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57. Nübeltäter - Manuel Nübel

// Manuel Nuebel, Lucian Haas · 2021-05-28 · 01:08:04 · original episode

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[show notes]
Manuel Nübel participe pour la quatrième fois aux Redbull X-Alps en 2021. De la compétition, comme du vol en général, il a déjà beaucoup appris pour la vie. +++ Ceux qui suivent la Redbull X-Alps de manière un peu plus intensive depuis des années ont certainement déjà remarqué un nom : Manuel Nübel. Le pilote allemand de Kempten im Allgäu a participé pour la première fois au concours de Hike-and-Fly en 2015 avec une rotule cassée seulement quelques mois auparavant et réparée avec du fil de fer. Il y a obtenu la respectable neuvième place. En 2017, tout s'est bien passé, mais peu avant la fin, il a dû abandonner en raison d'un coup de chaleur et d'un corps épuisé. En 2019, Manuel a terminé cinquième, alors qu'un peu avant Monaco, il a littéralement dépassé plusieurs concurrents courant au sol grâce à un vol magistral au-dessus d'un terrain impraticable. Cet été, il fera à nouveau son retour lorsque le coup d'envoi de la Redbull X-Alps 2021 à Salzbourg sera donné le 20 juin. Dans la conversation d'une heure que nous avons enregistrée cinq semaines avant le début, celui qui a aujourd'hui 33 ans raconte ce qui le fascine tant dans cette course. Je discute avec Manuel, entre autres, du plaisir que lui procure l'X-Alps, mais aussi de ses peurs et de sa gestion du risque. Nous parlons de ce que cela fait d'être, en tant qu'athlète, une surface de projection publicitaire pour les sponsors, et de ce qu'il a appris de telles courses extrêmes pour sa vie normale. Il s'agit donc de plus que seulement les X-Alps. Manuel raconte aussi ses débuts juvéniles et rapides dans sa carrière de pilote, son goût pour la vitesse ; ses crises de panique avant les vols et pourquoi il aimerait être une goéland s'il était un animal. +++ Si vous souhaitez promouvoir Podz-Glidz et le blog Lu-Glidz, vous trouverez toutes les informations correspondantes sous : https://www.lu-glidz.blogspot.com/p/fordern.html +++ Musique de cet épisode : Chanson : Airborne | Artiste : Quincas Moreira Bibliothèque audio sans droits d'auteur, Téléchargement : https://www.youtube.com/watch?v=cjUBMB0to-k

[transcript]

0:16Manuel Nuebel

C'est déjà le cas avec le parapente normal, mais avec les X-Lives, c'est juste encore un peu plus intense. Si on y réfléchit, avant d'être pilote, quand on part en vacances et qu'on essaie de voir un pays ou une région, on traverse la ville cinq fois et on n'en voit qu'une infime fraction. Mais en parapente, tu vas juste une fois sur un spot de soaring, tu décolles une fois et tu vois tout d'en haut ; en cinq minutes, tu vois autant que d'autres probablement en un ou deux jours. Et avec les X-Lives, c'est pareil : on passe par les alpages les plus profonds, par les Öhis, on grimpe sur les montagnes, on traverse des villes et on voit tout d'en haut. On finit par connaître presque toutes les Alpes très bien maintenant, on s'y repère vraiment et on sait à quoi ça ressemble. Et oui, rien que pour les expériences, c'est encore quelque chose que, je crois, on ne peut obtenir dans aucun autre sport ni lors d'aucun autre événement.

1:17Lucian Haas

Podz-Glidz, le podcast Lu-Glidz.

1:20Manuel Nuebel

Des histoires du cosmos du parapente.

1:24Lucian Haas

Aujourd'hui, avec Manuel Nübel et Lucian Haas au micro.

1:31Lucian Haas

Pour ceux qui suivent la Red Bull X-Alps de manière un peu plus intensive depuis des années, un nom a dû forcément vous être familier : Manuel Nübel. Le pilote allemand de Kempten im Allgäu a participé pour la première fois à cette compétition de Hike-and-Fly en 2015, avec une rotule cassée seulement quelques mois auparavant et réparée avec du fil de fer. Il y a terminé à la respectable neuvième place. En 2017, tout s'est bien passé, mais il a dû abandonner peu avant la fin à cause d'un coup de chaleur et d'un corps épuisé. En 2019, Manuel a fini cinquième, où, juste avant Monaco, il a littéralement dépassé plusieurs concurrents qui couraient encore au sol grâce à un vol magistral au-dessus d'un terrain non carrossable. Cet été, il participe à nouveau. Le 20 juin, le coup d'envoi de la Red Bull X-Alps 2021 sera donné à Salzbourg.

