Et le vol de distance m'intéresse énormément, parce qu'on se retrouve tout simplement face à des paysages magnifiques, comme en escalade. Et si je peux, par exemple, m'envoler quelque part pendant deux ou trois jours, en autonomie, aller faire de l'escalade et revenir, il n'y a pas mieux.
Podz-Glidz, le podcast Lu-Glidz.
Histoires du
univers de parapente.
Aujourd'hui avec Fabian
Buhl et
Lucian Haas au micro. Le
Le Fabian Buhl de l'Allgäu n'est pas encore une grande figure dans la scène pure du parapente. Pourtant, malgré son jeune âge de 29 ans, il suscite déjà une grande admiration chez les alpinistes. Car il est considéré comme l'un des grimpeurs, grimpeurs en bloc et alpinistes les plus talentueux. Il a déjà enchaîné seul plusieurs des voies d'escalade les plus difficiles au monde sur plusieurs longueurs de corde. Des voies que presque personne d'autre n'oserait tenter. En février 2020, Fabian était en expédition. En Patagonie, où il a notamment gravi le Cerro Torre au sein d'une cordée de plusieurs personnes. Le Torre est une aiguille rocheuse légendaire dans le sud de l'Argentine, balayé par les vents. Juste en dessous du sommet glacé, il y a un petit plateau rocheux.
Assez grand pour y déployer un parapente. Et c'est ce que Fabian a fait. Après un bivouac au sommet, il s'est élancé dans les airs au petit matin, quand le vent était calme, et a utilisé son aile de montagne pour un vol en descente d'environ 15 minutes. Sinon, la descente lui aurait pris presque une journée entière en faisant de la descente en rappel et de l'assurage sur la roche. Rien qu'en termes de temps, on comprend déjà pourquoi le parapente est de plus en plus découvert ou redécouvert par les alpinistes comme aide à la descente. Fabian est aussi vraiment accro au vol et prévoit d'autres expéditions à l'avenir où il veut combiner l'escalade et le vol. Il raconte tout ça dans cet épisode de Podz-Glidz. Avant de commencer, une petite précision.
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Fabian, tu as fait une carrière incroyable en escalade. Mais depuis quelque temps, tu fais aussi du parapente. Comment t'es-tu lancé ?
Oui, alors j'ai des projets d'escalade. Évidemment, pour moi, ça a commencé par le bloc, puis l'escalade sportive et ensuite l'alpinisme. Et à un moment donné, quand on grandit à Allbau, on voit tout le temps comment je fais du parapente. Et à un moment donné, je me suis dit, oui, d'une manière ou d'une autre, il doit bien y avoir un potentiel pour l'utiliser de façon pertinente. Et puis je suis tombé assez vite sur Manu Nübel, parce qu'il était aussi dans l'équipe d'adidas et parce qu'on se connaissait un peu via Allbau. Et j'en ai discuté un peu avec lui.
Et oui, alors cette idée est revenue, parce que l'idée avec laquelle je suis allé le voir, elle était complètement sans plan, évidemment. Il m'a tout de suite dit que ça ne serait sûrement pas possible, parce qu'en hiver, il n'y a pas de thermique ou qu'en hiver, on ne peut pas s'y infiltrer comme je me l'imaginais. Et après, j'ai un peu perdu ça de vue. Et puis, je suis revenu du Pakistan. Et là, c'était clair, je partais aux USA. Et là, je voulais absolument faire du parapente. Et oui, alors... De quelle période on parle ? C'était en 2018.
C'était à l'automne 2018, exactement. Oui, et puis ça s'est fait assez vite, parce que mon vol était en fait dans deux jours. J'ai juste pris le temps d'organiser l'aile, j'ai pris quelques heures et ensuite je suis...
Tu es allé en Idaho pour voler. Je comprends bien ? Tu es allé aux États-Unis pour l'escalade et pour voler, mais tu n'as pas fait de vrai cours de parapente en fait.
Non. Enfin, mes amis m'ont appris ça, enfin pas Manu, mais une amie m'a appris ça sur une pente d'entraînement. Et oui, on a fait un petit vol le même jour. Et puis je suis allé aux États-Unis, exactement. Et c'était en fait assez bien, une très bonne zone. Et là-bas, j'étais avec un ami qu'on avait rencontré en Afrique du Sud, qui pratique depuis longtemps. C'est avec lui que j'ai appris pas mal de bases. Et oui, c'est là en Idaho que j'ai fait mes premiers vols plus importants.
Récemment, tu as fait un peu parler de toi dans l'escalade, mais surtout dans la scène du parapente. Tu as gravi le Cerro Torre en Patagonie et tu en es même redescendu en volant. Comment as-tu eu cette idée ?
Oui, alors j'ai bien sûr pris l'aile avec moi, parce que depuis que je vole, en fait, je grimpe toujours quelque part dans les Alpes, parce que c'est aussi un bon entraînement physique pour l'alpinisme. Et puis, quand on peut redescendre en volant, c'est encore plus cool et surtout, c'est assez efficace en termes de temps. On peut alors souvent remonter une deuxième fois.
