ça se passe bien, peut-être cinq ou six heures de sommeil.

33:31Christoph Weber

Alors, pas plus que les équipes en fait ? Non. Ça veut dire que toute cette partie organisation - l'équipe fait en gros la même chose que les équipes, peut-être sans l'effort physique absolu qui va avec.

33:44Lucian Haas

Oui, exactement. C'est ça qui est un peu dommage. On ne peut pas vraiment se dépenser, courir partout tout le temps ou prendre l'avion, on reste surtout devant l'ordinateur ou au téléphone la majeure partie du temps. Mais oui, avec une privation de sommeil qui ne fait qu'augmenter.

34:03Christoph Weber

Ces équipes ont aussi pour consigne de fournir des images, de poster des trucs sur les réseaux sociaux, des petites vidéos et tout ça. Est-ce que tu regardes aussi toutes ces vidéos toi-même pendant la course, ce qui arrive au fil de la journée ? Peut-être pour te faire une idée des athlètes et bien cerner la situation ? Ou est-ce que tu te dis que tu n'as pas du tout le temps pour ça ?

34:23Lucian Haas

Oui, je le fais assez peu. Je regarde plutôt les trucs qu'on me soumet, quand on me dit : « Hé, il faut que tu regardes ça, qu'est-ce que tu en penses ? » Mais sinon, je n'ai pas vraiment le temps pour ça.

34:39Christoph Weber

En tant que Race Director, tu dois être garant de l'équité. Toutes les règles doivent être respectées, et tout ça. Mais est-ce qu'il arrive quand même que, au fil d'une course, tu développes peut-être une sorte de sympathie particulière pour certains participants ? Parce que tu vois, et tu te réjouis secrètement quand leur stratégie fonctionne, parce que tu te dis, « waouh, c'est un super itinéraire qu'il vient de choisir » ou quelque chose comme ça ? Enfin, ça te libère...

35:05Lucian Haas

je me prends souvent des remarques des équipes, surtout quand les choses tournent bien et tout ça. Mais ce qui n'est pas acceptable du tout, c'est d'avoir des règles inégales pour les

35:18Christoph Weber

équipes,

35:18Lucian Haas

avoir les équipes. Je pense être plutôt connu pour ne faire aucune exception là-dessus, surtout en ce qui concerne les violations de l'espace aérien ou ce genre de choses. Si on est dedans, même si c'était juste d'un mètre, on y était, tout simplement. Il n'y a pas lieu d'en discuter.

35:36Christoph Weber

Tous les X-Alps précédents ont été remportés par des pilotes suisses. Kriegel Baura est même déjà monté sur le podium cinq fois de suite. En 2017, soit il y a deux ans, le parcours ne passait pourtant pas par la Suisse. Ça fait deux ans maintenant. Tu peux peut-être nous en dire un peu plus en coulisses. Est-ce que c'était aussi une tentative à l'époque de retirer un peu l'avantage du terrain aux Suisses en faisant en sorte que ça ne passe pas par la Suisse ?

36:01Lucian Haas

Non, pas du tout en fait. La route, comme je l'ai écrit tout à l'heure sur la manière dont les parcours sont élaborés, elle est née comme ça. Et un point pour lequel on avait aussi regardé à éviter un peu la Suisse à l'époque, c'étaient simplement les coûts d'itinérance élevés que la Suisse engendrait toujours.

36:25Lucian Haas

Mais il n'y avait aucune intention cachée concernant Kriegel, genre il n'a pas le droit d'aller dans son pays d'origine ou quelque chose comme ça. Pas du tout. Et je pense que quelqu'un comme Kriegel, ça vole bien partout. Donc peu importe s'il connaît la région ou pas.

36:41Christoph Weber

Est-ce que les frais d'itinérance en Suisse ont baissé ? Ou est-ce simplement parce que ces sponsors comme Davos et d'autres lieux suisses disent aussi : « on veut vous avoir ici », qu'on se dit : « bon, d'accord, ça passe alors simplement par la Suisse » et qu'on accepte simplement ces coûts ?