2:20Lucian Haas

Lors de l'entretien d'une heure que nous avons enregistré à la mi-mai, soit cinq semaines avant le départ, il nous a raconté aujourd'hui ce qui le fascine tant dans ces courses. Je discute avec Manuel, entre autres, du plaisir qu'il tire des X-Alps, mais aussi de ses peurs et de sa gestion du risque. Nous parlons de ce que cela fait, en tant qu'athlète, de devenir un support de projection publicitaire pour des sponsors, et de ce qu'il a appris de ces courses extrêmes pour sa vie quotidienne. Il ne s'agit donc pas seulement des X-Alps. Manuel évoque aussi ses débuts de pilote, précoces et rapides, son goût pour la vitesse, ses crises de panique avant les vols et pourquoi il aimerait être une goéland s'il était un animal.

3:05Lucian Haas

Avant d'en arriver là, je me permets une petite précision. Lu-Glidz et Podz-Glidz ne tombent pas du ciel. En tant que journaliste indépendant professionnel, j'y mets beaucoup de cœur et aussi beaucoup de temps de travail. L'indépendance est très importante pour moi. C'est pourquoi je ne finance pas le blog et le podcast via de la publicité, du sponsoring caché ou des abonnements fixes, mais uniquement grâce aux spectateurs volontaires. C'est ainsi que je peux compter sur les contributions de mes auditeurs et lecteurs. Les paiements sont tout simples via PayPal ou virement bancaire. Tu trouveras toutes les données nécessaires sur mon blog Lu-Glidz, précisément sur la page Soutenir.

3:47Lucian Haas

Manuel, c'est quoi un Knuffel ?

3:51Manuel Nuebel

Là, tu as vraiment fouillé au fond de tes souvenirs. C'était l'un de mes premiers avions modèles que j'avais construits moi-même. Un petit avion d'acrobatie. À l'époque, j'étais encore un peu plus jeune et c'est peut-être pour ça qu'il a reçu le nom de Knuffel.

4:09Lucian Haas

Qu'est-ce que tu veux dire par un peu plus jeune ?

4:12Lucian Haas

Donc

4:13Manuel Nuebel

15 ans plus jeune.

4:14Lucian Haas

15 ans plus jeune qu'aujourd'hui, ou alors tu avais 15 ans à l'époque ?

4:18Manuel Nuebel

Non, c'est exactement 15 ans plus jeune qu'aujourd'hui, ou en fait même encore plus, ce qui me frappe là. Plutôt genre 20 ans plus jeune. J'avais environ 13 ans quand je l'ai conçu.

4:28Lucian Haas

Ça veut dire qu'à l'époque, tu faisais du modélisme intensément. Comment est-ce que tu t'es mis au modélisme ?

4:34Manuel Nuebel

C'était toujours un peu mon rêve. J'ai commencé vraiment très tôt, je dirais vers 5 ou 6 ans, peut-être même plus jeune, avec des voitures miniatures et ça m'a fasciné. Et puis, j'ai vraiment harcelé mes parents pendant plusieurs années pour avoir absolument un avion miniature, parce que c'était vraiment un rêve énorme. Je m'imaginais toujours ça comme quelque chose de génial, juste laisser un avion voler en toute liberté et pouvoir le piloter complètement en trois dimensions dans les airs. Et ça a pris pas mal d'années, mais à un moment donné, ils ont compris que ce n'était vraiment pas juste une petite phase de ma part, mais vraiment un rêve sérieux, et ils me l'ont permis. Et oui, ensuite j'étais dans le club d'avion miniature et avec d'autres personnes avec qui je me suis investi,

5:21Manuel Nuebel

ils m'ont ensuite aidé à aller toujours plus loin dans le sujet.

5:25Lucian Haas

Tu as été champion de jeunesse allemand à nouveau. Dans quelle discipline, au fait ?

5:29Manuel Nuebel

C'était de l'Aeromusical, donc ça veut dire de la gymnastique artistique en salle sur de la musique. Ça veut dire qu'on a une routine, je crois de deux ou trois minutes, qu'on peut assembler à l'avance, et qu'il faut ensuite enchaîner une chorégraphie, une figure artistique sur la musique. Et là, le but c'est que ce soit le plus synchronisé possible avec la musique. Le niveau de difficulté des figures est aussi décisif, tout comme le côté divertissant. Et oui, il y a différents critères selon lesquels on est ensuite évalué.