Et j'ai emmené l'aile en Patagonie, même si je me disais : "Ouah, il y a tellement de vent, il y a déjà eu de très bons pilotes là-bas, est-ce que je vais vraiment pouvoir utiliser l'aile ?" Je ne le crois pas pour l'instant, mais j'avais encore de la place dans mes bagages. Ensuite, je suis redescendu. Et je m'étais dit que je rencontrerais Colin Haley, un Américain qui vit en Allemagne, avec qui je voulais tester pas mal de nouvelles voies. Ou alors on avait une ligne spécifique en tête, c'était la face sud des Torres. Mais la météo en janvier était extrêmement mauvaise. Et il était devenu clair qu'il grimperait avec quelqu'un d'autre en février. Mais je suis resté dix jours de plus parce que je voulais initialement grimper en solo.
Mais ça ne s'est pas vraiment concrétisé. La fenêtre météo qui est arrivée juste avant mon départ était finalement un peu plus grande et un peu meilleure que ce que je pensais. Et c'est là qu'il est apparu que ça se passerait probablement pour le Rangni.
Rangni est une voie d'escalade spécifique que tu peux faire là-bas.
Rangni, c'est cette voie, exactement. C'est un classique, la ligne royale du Cerro Torre, parce que c'est toute cette accumulation de givre — le Rime, c'est cette forme de neige spécifique — qui remonte le long de la crête. C'est vraiment impressionnant. Et c'est évidemment le rêve de tout grimpeur ; même si la voie n'est pas extrêmement difficile, ils veulent absolument la faire un jour. Et oui, nous étions la première équipe cette année-là. Et il faut la parcourir chaque année car il faut creuser à nouveau les tunnels de Rime, ces tunnels à travers cette neige, et d'abord déblayer la glace sous le Rime pour pouvoir atteindre la glace du tout. Et c'est assez chronophage.
Et j'ai dit que si on allait à Rangni, je ne voulais pas que la voie ait été grimpée par 100 personnes lors d'une saison parfaite ; si on y va, je veux absolument qu'elle soit dans des conditions vierges. Alors, on a constitué une équipe avec trois Français qu'on a rencontrés là-bas. Et puis il y avait aussi Raphael Haug et Laura Tiefenthaler. Donc deux filles autrichiennes, ou plutôt allemandes, qui sont venues avec nous. Exactement.
D'habitude, tu es souvent en solo en montagne. Pourtant, tu as dit qu'au Cerro Toro, tu étais avec une équipe complète pour l'ascension. Est-ce que ça te plaît, de grimper en groupe ?
Pour moi, l'escalade en solo a déjà un attrait extrême. Mais j'ai même envisagé, pour un court instant, de faire le Rangni en solo. Mais si la voie n'a pas encore été faite, elle n'a été escaladée en solo que dans des conditions absolument parfaites. Et dans ces conditions vierges, on ne peut pas vraiment assurer la voie, parce que c'est vraiment, c'est juste de la neige consolidée. Aucun piolet ne tient, il faut des Wings, donc des trucs fixés sur les piolets comme des ailes, qui vont dans la neige pour que ça ne glisse pas. Et c'est déjà assez spécial. Et là, j'étais nettement, nettement plus à l'aise en équipe. Mais je voulais aussi une équipe assez grande, même si nous n'avons grimpé qu'en deux équipes de trois. Mais pour que si une équipe, par exemple, deux personnes tombent malades ou ne se sentent pas bien, elles puissent descendre en rappel et que les autres puissent quand même continuer à grimper.
Parce que bien sûr, si par exemple deux descendent en rappel et que le troisième doit aussi descendre parce que les deux descendent, alors il ne reste qu'un seul jeu de cordes pour les autres, non ? On a grimpé de manière assez indépendante l'un de l'autre, ce qui était super parce qu'on est plus rapide. Mais j'avais quand même, dans ma tête, ce backup au cas où il arriverait quelque chose, pour que une partie des personnes puisse quand même monter plus haut et que l'autre partie puisse descendre en rappel, non ? Et aussi, parce que j'avais pris une aile dans mon sac à dos, je me suis dit que si je tombais, je voulais absolument qu'il y ait définitivement assez de cordes en haut, au total, pour que mes partenaires ou les autres puissent bien descendre à tout moment, parce que je ne voulais prendre aucun risque ou quelque chose comme ça.
C'est pour ça que j'ai préféré faire cette action avec d'autres personnes.
Eh bien, tu étais le seul à vraiment avoir atterri en plein vol. Est-ce que les autres étaient un peu jaloux, eux aussi ?
Oui, bien sûr qu'ils étaient jaloux, mais je pense qu'à part Raffaella, personne ne vole, enfin parmi les gens. Depuis combien de temps
ton volé
duré ? Enfin, je pense avoir volé dix ou douze minutes, mais sur l'Elmo, sur l'Elmo je dis, sur le Mocho, c'est comme un, genre, ouais, un énorme socle rocheux dans la vallée de Torre, là le vent était tellement stable, on aurait pu voler éternellement. Donc là, ça a vraiment bien tenu.
Mais tu n'es pas resté là-bas, tu as dit : non, là, il faut que je descende.
Non, je suis resté un peu là-bas, j'ai profité un peu de la vue et à un moment donné, j'avais quand même bien froid. Oui. Parce que je suis resté avec mes gants fins, et comme les autres étaient mouillés, il a fallu que je redescende à un moment donné.