36:57Lucian Haas

En ce qui concerne les coûts cette fois-ci, je ne sais pas encore, je dois dire. Je ne m'en suis pas occupé, ce n'est pas vraiment mon domaine. Je pense qu'ils ne sont plus si tragiques. Mais en tout cas, c'était intéressant de mettre en place quelque chose avec les partenaires de tournant qui se sont manifestés, et qui passe cette fois-ci vraiment à travers toute la Suisse.

37:23Christoph Weber

À travers toute la Suisse. On pourrait bien dire que les Suisses peuvent vraiment profiter de leur avantage à domicile. Mais est-ce que tu t'attends vraiment à une telle percée de la part de Kriegel ?

37:33Lucian Haas

Bah, ça ne m'étonnerait pas du tout, parce qu'il a toujours réussi jusqu'à présent à avoir la Masi devant. Et puis, il continue toujours de progresser vers l'avant. Donc, ça ne m'étonnerait pas. Ce serait super, bien sûr, si quelqu'un d'autre était aussi devant pour qu'il y ait un peu plus de match.

37:59Christoph Weber

À qui donnerais-tu encore la victoire, juste en te basant sur la situation actuelle ? Qui a laissé une impression particulièrement forte pour toi jusqu'à présent ?

38:11Lucian Haas

Oui, Mei. Ceux qui ont vraiment fait sensation, c'étaient les Français la dernière fois. Ils étaient vraiment forts. Et j'espère qu'ils vont encore mettre un sacré coup de collier la prochaine fois. Et j'espère que personne ne se blessera, pour que tout le monde puisse arriver. Et là, ça peut devenir vraiment passionnant. Gaspar a montré la dernière fois à quel point il pouvait tenir la route. Et Benoit, comment il a mis un coup de collier final en courant et a même fini par s'envoler jusqu'à l'arrivée. Ils ont certainement du potentiel. Maxime Pinot est aussi un nom qui peut bien rivaliser.

39:01Lucian Haas

Mais ça peut aussi être un Suisse qui gagne encore. Peut-être même pas celui-ci.

39:08Christoph Weber

Griegel, par exemple. Est-ce que tu pourrais imaginer qu'un genre d'exot se présente soudainement super bien ? Il y a un pilote du Liban, dont on n'a jamais entendu le nom au premier abord ou quelque chose comme ça, où on se dirait : « Mais il vole vraiment bien » ou un truc du genre.

39:24Lucian Haas

Ça m'étonnerait beaucoup. Enfin, ça m'étonnerait vraiment. Mais il y a maintenant partout dans le monde pas mal de compétitions de type High-and-Fly. Et c'est bien sûr aussi important pour moi. C'est une source essentielle pour voir ce que chaque athlète est capable de faire. Et que quelqu'un arrive à se faufiler à toutes ces compétitions pour soudainement sortir du chapeau comme ça, ça m'étonnerait beaucoup.

39:57Christoph Weber

Il y a deux ans, au moins quelques pilotes étaient en quelque sorte en équipe. Ils avaient toute une série de pilotes, même ceux qui ne participaient pas à la course et qui n'étaient pas directement leurs superviseurs ou quelque chose du genre, qui partaient avec eux et où ils cherchaient parfois des thermiques en tête dans un petit groupe, et qui aidaient en fait les pilotes de cette manière. Cette année, c'est censé être interdit. Comment voulez-vous vérifier quelque chose comme ça ?

40:31Lucian Haas

Oui, c'est super difficile à vérifier. Je pense que c'est encore plus compliqué que de vérifier le vol en nuage. Le vol en nuage est aussi interdit, simplement parce que c'est interdit en soi.