5:58Lucian Haas

Est-ce que tu as utilisé ton Knuffel pour ça ?

6:01Manuel Nuebel

Oui, je pense que... j'en ai fait plusieurs, j'ai volé avec Aeromusical pendant au moins six ans, donc je ne sais plus à cent pour cent, mais à la phase de début, c'était le summum et je soupçonne fort d'avoir volé avec aussi. Dans le hangar.

6:16Lucian Haas

C'était avec de la musique, oui. Alors, ce n'était pas vraiment un gros avion. Comment est-ce qu'on peut imaginer un truc pareil ? C'est sûrement terriblement léger aussi, non ?

6:25Manuel Nuebel

Oui, c'est vraiment extrêmement léger. C'est un petit modèle fabriqué en mousse rigide, donc il ne pèse qu'environ 130, 150 grammes. Il a un petit moteur électrique à l'avant, une petite batterie, et il est piloté sur trois axes, donc il est tout à fait capable de faire de l'acrobatie. Le moteur a environ trois fois plus de poussée que le poids de la chose. On peut donc monter très vite verticalement et, donc, il n'y a quasiment aucune limite en ce qui concerne la physique du vol. Il peut tout faire ce qu'un vrai avion peut faire dehors, et bien plus encore.

7:03Lucian Haas

J'ai déjà eu un épisode Podz-Glidz. C'était le numéro, je crois, 45 avec Paul Seeren, un moniteur de vol qui est aussi modéliste. Mais il ne fait pas de modèles indoor avec de la musique, qui sont entraînés par un moteur, non, il construit des modèles de vol à voile spéciaux qui ne sont pas télécommandés, mais réglés pour qu'ils volent tout seuls, enfin, il les lance, mais ensuite ils doivent voler d'eux-mêmes, il peut aussi les propulser avec un lance-caoutchouc ou quelque chose comme ça. Ils sont alors réglés de manière à pouvoir, en gros, se centrer tout seuls dans des thermiques et tout ça. Et il dit qu'il en a appris énormément sur les limites des ailes et les réglages des ailes, et ainsi de suite. Qu'est-ce que tu as appris du modélisme qui te sert aujourd'hui pour le parapente ?

7:44Manuel Nuebel

Oui, je dirais aussi énormément. Enfin, ce que Paul a fait, je le connaissais d'ailleurs déjà de l'époque du modélisme. Ce sont des modèles en vol libre. Ils ne sont pas pilotés activement, mais plutôt réglés techniquement à l'avance pour voler seuls d'une certaine manière, selon la façon dont on les a configurés. Ce que j'ai fait, moi, c'était exclusivement du modélisme télécommandé. Et là, c'est le fait de piloter directement tout le temps. Mais je dois dire que j'ai aussi énormément appris grâce à ça, parce qu'on sait alors assez précisément comment se comporte un avion, ou à quoi il ressemble, juste avant un décrochage. Et comment ça se ressent... enfin, on pilote avec le stick de la télécommande, mais il y a comme une connexion avec l'avion.

8:29Manuel Nuebel

Et on sait très précisément que si je tire plus, on voit sur l'avion comment il, par exemple, s'affaisse ou comment le flux d'air se décolle. Et grâce à ça, on acquiert un ressenti que l'on peut très bien transposer au vrai vol. Et bien sûr, on a aussi complètement intériorisé toutes les bases de la physique du vol. Et donc, on en sait simplement beaucoup plus qu'une personne qui n'a jamais fait de modélisme.

8:57Lucian Haas

Alors, tu as fait ta carrière en modélisme là. Mais comment en es-tu venu au parapente ?

9:02Manuel Nuebel

Oui, c'était assez marrant parce que j'avais un bon pote, Patrick, avec qui je faisais beaucoup de modélisme à l'époque. J'ai mené à bien plein de trucs, plein de projets sur plusieurs années. Et il venait du Jura souabe et me racontait toujours qu'il était aussi à la base pilote de planeurs. Pas moi, parce que je viens plutôt de Karlsruhe, il n'y a pas beaucoup de pentes là-bas. Et après aussi, là où j'habitais, à Babenhausen dans l'Allgäu, c'était plutôt, je dirais, possible seulement de façon sporadique. Mais pour lui, c'était sa principale origine.

9:33Lucian Haas

Le vol en pente, ça veut dire faire voler des modèles en pente.