Combien de temps aurais-tu dû mettre pour descendre toi-même, ou combien de temps les autres ont-ils encore mis pour redescendre ?
Oui, une journée au total.
Ça veut dire que ce qu'ils font en une journée, tu l'as fait en 15 minutes ? Oui. Mais pour la montée, tu as dû traîner le parapente avec toi, tu l'as dit. Quel est le poids de ton équipement de vol par rapport au reste du matériel que tu dois emporter pour une telle aventure ?
Alors, pour le parapente, c'est, enfin, pour la ligne de crête, je ne prendrais pas énormément de choses, parce qu'on ne bivouaque pas, évidemment, non ? Alors, on peut certainement grimper la route en moins de 10 heures, mais en équipe et avec du matériel, ça prend quand même plus de temps et il faut alors emporter le sac de couchage, le réchaud, la nourriture, tous les crampons, les piolets, les broches, le matériel, et en plus j'avais mon sac à dos, donc mon équipement de parapente. Au total, j'ai tout mis dans un sac à dos de 45 litres. Je pense que si je ne me trompe pas, on dirait que j'avais probablement environ 10 kilos de matériel avec les vêtements, oui, avec la nourriture, le gaz et tout, mais ça devient de moins en moins lourd au fur et à mesure qu'on monte.
et puis voilà
l'aile, la Susi avec le F-Flight, ça pèse environ 2 kilos.
La Patagonie est célèbre, et pour tout dire, aussi mal réputée pour ses conditions météo bizarres. Ça peut changer de manière monstrueuse et très rapide, en plus, les treuils ne cessent de souffler. Quelles chances as-tu calculé, au juste, de pouvoir vraiment décoller là-bas ?
Alors, pendant les un mois et demi où j'y suis resté, j'ai essayé plusieurs fois de décoller de petites montagnes et j'ai volé deux fois. Les deux fois, c'était un pur cauchemar, au point que je me suis juré de ne plus jamais voler en Patagonie, parce que si on imagine, il y a toujours un vent brutal et chaque vallée a son propre vent, et puis dès que tu décolles, il y a des turbulences vraiment énormes, peu importe si tu voles du côté sud ou du côté nord de Chalten.
mais la météo n'était jamais bonne, enfin, elle n'était jamais stable, c'était juste correct, mais il y avait beaucoup de vent et j'ai juste essayé de voler un peu parce que je m'ennuyais.
mais pour la fenêtre météo du Torre, après avoir vu ça sur les prévisions, il m'était assez clair que si j'étais en haut au bon moment, pendant cette fenêtre météo, j'aurais des chances de voler. Et c'était aussi la raison pour laquelle je n'avais pas encore dormi sous le sommet et la dernière longueur sous le sommet, parce que la veille au soir et pendant tout l'après-midi, la paroi est incroyablement active thermiquement et il y a des vents brutaux là-haut.
mais il était clair pour moi qu'on n'aurait pas ça au lever du soleil, et au lever du soleil, j'ai aussi reçu par InReach de la part de Rollo Garibotti qu'il n'y avait que genre 3 à 10 nœuds, certes par l'avant, dans la mauvaise direction, mais je me suis dit que ça pouvait quand même être lançable et oui, on était vraiment très tôt en haut avant le lever du soleil, j'ai alors inspecté le décollage avec une lampe frontale, il n'est pas grand, mais il a un peu fait office d'aile contre le vent parce que je ne pouvais pas décoller côté vent, c'était trop petit, la pente était trop forte et alors je me suis dit que si le vent baissait un peu pendant une pause, je pourrais probablement juste
décoller en courant dans le luvre, non ? Et oui, exactement, c'était le plan.
Décris-moi un peu les conditions de départ, tu n'étais pas exactement sur le sommet, mais un peu plus bas, comme tu viens de le dire.
Oui, le sommet, c'est un champignon de neige qui change chaque année et il est à des centaines de mètres. Sur le décollage, il y a peut-être trois mètres de différence, sauf que le champignon de neige, là où le vent frappe, ces tunnels de neige se forment et ces champignons se forment chaque année simplement par la circulation du vent, quand la neige humide est projetée contre la paroi avec énormément de puissance et qu'elle finit par se solidifier là. Et justement cette année, ce plateau d'où j'ai décollé, il est en fait presque stable chaque année, ça existe depuis 1988, seul le petit sommet, lui, se déplace un peu tout le temps.
Mais le plateau en soi, il existe, c'est déjà très connu, parce qu'en venant de l'autre itinéraire, de la South East Bridge, donc de la route du compresseur, on arrive directement sur ce champ de sommet, et c'est pour ça que j'avais déjà vu sur beaucoup de prises de vue à l'époque que ça allait probablement devenir le départ. Comment
Tu avais beaucoup de place sur cette surface de glace ?
Pour le déploiement, c'est suffisant, on peut bien bouger et ensuite j'ai dû avoir encore genre cinq à dix mètres pour courir et là ça devient raide. Donc dans la vidéo, on voit quand je déploie l'aile et que je cours un peu et puis je saute comme ça dedans et là ça plonge, on ne peut plus courir non plus, c'est trop raide et trop glacé. Donc je dirais maintenant, du déploiement jusqu'à l'endroit où il faut absolument s'envoler, il y a 15 mètres.