40:48Lucian Haas

Oui, au final, on compte sur la fairness des athlètes. Et puis, c'est bien sûr le cas pour les X-Hypes, justement parce que les X-Hypes sont si connus et si célèbres, énormément de monde regarde. Et c'est aussi quelque chose qu'on peut dire aux athlètes : « Hé, beaucoup de gens regardent et ils voient ce que vous faites. » Et ils observent très attentivement si vous avez des vols en basse altitude ou des vols en avance qui vous accompagnent d'une thermique à l'autre. Et je suis sûr que de la part du public...

41:30Christoph Weber

...va revenir. Qu'est-ce qui se passe si, par exemple, des pilotes s'allient ? Ça arrivait déjà dans les courses précédentes, où au moins certains groupes de pilotes, parfois sur de longues distances, volaient vraiment ensemble, où deux ou trois restaient ensemble plus longtemps, du moins toute la journée sur une sorte de trajectoire, montaient ensemble jusqu'au décollage et à la fin de la journée, ça se perdait un peu à nouveau. Est-ce que ce serait aussi du vol en équipe, qui serait sanctionné ? Ou est-ce quelque chose pour lequel vous dites : non, ce sont les pilotes entre eux, comment ils gèrent ça, on ne s'en mêle pas ?

42:00Lucian Haas

Exactement, le dernier point. La façon dont les pilotes s'organisent entre eux, c'est leur prérogative. Je ne veux pas m'en mêler. Ils doivent avoir la liberté de le faire. Par contre, ce qu'on ne veut absolument pas, c'est que quelqu'un amène un gros groupe de personnes pour leur baliser la piste et marquer chaque ascendance. Ça ne doit pas arriver. C'est simplement pour garantir l'équité sportive, pour que tout le monde ait les mêmes conditions. Ce

42:35Christoph Weber

La course est suivie dans le monde entier. Les gens regardent le suivi en direct. Est-ce qu'il y aura une nouveauté cette année ? Quelque chose qui nous ferait dire : « Waouh, on n'a jamais vu la X-Alp comme ça » ?

42:48Lucian Haas

Oui, alors l'année dernière, on a eu des problèmes avec le live-tracking juste au début de la X-Halb. Et c'est d'ailleurs un truc qui n'est pas facile à gérer du tout, parce que comme la X-Halb est si célèbre, on a tellement de spectateurs que ça surcharge simplement les serveurs à cause de la capacité, parce que le nombre d'utilisateurs est tellement plus élevé. On a eu une augmentation du nombre d'utilisateurs d'un facteur 10 et la puissance de calcul n'était tout simplement pas prévue pour ça. Tout ça devrait être bien mieux cette fois. Et ça va redevenir tridimensionnel aussi.

43:36Lucian Haas

Et oui, j'espère que ça plaira à nouveau aux spectateurs et que ça va susciter de l'enthousiasme.

43:44Christoph Weber

Est-ce que vous faites aussi des paris au sein de l'équipe d'organisation ? On en parle sûrement beaucoup, mais est-ce que vous concluez genre des paris sur les vainqueurs, genre en interne, sans que ça sorte, avec un truc comme un jeu de pronostics où on se dit : « Allez, on parie tous sur Kriegel » ou « Non, c'est Guschlbauer qui va gagner cette fois » ou autre chose ?

44:04Lucian Haas

Pas chez nous. Dans mon cercle restreint, je ne sais pas s'il y a des paris de ce genre.

44:14Christoph Weber

Eh bien, tu as 56 ans maintenant. Si tu avais 20 ou 30 ans de moins, est-ce que les X-Alps t'attireraient aussi en tant que participant ?

44:25Lucian Haas

Alors, ce mode de déplacement, le Hike and Fly, ça m'attire énormément, c'est exactement ma façon de voler. Et surtout, voler des parcours et remonter jusqu'au décollage par mes propres moyens, me déplacer à travers les montagnes par ma propre force ou par la force de la nature, que ce soit la thermique ou un vent de pente, c'est exactement mon truc. Si j'aurais encore cette envie de compétition pour faire ça en course, j'ai du mal à le dire, parce que je n'ai plus 20 ans et je ne l'ai plus vraiment. Ça m'attire de moins en moins.