9:35Manuel Nuebel

laisser. Exactement, dans l'ascendance de pente. Et il y avait souvent des pratiquants de parapente juste à côté. Et il m'avait toujours parlé des soi-disant "tütenflieger" à l'époque. Et un jour, il est arrivé et m'a dit : "Ouais, hey, je commence maintenant le parapente. Et si ça te tentait de participer aussi ?" Et bizarrement, je n'ai pas vraiment accroché au début. Il m'a dit : "Oh, je ne sais pas, encore un hobby. Je préfère rester au modélisme. Ça me plaît encore pas mal pour l'instant." Et puis il a simplement commencé sa formation. Trois semaines plus tard, il avait déjà son propre équipement. Et oui, il venait juste de finir le cours de base et il est passé me voir. Et comme par hasard, c'était justement une bonne journée qui permettait le vol en pente dans notre région. Et là, il m'a simplement accroché à un tout petit petit relief d'entraînement.

10:20Manuel Nuebel

Et oui, ça s'est plutôt bien passé. On a pu travailler quelques mètres dès le début. Décoller. Et c'était tout de suite le moment où j'ai su que, en tout cas, il fallait que je le fasse aussi. Il n'y avait plus aucun doute. Et là, je me suis inscrit au cours. Et à partir de ce moment-là, j'étais complètement captivé et je n'ai jamais arrêté, j'étais vraiment passionné par ça.

10:43Lucian Haas

ça veut dire que depuis ce moment-là, tu n'avais plus que le parapente en tête ou est-ce que tu continuais aussi le modélisme en parallèle ?

10:50Manuel Nuebel

Oui, alors c'est comme ça que, bien sûr, la priorité absolue était vraiment le parapente. J'ai continué à faire du modélisme. J'avais aussi une entreprise dont je vivais à ce moment-là et je devais aussi remplir mes obligations. Mais c'est devenu, comme je viens de le dire, petit à petit plutôt une obligation qu'un plaisir. À un moment donné, mon cœur a brûlé pour le parapente et moins pour le modélisme. En plus, ça s'est un peu entrechoqué, parce que les modèles fragiles que j'avais conçus auparavant et que nous vendions avec l'entreprise, ils se font en fait écraser par l'équipement de parapente lourd en vacances. Du coup, un avion ou l'autre a fini par être écrasé lors de vacances. Et puis, oui, à un moment donné, ça devient moins amusant.

11:36Manuel Nuebel

Et plus tard, j'ai aussi fait voler, et je le fais encore aujourd'hui, ces modèles de parapente de Sascha Rentl. Et c'est toujours quelque chose qui me fait beaucoup de plaisir, parce qu'avec ceux-là, on peut tester des trucs qu'on n'oserait peut-être pas faire en vrai. Ou on peut simplement faire un peu de vol de reconnaissance avant au camp, faire un peu d'acrobaties avec le modèle. Et on peut aussi les mettre soi-même dans le sellette. Tu peux même, si tu as déjà atterri sur une prairie d'alpage et que tu voles là-bas avec un vrai parapente, parce qu'ils sont complètement flexibles et stables. Je fais encore ça aujourd'hui.

12:12Lucian Haas

Quel âge avais-tu quand tu as commencé le parapente ?

12:15Manuel Nuebel

C'était vers la fin de mes 17 ans.

12:17Lucian Haas

Tu as aussi commencé assez rapidement à pratiquer ça de manière assez sportive. Tu as participé à des compétitions. Entre-temps, je crois que tu étais déjà deux fois champion d'Allemagne et tu as fait partie de l'équipe nationale. Qu'est-ce que tu vois, pour toi, comme étant les plus grands ou le plus grand succès sportif durant cette période ?

12:38Manuel Nuebel

Oui, alors je dirais sans hésiter que la première victoire en Coupe du monde a été un véritable tournant.

12:43Lucian Haas

C'était en Turquie, non ?

12:45Manuel Nuebel

Oui, exactement. Et oui, ça a duré plus de cinq jours. Alors, gagner une compétition avec une manche, ça se comprend. Il peut y avoir beaucoup de chance en jeu. Mais il y avait cinq bonnes manches qu'on a volées là-bas. Bien sûr, il y a toujours une part de chance. Il ne faut pas se mentir. Mais c'était vraiment cool de gagner une compétition complète comme celle-là. Oui, ça. Et puis pour le Hike & Fly, c'est définitivement, je dirais, arriver à Monaco, c'est déjà un grand jalon. Je ne sais pas lequel est le plus important, arriver à Monaco pour la première fois ou la deuxième. Et puis finir à la cinquième place, je ne sais pas. Monaco a toujours été l'objectif.