Est-ce que tu avais le trac avant le départ ? Ou est-ce que tu étais tellement concentré que tu ne le sentais même pas ?
J'ai passé toute la nuit à me demander si ça allait voler ou pas, parce qu'il y avait déjà beaucoup de vent et surtout, il a commencé à neiger pendant la nuit, donc ce n'était pas clair du tout. Mais le matin, c'était super là-haut, quand ils ont ouvert, et là je ne voulais plus que décoller. Et je savais aussi qu'en principe, si je le prépare, je vais devoir courir quoi qu'il arrive.
parce que je n'allais certainement pas essayer une deuxième fois. Donc si j'avais eu un échec au décollage, pour une raison ou une autre, je ne serais certainement pas reparti.
Le départ, quand on le voit sur la vidéo, n'était pas vraiment réussi non plus. L'aile est assez déportée sur le côté et elle ne porte vraiment qu'une fois que tu arrives dans la pente raide. Qu'est-ce qui s'est passé là ?
C'est exactement ce que j'ai décrit. C'est aussi ce que beaucoup de gens ont critiqué sur ce départ. Je dis aussi que le départ n'était pas bon parce que le côté gauche reste beaucoup plus bas et que le côté droit se courbe ensuite vers moi. Mais c'est à cause de la formation de neige derrière. L'aile était conçue pour un vol complet en Lay. Je l'ai, disons, déployé tout droit, mais j'ai dû partir en courbe parce que j'ai eu plus de temps pour courir. Et le vent venait aussi de cette direction. Je voulais juste monter l'aile proprement et aller dans cette direction, parce que de cette façon, bien sûr, je perds moins de distance de course.
Quand je finis par le monter, il finit par passer au-dessus de moi ou quelque chose comme ça, et il me faut alors plus de temps pour accélérer suffisamment l'aile pour qu'elle porte. Et j'avais déjà compris que si elle est à peu près au-dessus de moi et que je saute dedans, elle vole déjà. J'ai déjà lancé la Susi en Lay à plusieurs reprises et quand elle est assez rapide et qu'elle est chargée, elle vole déjà.
Tu as vu la vidéo après coup, ta page de départ aussi, pas seulement de ta propre perspective, mais aussi filmée un peu par derrière.
J'aurais pu freiner un peu plus tôt, probablement.
On voit bien que l'aile le porte vraiment là où tu es déjà dans la pente et que tu n'aurais probablement plus pu l'interrompre à cet endroit.
Non, non, bien sûr pas. Qu'est-ce que tu as...
Qu'est-ce que tu t'es dit à ce moment-là ? Genre "ups" ou "trop stylé, ça a marché", ou quels sentiments as-tu eu après coup ?
J'ai vite compris que c'était assez délicat, parce qu'en fait, j'aurais peut-être dû un peu freiner l'aile au début. Mais bien sûr, je ne voulais pas, parce que je ne savais pas à quel point le vent allait vraiment souffler dessus, et si je freinais trop, elle allait retomber dessus. Du coup, j'ai pensé... à ce moment-là, il m'était déjà clair que ça avait l'air un peu plus plat sur la vidéo que dans la réalité. Là, on dirait que c'est devenu vraiment serré, jusqu'à ce que je m'éloigne avec l'aile. En vrai, c'est tellement raide que je savais déjà que je ne m'accrocherais probablement pas forcément là.
Ça veut dire que l'espoir, c'était que l'aile allait tenir quoi qu'il arrive.
L'aile vole déjà, oui.
Tu as été le premier à...
...est tombé de là-haut ? Non, en 1988, les frères Pinn ont déjà essayé. Ils ont décollé du même endroit ? Le même endroit, exactement, parce que c'est ce plateau qu'il y a là. Mais eux, ils ne l'ont pas fait comme ça, ils ont grimpé la voie et comme la météo était trop mauvaise, ils ont fait de la descente en rappel. Et puis la météo s'est améliorée à nouveau et ils se sont fait monter en hélicoptère trois jours plus tard, ou quelque chose comme ça, et ils sont redescendus en sautant. Et je crois que deux Suisses l'ont aussi fait. Enfin, se faire monter en hélico et ensuite sauter. Mais
tu es maintenant le premier à vraiment
... grimpé ? Grimpé et puis descendu en volant. Enfin, tout ça, comme une sorte de vol de haute qualité, haut de gamme.
Si on regarde un peu l'histoire du parapente, le parapente a été inventé par les alpinistes au départ comme une sorte d'aide à la descente. Et avec le temps, à mesure que les ailes sont devenues meilleures et tout ça, c'est devenu une discipline où il s'agissait beaucoup plus de voler que d'être juste une aide à la descente. Mais maintenant, ces dernières années, on remarque qu'on entend plus souvent que les alpinistes s'en servent à nouveau massivement et qu'ils utilisent ces nouvelles ailes de montagne légères pour redécouvrir concrètement le parapente comme aide à la descente et comme outil pour eux. À ton avis, à quoi ça est dû ? Pourquoi y a-t-il ce renouveau chez les alpinistes, où ils se disent à nouveau : « Ah, on peut prendre le parapente avec nous » ?