45:12Lucian Haas

J'ai toujours participé aux Cross-Alps, deux fois en tant qu'équipe de tandem, et ça m'a fait beaucoup de plaisir, c'était super, on pouvait vraiment mettre les gaz. Je referais ça, mais c'est pratiquement des X-Alps pour les petits. Les X-Alps, c'est encore plus, c'est aussi une fois

45:31Christoph Weber

une tout autre paire de manches. Est-ce que le X-Alps et l'intérêt que tu y portes ont changé ta vision ou ton approche du parapente d'une manière ou d'une autre ?

45:41Lucian Haas

Ouh là, c'est une bonne question. Je ne pense pas, non.

45:45Lucian Haas

Alors, X-Alps a toujours fait partie du truc, depuis que la première édition a eu lieu, j'ai toujours suivi, ça m'a toujours intéressé et ça a sûrement apporté quelque chose, aussi pour ma propre pratique du parapente. Mais maintenant que j'en fais partie moi-même, je ne pense pas que ça ait changé quoi que ce soit.

46:11Christoph Weber

Et tu vas faire ce rôle de Race Director pour la cinquième fois maintenant ? Combien de temps tu comptes encore le faire ? C'est

46:18Lucian Haas

c'est une bonne question. Après la course, je dis toujours, pas une seule fois,

46:24Christoph Weber

Voyons voir. Mais tu l'as déjà dit quatre fois et c'est la cinquième fois que tu es là. Oui,

46:31Lucian Haas

Exactement, c'est comme ça que ça se présente.

46:33Christoph Weber

Ça veut dire que tu te retrouves dans la même situation que les pilotes qui, juste après avoir fini, se disent : « Quel soulagement, c'est fini, plus jamais. » Et puis deux jours plus tard, ils sont à nouveau infectés par le virus.

46:44Lucian Haas

Oui, alors je pense que pour la plupart, ça dure plus de deux jours, mais le virus revient toujours, oui.

46:54Christoph Weber

Parmi toutes ces X-Alps que tu as faites jusqu'à présent, y a-t-il une scène en particulier que tu considères comme marquante, une qui t'est restée en tête ? Même si c'est une scène qui n'est pas forcément connue officiellement, une scène où tu te dis : « Ah, ça m'a vraiment marquée », on aimerait bien le savoir, non ?

47:13Lucian Haas

Oui, je veux dire, ce sont simplement des histoires très émouvantes. Pour moi, l'une des scènes les plus touchantes que j'ai vécues la dernière fois, c'était quand j'étais à Leermoos au point de retour et que j'ai regardé Gaspar Petiot arriver en plein vol. Je me suis ensuite entretenu avec lui et nous sommes restés assis un bon moment ensemble au point de retour, et il m'a raconté ce vol super difficile pour lui contre le vent de face en venant d'Aschau jusqu'au point de retour. Pouvoir partager ça, ressentir ça, et aussi... enfin, j'étais super content qu'il ait réussi à voler jusqu'ici et j'ai trouvé ça tout simplement génial de pouvoir vivre ça de si près.

48:08Lucian Haas

Ce sont aussi des expériences incroyablement belles.

48:12Christoph Weber

Alors, tu n'es plus seulement le Race Director dans ce cas, mais c'est toute la grande famille Red Bull X-Alps, et on vibre avec chacun d'entre eux.

48:21Lucian Haas

Oui, exactement, c'est ça le point. Peu importe le classement actuel, si ça marche, si on voit qu'ils se sont vraiment donnés à fond, comme Gaspar à ce moment-là ou quelqu'un d'autre ailleurs, il y a un énorme effort derrière. Et quand ça fonctionne et que ça réussit, c'est tellement génial et tellement top, alors là, je peux être fier de chacun d'entre eux à chaque fois.