13:26Lucian Haas

Monaco, ça veut dire maintenant, d'accord, Red Bull X-Alps. On en est là pour le sujet de ce qui va être à nouveau tout en haut de tes priorités prochainement. En juin, tu participeras pour la quatrième fois aux Red Bull X-Alps. Dans une interview sur le DHV-Info, la dernière qui vient de sortir, tu as dit, je cite simplement, on ne participe pas aux X-Alps pour l'argent et la gloire, mais parce qu'on n'a pas beaucoup d'argent. Pourquoi alors ? C'est-à-dire, quelle est ta motivation à participer à une compétition comme celle-ci ?

13:56Manuel Nuebel

Alors au début, je dirais que c'était peut-être la motivation, ou en grande partie la motivation, que c'est tout simplement la plus grande compétition de hike & fly en parapente qui existe et que c'est un peu le plus grand obstacle ou le plus grand défi que l'on se lance à soi-même. Et ça commence déjà à l'entraînement, vraiment tenir sur plus d'un an avec les parcours d'endurance. Oui. C'est un entraînement d'endurance où certains ne peuvent pas imaginer à quel point c'est du travail et à quel point il faut de la persévérance. Jusqu'à, enfin pour commencer par la décision, parce que quiconque s'intéresse aux X-Alps, chaque pilote sait ce qui peut arriver et qu'on peut se retrouver dans des situations où il faut des nerfs extrêmement solides, un mental très fort et prendre des décisions extrêmes, oui, il faut prendre des décisions extrêmes.

14:50Manuel Nuebel

Et oui, en fait, quand je me suis inscrit en 2015, il m'a fallu trois tentatives. Je me suis inscrit, puis je me suis désinscrit, je me suis dit dans ma tête que j'y allais. Et puis je me suis dit : « Oh non, oh non », quand j'ai entendu des histoires où des gens s'endormaient en vol ou qui volaient à l'envers dans des orages, ou qui fuyaient l'orage, ou quelque chose comme ça, je me suis dit : « Non, pourquoi tu te infliges ça ? Non, c'est beaucoup trop dangereux. » J'ai encore arrêté. Puis quelques mois plus tard, je me suis dit : « Oh, allez, en fait tu dois vraiment le faire. Ça, tu maîtrises. » Et puis j'ai encore reculé. C'est seulement à la troisième fois que j'ai dit : « Bon, et maintenant je le dis tout de suite à tout le monde pour ne plus pouvoir revenir en arrière. » Et c'est seulement lors de ma première participation que j'ai vraiment compris ce que sont les X-Alps. Et à cause de ça, c'est devenu pour moi un peu plus... autre chose, peut-être.

15:36Manuel Nuebel

Au début, c'était vraiment cette énorme compétition sportive, l'ambition et, euh, oui, tout simplement la compétition. Et puis, à travers cette expérience de compétition, c'est devenu après plus une question d'expérience et d'aventure. Parce que, euh, le temps, il a été vraiment si intense dans, euh, toutes les étapes. Et tout simplement les impressions, elles, elles dépassent complètement toute imagination. Et puis aussi le plaisir ou ces, ces impressions positives que l'on peut emporter avec soi après coup et aussi pendant la course. C'est pour ça que je participe à chaque fois. Et, euh, bien sûr, il y a aussi une ambition sportive là-dedans. Définitivement. Euh, mais, euh, oui, je ne dirais pas que je l'aborde de manière moins sportive,

16:22Manuel Nuebel

dans les épisodes suivants. Mais la motivation, elle vient aussi de plus en plus d'autres domaines, où, disons, le côté sportif n'est plus le seul facteur déterminant.

16:34Lucian Haas

Tu viens de dire que c'était amusant. En quoi consiste le plaisir pour toi dans les X-Alps ?

16:39Manuel Nuebel

Ouais, je ne sais pas si "plaisir" est forcément le meilleur mot, mais oui, je dirais que ça commence dès que la course démarre. On se dit : "Ouais, enfin, toute cette période d'organisation, d'entraînement est terminée, on peut enfin courir." Et puis, je fais toute la course. On traverse de belles régions, on court en montagne. Parfois, on a du calme. On a l'équipe. Parfois, on a du remue-ménage. Il faut fonctionner avec son équipe, en plein vol. On peut se battre avec les autres, se mesurer, ressentir la vitesse, prendre des décisions tactiques... Tout ça, ce sont des choses qui me procurent énormément de plaisir. Et puis, bien sûr, il y a les impressions, les succès, mais aussi les défaites, concrètement. Genre, quand on a été au sol à cause d'une erreur et qu'on remonte ensuite, ces hauts et ces bas, ce sont des émotions qui nous marquent d'une certaine manière et qui, au final, nous apportent énormément.