En général, je ne pense pas que ce soit seulement chez les alpinistes, mais plus largement, les gens sortent de plus en plus et le High-End-Fly est une façon cool de sortir. Ou alors on part en randonnée et on finit par voler quelque part pour descendre. En alpinisme, de plus en plus de gens emmènent aussi leur aile.
Mais pour les trucs plus lourds, ça devient compliqué de transporter ça à cause du poids. Par contre, quand ça réussit, c'est génial, parce qu'on s'épargne tellement de marche, de descente en rappel, et on est beaucoup plus vite pour descendre de la montagne. Et être en bas de la montagne, c'est juste dingue. J'ai une aile de distance et j'ai une petite aile de montagne, la Susi par exemple. Et honnêtement, oui, je ne suis pas forcément un bon pilote de distance, mais ma Susi me fait plus plaisir à voler. Tout simplement parce que la petite aile F-Light, sans le secours, elle ne pèse rien, je la déploie, je m'installe dedans, je vole en bas et je peux encore un peu jouer avant d'atterrir.
C'est tout simplement dingue, pour moi, c'est une sensation de liberté incroyable et une manière hyper simple d'organiser une descente. Et c'est vraiment fun. Et pas seulement pour la descente, mais avec des ailes aussi légères, comme la Susi par exemple, qui ne monte pas en thermique, on peut aussi franchir certains glaciers ou ce genre de trucs, si on planifie bien, qui seraient par exemple trop dangereux ou trop complexes à faire à pied.
Est-ce que tu prévois personnellement de faire plus de projets à l'avenir où tu combines vraiment l'escalade, l'alpinisme et le parapente ?
Oui, carrément. J'ai plusieurs projets, donc de plus en plus, parce que je veux de toute façon en faire beaucoup. Ou faire des expéditions. Et j'ai quelques idées, mais aussi dans la région alpine, où j'aimerais encore un peu pousser les limites, peut-être simplement une aile plus légère ou une aile plus petite, juste pour réduire le volume du sac. Parce que je pense qu'on peut faire énormément de choses, énormément de trucs cools avec, mais l'aile ne va certainement pas redéfinir l'alpinisme pur, parce que pour ça, l'alpinisme est tout simplement bien trop dur. Là, le poids de l'aile est tout simplement trop lourd. Même le Dudek est bien trop lourd.
Même s'il ne pèse qu'un kilo, ce serait quand même trop lourd.
Oui, mais un kilo, quand tu changes tout au niveau du mousqueton, que tu prends les mousquetons les plus légers, juste parce qu'il a deux grammes de moins ou quelque chose comme ça, tout ça s'accumule. Du coup, je ne peux pas juste prendre une aile avec un kilo de plus. Si j'essaie d'économiser partout, c'est juste pour pouvoir bouger plus léger et plus vite en économisant un kilo. Ça veut dire que je bouge simplement moins, je suis moins exposé à, oui, s'il fait trop chaud, aux avalanches ou on est simplement plus rapide, plus efficace en montagne quand on est plus léger. Et c'est ça qui compte, tout simplement, dans l'alpinisme lourd ou l'alpinisme dur.
Alors, tu viens de l'escalade, tu as déjà fait des trucs incroyablement difficiles en tête haute et en solo, là où tout le monde dit : « c'est un risque bien trop grand, je ne me sentirais jamais capable de faire ça », et je ne peux même pas techniquement ou autre chose. Si tu prends le vol en comparaison avec ça, est-ce que le vol t'inspire une forme de respect, ou est-ce que quelqu'un qui est resté sur des parois aussi raides, juste sur le bout des doigts, et qui est déjà tombé plusieurs fois dans la corde ou quelque chose comme ça, dirait que le vol, c'est en fait un truc de maternelle à côté ?
Alors, faire du parapente avec une aile, avec une aile A par exemple, je trouve ça complètement safe, parce qu'en principe, il ne peut pas se passer grand-chose si les conditions sont correctes. Mais autant de choses, pour moi, le parapente m'inspire un respect extrême, parce que bien sûr, je veux toujours plus et peut-être que je veux trop, trop vite, et je me retrouve alors dans des situations qui ne me plaisent pas. Du coup, je dois faire beaucoup plus attention et je ne trouve plus le parapente relaxant quand je me retrouve dans des situations qui ne me plaisent absolument pas. Mais en général, quand on commence le parapente et qu'on compte vraiment faire du hike and fly et juste descendre une pente le soir,
Je trouve ça absolument, c'est comme l'escalade sportive, je ne trouve pas ça dangereux.
C'est quoi le truc le plus dingue que tu as vécu en parapente, où tu t'es dit : "Ouf, je m'en suis sorti de justesse, par chance ?"
Oui, en Patagonie, quand j'ai essayé de voler avec la Susi par mauvais temps et que j'ai eu des turbulences ultra, normalement ça ne se passe pas comme ça, mais là, j'en ai enchaîné les fermetures.
Mais au final, tu as atterri en haute altitude. Oui, Dieu merci.