48:51Christoph Weber

...enthousiasmer. Mais il y a aussi le revers de la médaille, par exemple quand quelqu'un, consciemment ou non, s'envole dans une zone de contrôle et se prend une pénalité ou doit même être disqualifié selon les règles. À quel point est-ce difficile pour toi d'appeler ces gens pour leur dire : « Hé, t'as fait une connerie » ?

49:12Lucian Haas

Oui, c'est évidemment super amer.

49:17Lucian Haas

Je ne sais pas si vous l'avez vu, mais il y a eu cette scène connue où j'ai appelé un pilote parce qu'il est entré dans la zone d'exclusion aérienne à Salzbourg et qu'il a été disqualifié. Ça fait évidemment super mal, ça me fait vraiment très souffrir aussi.

49:39Christoph Weber

Si un pilote vient vers toi avant la course, est-ce qu'il te demande quand même des conseils, ou est-ce que tu es tellement au-dessus de tout qu'ils se disent : « Non, le Race Director ne parle pas de ce genre de choses » ?

49:53Lucian Haas

Également. On peut souvent discuter tout à fait normalement. Et bien sûr, je peux peut-être donner un conseil, même si je constate rarement que je sais beaucoup plus que les athlètes. Ils arrivent en fait très bien préparés et ont leur propre stratégie pour les choses. Donc, c'est plutôt moi qui peux apprendre quelque chose d'eux, et non l'inverse.

50:23Christoph Weber

Eh bien, il y a toujours cette semaine avant la course où tout le monde se réunit, c'est la semaine de préparation pour le Fuschel. Tout le monde apprend les règles et tout ça. En même temps, ils sont tous sur le même camping et chaque équipe se prépare. À quel point est-ce que tu ressens des échanges entre les équipes ? Est-ce qu'il y a une grosse compétition ou est-ce qu'il y a déjà un peu quelque chose comme un esprit d'équipe ?

50:46Lucian Haas

Il y a vraiment un fort esprit de cohésion. Du moins, c'est ce que je perçois. Ils se rapprochent de plus en plus avec le temps. Bien sûr, ce sont tous des caractères très différents, certains s'intègrent plus que d'autres au groupe, mais ils ont tous un objectif commun et ça les unit énormément. Ça crée vraiment une sorte de sentiment familial.

51:14Christoph Weber

Est-ce que tu gardes contact avec certaines personnes en dehors des X-Alps ? Est-ce qu'elles t'appellent parfois pour dire : « Hé Christoph, comment ça va ? » entre deux éditions, ou est-ce qu'on ne se voit vraiment que tous les deux ans ?

51:27Lucian Haas

La plupart du temps, on ne se voit que tous les deux ans. Alors, j'en vois ou j'en parle peut-être de temps en temps, mais pour le gros du groupe, c'est tous les deux ans.

51:38Christoph Weber

Si tu pouvais te souhaiter quelque chose pour ces X-Alps 2019, quel serait ton plus grand souhait ? Oui,

51:46Lucian Haas

comme toujours,

51:47Christoph Weber

que tout le monde arrive sain et sauf. C'est peut-être une belle conclusion, que tout le monde arrive sain et sauf. Je te remercie pour cette interview intéressante et je souhaite vraiment que tout le monde arrive sain et sauf et surtout que cette course passionnante puisse se dérouler aussi bien au sol qu'en l'air.

52:03Lucian Haas

Oui, merci beaucoup, Lucian. Et espérons tous ensemble que ce sera à nouveau une bonne course avec une belle fin.

52:13Christoph Weber

C'était Christoph Weber en conversation avec Lucian Haas. Si vous voulez suivre de plus près la course Red Bull X-Alps, le site internet est à l'adresse www.redbullxalps.com. On y trouve beaucoup d'infos sur le parcours et les participants. La course elle-même commence le 16 juin. Elle peut être suivie virtuellement via le live-tracking.

52:35Christoph Weber

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52:58Christoph Weber

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