17:39Lucian Haas

Mhm. Il y a une intensité énorme là-dedans. Oui. C'est aussi une intensité de vie que l'on ressent, parce qu'on a tout, oui, tout compressé en deux semaines. Des hauts, des bas, et tout le reste, comme tu dis.

17:51Manuel Nuebel

Ou encore, par exemple, le fait que c'est déjà le cas en parapente normal, mais avec le X-Alps, c'est encore un peu plus intense. Si on y réfléchit, avant d'être pilote, quand on part en vacances et qu'on essaie de voir un pays ou une région, on traverse la ville cinq fois et on n'en voit qu'une infime fraction. Et en parapente, tu vas seulement une fois sur un spot de soaring, tu décolles une fois et tu vois tout d'en haut ; en cinq minutes, tu as vu autant de choses que d'autres probablement en un ou deux jours. Et, euh, pour les X-Alps, c'est aussi le cas : on passe par les plus basses alpages, on monte sur les montagnes, on traverse des villes, on voit tout d'en haut, on apprend vraiment à connaître presque toutes les Alpes maintenant, on s'y connaît vraiment et on sait à quoi ça ressemble. Et, oui, rien que les expériences sont aussi encore

18:38Manuel Nuebel

ce que je pense qu'on ne peut obtenir dans aucun autre sport ni lors d'aucun autre événement.

18:42Lucian Haas

Le plaisir peut aussi devenir sérieux. Alors, qu'en est-il du risque avec une expérience comme celle-ci ? Comment est-ce que tu gères ça ?

18:50Manuel Nuebel

Oui, comment je gère ça ? Alors, en principe, je suis plutôt du genre à avoir un peu trop peur par rapport à ce qui est nécessaire, je pense. Parfois, j'ai des blocages et avant, c'était vraiment extrême ou intense, en tout cas, au point que je savais que je pouvais faire beaucoup de choses et que, si je réfléchissais de manière logique et rationnelle, il n'y avait vraiment aucune raison de voir un danger accru. Pourtant, chaque fois que je me retrouvais dans la situation de devoir le faire, cette peur intérieure me poussait simplement à prendre une décision sûre. Et c'était parfois un peu trop prudent, ou quoi veut dire trop prudent, "trop prudent" n'existe peut-être pas, mais genre, quand on se dit après coup, une fois au sol : "Ah mince, maintenant tous les autres continuent de voler alors qu'il n'y avait en fait aucune raison d'avoir peur comme ça."

19:43Manuel Nuebel

Mais je pense quand même, avec le recul ou de manière générale, que ce n'est pas quelque chose de mal, parce que ça permet simplement d'éviter, ou plutôt de protéger, de se retrouver trop souvent dans des situations dangereuses.

20:00Manuel Nuebel

Et en principe, je dirais que plus on a de routine,

20:06Manuel Nuebel

...plus on a de de l'expérience, plus on peut prendre cette décision avec assurance et clarté, et mieux on peut évaluer ce qu'on est en train de faire, à quel point on le fait bien, et à quel point on s'expose à un danger.

20:21Lucian Haas

Eh bien, il y a certainement un danger avec les X-Alps parce que tout le monde se pousse un peu les uns les autres, et on finit par oser aller voler dans certaines conditions météo, avec du vent fort et tout ça, en se disant : « Bon, il y va quand même, donc je devrais peut-être aussi, sinon il va me laisser sur place » et tout ça. Mais à quelle fréquence, au moins en y repensant pour les X-Alps précédentes — tu en as déjà fait trois — à quelle fréquence as-tu eu l'impression de dépasser tes propres limites ? Là où tu te dis : « Je ne le ferais pas maintenant », mais tu fais abstraction, parce que tu dois le faire.

20:53Manuel Nuebel

Je dirais qu'en fait, aucune situation ne me vient spontanément à l'esprit où j'aurais dépassé mes limites parce que les autres l'ont fait.