Dans quelle mesure est-ce qu'il y a des choses dont tu profites en tant que parapentiste grâce à ton expérience en escalade, ou peut-être l'inverse ? Enfin, où tu te dis : « là, je tire même quelque chose du parapente qui pourrait m'aider pour l'escalade. »
Donc la météorologie, je surveille énormément la météo et je l'ai déjà fait pour des expéditions, j'adore ça. Mais en parapente, la façon dont on analyse la météo, c'est-à-dire ce qu'il faut surveiller ou le niveau de détail des prévisions — pas les prévisions en soi, mais les détails que l'on extrait des différents modèles — ça rend aussi la météo meilleure pour l'alpinisme pour moi. Et à part ça, je trouve simplement le parapente déjà assez beau,
notamment avec le Hike & Fly, depuis que j'en fais, j'ai bien plus d'endurance, enfin une meilleure endurance de course depuis que j'ai un parapente, donc ça m'apporte énormément. Oui, mais les deux sports sont déjà extrêmement différents et comme je ne suis pas forcément bon en parapente, je ne dois pas penser que, juste parce que je fais de la montagne et que ça se passe aussi en montagne, j'ai le même niveau ou que mes réflexions ou évaluations sont aussi légères qu'en escalade. C'est là que le parapente est un peu dangereux pour moi, parce que bien sûr je...
...vois souvent sous un autre angle et je passe alors à côté de beaucoup de choses ou je ne les sais tout simplement pas.
Est-ce qu'un bon temps pour l'escalade est aussi toujours un bon temps pour le parapente ?
Non, pas du tout. Parce que par exemple aujourd'hui, c'était super pour l'escalade, mais la thermique était en fait assez mauvaise. En fait, on veut des conditions assez instables pour le vol en thermique, et en escalade, cette instabilité, elle entraîne assez fortement ou assez souvent plus d'humidité dans l'air et du coup ça glisse, je dis ça pour l'escalade sportive ou le bloc, mais en escalade alpine ou en alpinisme, donc en haute montagne, je pense que le temps de vol est le même que le temps d'escalade, parce que là il est tout à fait possible que les treuils soient bas, qu'il fasse beau, sans nuages ou juste avec des nuages hauts.
Alors, je pense que plus on regarde les phénomènes météo en alpinisme, plus c'est le même temps. Exactement. Mais si on ne regarde que les difficultés pures de l'escalade, genre l'escalade sportive et le bloc, alors je pense que les jours où on peut bien voler ne sont pas les jours où on peut bien grimper, enfin où on a une bonne adhérence. Ça
ça veut dire que pour toi, c'est plutôt une chance, parce que tu peux dire : super, ça ne concurrence pas pour moi, parce que je peux aussi dire que pour le beau temps pour grimper, je n'ai pas besoin d'aller voler ou ce ne serait pas... Oui
Si, pour le moment, ça entre en conflit parce que je suis assez dépendant du vol en ce moment, ou plutôt accro, du coup j'ai envie de voler quasiment tous les jours.
Et du coup, j'ai moins de temps, enfin pas moins de temps, je le fais comme métier principal, donc j'ai largement assez de temps pour aller voler le matin, puis faire de l'escalade et ensuite retourner voler ou quelque chose comme ça.
Si on regarde à nouveau un peu cette combinaison, est-ce que tu connais le Français Antoine Girard ?
Oui, bien sûr, bien sûr.
Il est bien
déjà...
C'est
méga impressionnant.
Il a volé avec son parapente au-dessus du Broad Peak dans l'Himalaya et ce genre de choses, et il a aussi réalisé de grands projets ces dernières années où il a dit qu'il voulait, en quelque sorte, une nouvelle
...justifier une discipline d'alpinisme et il appelle ça le Fly and Climb, où il dit : « OK, je veux vraiment me déplacer vers la montagne avec le parapente et déjà accomplir certaines parties de l'ascension simplement avec le parapente » et tout ça. Ça...
c'est exactement ce que je veux faire aussi. Il y a deux ans, je suis allé dans la vallée de Juksum, au camp de base, on s'épuise pendant sept jours parce qu'on n'est pas acclimaté, parce qu'on doit constamment traverser des torrents glaciaires ou des glaciers. C'est probablement même... une bonne journée, ce n'est probablement même pas une journée où on vole jusqu'à l'autre côté et qu'on s'assoit au camp de base pour essayer d'escalader, et avec le parapente, on arrive définitivement à passer par-dessus des ruptures de glaciers pour atteindre des parois qu'on ne peut normalement pas aborder ou qui sont beaucoup trop complexes. Parce qu'à pied, on ne peut tout simplement pas passer par-dessus la rupture du glacier. Donc je pense qu'il y a déjà un potentiel pour des trucs vraiment cools à l'avenir, si on est au bon endroit au bon moment.
Est-ce que c'est seulement quelque chose d'intéressant comme pour Antoine dans l'Himalaya, ou est-ce qu'il y a aussi des voies et des approches spécifiques dans les Alpes où tu te dirais : là, cette approche en vol serait aussi super ?