21:04Manuel Nuebel

Ce qui est arrivé avec certitude dans les X-Alps, c'est que j'ai dépassé mes limites sans le vouloir. C'était par exemple en 2015, quand je ne connaissais pas si bien les Alpes du Sud en France. Et en plus, c'était une journée extrêmement rude. Et oui, je me suis juste fait prendre une fois, et je suis tombé dans un genre de petit piège où, avec le recul, il est tout à fait logique qu'il y ait une brise de vallée très forte. Et je suis resté constamment à trois kilomètres de pointe, j'ai volé à reculons à 38 km/h. OK. Et c'est certainement le genre de chose où on se dirait d'abord : wow, complètement over the top, 38 km/h à reculons, il n'y a plus beaucoup de contrôle. À ce moment-là, c'était même en fait une situation relativement sûre.

21:51Manuel Nuebel

Dans cette situation, par exemple, je n'ai pas eu beaucoup de peur ou de panique, parce que j'ai vu assez vite que, d'accord, derrière moi, il y a de grandes prairies, ce qui est un gros facteur de sécurité. Et la veille, c'était aussi dans les Alpes françaises, où j'ai aussi eu des brises de vallée très fortes. Et les jours précédents, on a simplement appris à bien lire quelle était la vitesse du vent au sol. Et donc, quand j'ai été si vite, ça a été en un éclair, passer du vol vers l'avant au vol vers l'arrière, ça a duré quelques secondes ou quelques minutes. Et puis j'ai vite regardé au sol et j'ai déjà vu que le vent au sol n'était pas si tragique que je vais atterrir complètement sans contrôle, je pouvais donc l'évaluer comme ça. Et c'est comme ça que ça s'est passé, j'ai atterri presque debout et au final, je me suis juste assuré de ne pas rater la prairie derrière moi,

22:39Manuel Nuebel

Je suis quasiment en train de spiraler avant la prairie et j'ai fini par atterrir en sécurité. Mais là, je dirais plutôt que je ne l'ai pas fait consciemment, enfin, je ne l'ai pas fait exprès, mais ça peut toujours arriver parce qu'on dépend quand même de la météo et de la nature. Ou d'autres pilotes, aussi très bons, Kriegel m'a par exemple raconté qu'il avait eu une fois une descente de 18 mètres, 18 mètres par seconde, ce qui a l'air complètement dingue. Gavin McClurg l'a aussi eu ce jour-là, dans la même ordre de grandeur. Et on imagine ça comme quelque chose d'extrêmement violent. Et oui, on n'a pas envie de se retrouver dans cette situation, mais parfois, ça arrive quand même. Et exactement,

23:23Manuel Nuebel

c'est peut-être aussi un peu le risque résiduel qui entre en jeu, même quand on reste extrêmement fidèle à soi-même.

23:30Lucian Haas

Tu t'es quand même crashé pendant cette course à l'époque, enfin pas complètement, mais tu as fini par atterrir dans un arbre. Mais ce n'était pas lors de ce vol où tu as volé à l'envers.

23:39Manuel Nuebel

Non, ce n'était pas pendant ce vol. Ah oui, c'est peut-être un bon exemple. C'était une situation où je ne me suis peut-être pas été honnête avec moi-même, en fait. Qu'est-ce que ça veut dire, pas honnête ? Enfin, c'était un moment où je savais déjà très clairement, juste avant de m'écraser, que je n'écoutais pas ma logique. Donc, pour ceux qui ne le savent pas, c'était juste avant Monaco, je voyais déjà la mer et il y avait quelques cirrus qui commençaient à arriver, et je pouvais encore bien faire une virage sur une crête et je voulais passer au-dessus d'une entaille, puis d'une autre. Et d'un coup, d'un coup, j'ai eu un vent assez fort et au début, on connaît ça en parapente, on l'a souvent vécu, on est face au vent et d'un coup ça avance à nouveau et ça glisse mieux.

24:25Manuel Nuebel

Et c'est devenu de plus en plus pire, et à un moment donné, j'ai su intérieurement que, oh oh, je ne vais pas réussir à passer au-dessus de la crête, alors que c'était extrêmement important pour moi. Et au lieu de tirer les conséquences et de me dire, d'accord, ça ne va plus, je le sens à l'intérieur, j'ai voulu forcer le passage à ce moment-là. Je me suis dit : ah, ça doit passer maintenant, juste avant Monaco, si je fais demi-tour, je ne sais pas si je vais encore attraper de la thermique et là je serai complètement à la traîne, alors si je passe la crête maintenant, ça va m'aider énormément. Et oui, j'ai pensé ça pendant environ cinq secondes, et puis j'ai su : d'accord, ça ne va définitivement plus, je dois faire demi-tour. Mais ce sont ces cinq secondes qui m'ont fait perdre tellement d'altitude que je n'ai plus réussi à passer.