Il y en a aussi dans les Alpes, rien que si on pense aux Schuras, par exemple les Schuras, ce n'est pas une marche éternelle, mais on part de la Mer de Glace, de la station, oui, il faut aussi partir marcher la veille parce qu'on dort là à la cabane de la Lechauxhütte ou sous la paroi, puis on grimpe un peu et on redescend. Avec son aile légère, tu pourrais en principe monter jusqu'à Aguidimidi, voler par-dessus, grimper quelque chose aux Schuras et redescendre le soir en volant depuis les Schuras. Donc il y a, il y a un potentiel incroyable, incroyable, et ce n'est qu'un exemple parce que quelqu'un l'a déjà fait, bien sûr. Il y a juste beaucoup d'autres exemples dans ma tête où c'est pertinent de l'utiliser et où c'est nettement plus efficace.
Est-ce qu'il y a aussi dans ton cercle d'amis de grimpeurs d'autres personnes qui pensent vraiment dans ce sens et qui veulent travailler davantage dans cette direction ?
Oui, il y a définitivement dans mon cercle d'amis des gens qui sont très portés sur l'alpinisme et qui pratiquent aussi le vol.
Et ceux qui veulent combiner les deux ? Oui. Comment vois-tu ta propre carrière future en parapente ? Toujours dans cette combinaison avec l'alpinisme en fait, ou est-ce que tu te dis non, je suis aussi passionné par le vol en général, au point de te dire que le vol de distance et tout ça pourrait aussi m'intéresser un jour, ou est-ce que...
ça ? Non, non, je veux d'abord apprendre à voler correctement, pour pouvoir faire ça, oui. Et le vol de cross-country m'intéresse énormément, parce qu'on se retrouve, comme en escalade, dans des paysages magnifiques. Et si je peux, par exemple, voler quelque part pendant deux ou trois jours, en autonomie, puis aller grimper quelque part et revenir en volant, c'est le top, ça ne peut pas être mieux. Mais pour ça, il faut simplement, il faut être sacrément bon en vol, parce que quand je vois ce que font vraiment les bons pilotes en cross-country ou,
c'est évidemment très impressionnant pour moi, non ? Parce que ça permet, il suffit d'étaler la carte des Alpes et là, le terrain de jeu s'ouvre. Tu pourrais théoriquement, en été, voler vers n'importe quelle montagne où tu veux grimper.
Belle vue. Bon, tu vis aussi de l'escalade. Oui, tu as les sponsors qui te financent. Est-ce que c'est aussi intéressant pour eux si tu dis que j'ai aussi commencé à faire du parapente, ou est-ce qu'ils te disent : non, reste plutôt sur tes exploits d'escalade ?
Eh bien, mes sponsors me laissent une liberté totale sur ce que je veux faire. Ils me soutiennent vraiment. Ils sont contents quand je réalise mes projets. Mais ce que je fais ou quand je le fais, j'ai une liberté totale. Donc pour eux, c'est bien sûr cool, l'action au Tore. Ils ont tous trouvé ça vraiment génial et ils l'ont partagé et mis en avant. Mais pour eux, si je grimpe maintenant une autre voie difficile sur une montagne difficile, ça ne change rien.
Actuellement, c'est un peu compliqué pour toi de progresser dans ta carrière de parapente ou quoi que ce soit d'autre. On est toujours en confinement à cause du Corona. Qu'est-ce que ça signifie concrètement pour toi en tant que grimpeur pro ? As-tu déjà dû annuler beaucoup de projets pour cette année à cause de ça ? Et comment est-ce que tu prévois de réorganiser tout ça ?
Après la Patagonie, je voulais juste faire de l'escalade et me remettre en forme, parce qu'après une telle expédition, il faut forcément reprendre un peu de force. Et ensuite, que les prochaines expéditions se fassent ou non, ça dépend évidemment du Corona. Mais je suis plutôt content de vivre dans l'Allgäu. Ici, il y a déjà assez de choses à faire. Avec ou sans Corona. Mais pour le vol, tu peux...
Pour le moment, évidemment pas. Est-ce que ton envie pour la montagne ou pour le vol change aussi un peu chaque jour ? Ou pour la prochaine voie d'escalade ? Oui.
bien sûr, pour du vol de distance ou quelque chose comme ça, j'en aurais envie là, parce que la thermique était vraiment super. Enfin, je veux dire, si on regarde le contrôle de l'expression, c'était toujours énorme. Et on ne peut pas juste décoller n'importe où et s'envoler n'importe où. J'espère qu'il y aura des assouplissements à un moment donné. Parce qu'en principe, faire de la moto,
Le kitesurf, le windsurf, c'est autorisé. Le parapente, non.
Si tu devais maintenant convaincre un pratiquant de parapente qui ne fait pas d'escalade, mais qui est très sportif, de s'y mettre, par quoi est-ce que tu essaierais le plus de le séduire ?
Ça dépend s'il aime le sport en général ou s'il fait du parapente plutôt pour la nature. S'il le fait plutôt pour la nature, alors des arêtes faciles, des arêtes longues et faciles dans les Alpes, parce que ce sont des journées tout simplement géniales de faire une belle arête avec un peu de grimpe, en évoluant dans une nature incroyable. Mais s'il aime le défi purement sportif, alors j'irais simplement dans une salle de bloc, ou sur un rocher de bloc, et j'essaierais de faire des mouvements plus difficiles, parce que c'est un sport brutalement athlétique et ludique.
Mais on ne peut pas vraiment comparer l'alpinisme et l'escalade pure. On ne peut pas comparer des pommes et des poires. Ce sont deux disciplines complètement différentes qui ont des exigences totalement différentes. Si je fais de l'alpinisme, par exemple, je vais être extrêmement mauvais après en escalade pure ou en escalade en grande voie. Par contre, si je ne fais que de l'escalade sportive ou du bloc, je vais être évidemment extrêmement mauvais en alpinisme pur, parce que ça repose plus sur l'endurance, sur d'autres choses, sur la planification, alors que l'autre repose plutôt sur la force pure et sur le fait de repousser ses limites physiques.
Eh bien, tu fais les deux, et tu es d'ailleurs connu pour ça. Ça veut dire que tu maîtrises vraiment les disciplines les plus variées. De combien de temps as-tu besoin pour passer de l'une à l'autre, pour réadapter ton corps ou peu importe ce que tu dois faire ?
Oui, ce n'est pas tout à fait faux de parler de "reconstruction", parce qu'il faut évidemment veiller à transférer la musculature des jambes vers le haut du corps, tout en restant flexible, donc avec des étirements, de l'entraînement et tout ça. En général, maintenant, selon la difficulté du projet et de ce qu'il y avait avant ou la période précédente, ça prend souvent entre un et deux mois. Et c'est aussi pour ça que je fais ces changements constants : pour que la pause entre deux disciplines ne soit pas trop longue, sinon ça devient de plus en plus dur de recommencer ou surtout d'atteindre un si haut niveau. Mais c'est aussi ce qui rend ça extrêmement intéressant pour moi. C'est aussi ce que j'aime dans tout ça, ce changement perpétuel.
Et tout de même, devenir constamment meilleur dans chaque discipline.
Mais pour le parapente, peu importe que tu sois plutôt grimpeur, alpiniste... Exactement,
on peut toujours voler.
Prendre l'avion, c'est toujours possible.
Exactement, oui.
Ok, et si tu dois maintenant convaincre tes collègues d'escalade de faire du parapente, qu'est-ce que tu leur racontes ?
Que ce n'est pas dangereux et que c'est super sympa de simplement planer quelque part sans avoir à descendre à pied ou en rappel. Ou que, par exemple, pendant l'acclimatation,
pas juste monter jusqu'à 5 500 ou 6 000 mètres au Pérou et redescendre, mais on peut rester plus longtemps en altitude et ensuite on s'envole directement jusqu'au café à Huaraz.
Ça fait donc 5 000 mètres de dénivelé, non ?
Non, après Huaraz, il y en a 2 500, mais c'est quand même pas mal. Une bonne box. Tu as
tu as déjà fait ça ?
Non, je n'ai pas encore eu d'aile pour ça. Mais ce sont des trucs qui se font sans aucun problème et avec lesquels je peux carrément motiver les autres pour le parapente, ou je veux le faire.
Quel serait ton prochain grand rêve après le Cerro Torre, celui où tu te dis que tu aimerais combiner les deux ?
Il y a beaucoup de choses, mais comme pour mes projets d'escalade, je n'en parle pas. Pour moi, il y a des choses, je n'ai pas de pression de la part de mes sponsors, je ne veux pas me mettre moi-même la pression en parlant publiquement d'un projet que je n'ai que dans ma tête, que je veux poursuivre, pour lequel je voyage et pour lequel je m'entraîne très dur, mais je ne veux pas que le projet soit connu par quelqu'un d'autre que mon partenaire. Tout simplement pour garder la pression basse, c'est tout.
D'accord, alors on en reste là pour le suspense à ce stade. Fabian, merci pour la discussion, merci pour ces aperçus dans le monde intérieur d'un grimpeur de parapente ou d'un parapentiste grimpeur. Pour toi, l'accent est encore principalement mis sur l'escalade, mais d'après ce que tu dis, ça peut encore se déplacer davantage vers le vol dans les prochaines années.
Oui, je pense que ça peut évoluer dans ce sens, mais que je vole aussi bien que je grimpe, je ne pense pas que ça arrive.
D'autres gens volent tout simplement bien trop bien quand je vois ce qui se fait là-bas.
Mais la question est toujours de savoir ce qu'on considère comme bien piloter, si on parle juste du trajet effectué ou autre chose. Il y a probablement cette classification technique qui existe en escalade, qui est aussi différente pour dire si quelqu'un sait bien grimper ou non, par rapport au pilotage où l'on dit que quelqu'un pilote bien ou pas.
Oui, en ce qui concerne le vol, l'efficacité d'un bon pilote est tout simplement impressionnante.
Par contre, tu as cette efficacité de dingue en escalade. Fabian, je te remercie. Oui, merci à toi aussi. Et oui, je te souhaite de bien t'en sortir pendant cette période de Corona. Puisse-tu bientôt retourner librement à la montagne et pouvoir y redescendre en vol ?
Je l'espère pour nous tous. On pourra alors ressortir un jour.
C'était Fabian Buhl en conversation avec Lucian Haas. Si vous voulez en savoir plus sur les activités de Fabian en tant qu'alpiniste et pilote de parapente, vous trouverez dans les notes de cet épisode sur Lu-Glidz une série de liens complémentaires. Parmi eux, un lien vers une vidéo montrant le vol de Fabian au Cerro Torre.
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