25:12Manuel Nuebel

Je me suis retourné, et je me suis retrouvé d'un coup coincé dans un genre de haut plateau et j'ai réalisé que ça devenait extrêmement étroit. Tout ça s'est passé, disons, très vite, et le haut plateau faisait plusieurs centaines de mètres, et je dirais que sur une dizaine de mètres ou cinq mètres, je n'ai plus réussi à m'en sortir. Ce n'était pas comme si je ne pouvais plus en sortir sur des kilomètres, mais ça allait extrêmement vite. Néanmoins, je dirais clairement, avec le recul, que pendant ces cinq secondes, je savais en fait que je faisais une erreur et que je voulais forcer le passage. Et que j'ai donc fait une erreur à ce moment-là.

25:47Lucian Haas

Est-ce que ça touche à l'ego, un truc pareil ? Genre, on se retrouve coincé dans l'arbre et on se dit : « Mais quel abruti ? »

25:52Manuel Nuebel

Ouais, je ne dirais pas que ça touche à mon ego, mais je me suis certainement dit que j'étais un abruti, c'est clair. Évidemment, on est en colère contre soi-même, mais personnellement, je ne me juge pas vraiment pour ça, parce qu'il y a tellement de décisions à prendre et je suis en fait très satisfait de la manière dont je les prends en règle générale.

26:15Manuel Nuebel

Et pour moi, la question c'est plutôt que j'apprends de ces décisions, que je les analyse et que je reconnais l'erreur, que c'était tout simplement stupide de vouloir forcer pendant cinq secondes, pour faire mieux à l'avenir.

26:29Lucian Haas

Avec une X-Alps, quand ça dure deux semaines et qu'on court et qu'on vole tous les jours, on fait constamment de nouvelles expériences. Donc, tu te retrouves probablement dans des situations de vol où tu te dis : « OK, je n'ai jamais été dans cet endroit précis », mais peut-être aussi dans des masses d'air où je n'aurais jamais osé m'aventurer auparavant, avec des vitesses de vent données. On apprend constamment énormément de nouvelles choses. En même temps, il faut continuer à avancer et on n'a peut-être même pas le temps de tout traiter immédiatement ou de s'y remettre à réfléchir.

26:59Lucian Haas

Est-ce que tu prends le temps, après un Red Bull X-Alps, pour faire le bilan, pour dire ce que tu as vécu, pour repasser dessus et pour le traiter ? Ou est-ce que ce sont juste des expériences qui restent quelque part dans ton environnement, qui dorment dans ton subconscient et qui ressortent peut-être un jour et tu te dis : « Ah, j'ai déjà vécu quelque chose de similaire ». C'est alors cette expérience qui reste ancrée quelque part dans ton instinct.

27:23Manuel Nuebel

Alors, je ne suis pas du genre à faire beaucoup de coaching mental, et même plus tôt à l'école, je n'ai jamais été quelqu'un qui avait envie de noter les choses ou quoi que ce soit. J'adorais quand on me donnait un script et que je pouvais apprendre par cœur, en quelque sorte. C'est un peu pareil pour le parapente. Je ne pense pas être du genre à dire que je suis forcément quelqu'un de très réfléchi. Je réfléchis très souvent à énormément de choses et je me pose des questions. Ce n'est pas comme si toutes ces expériences disparaissaient tout simplement dans un tiroir ou dans mon subconscient. Mais je ne le fais pas de manière aussi active que ce qu'on pourrait imaginer, comme organiser une réunion avec son supporter pour noter tous les erreurs ou quoi que ce soit, mais je m'en souviens, et je discute peut-être certaines choses avec mon supporter,

28:15Manuel Nuebel

mais je les réfléchis pour moi-même et je sélectionne les points importants où je pense qu'il y a une marge de progression, pour ensuite les aborder activement et en discuter concrètement pour les analyser.

28:30Lucian Haas

As-tu déjà eu des expériences qui t'ont marqué longtemps ? Il y a parfois des événements traumatisants ou d'autres types de vécu qui remontent encore régulièrement à la surface. On se demande toujours quelle autre solution on aurait pu trouver pour une situation donnée, ou quelque chose comme ça. Est-ce qu'il y a quelque chose dans ton expérience de la X-Alps où tu te dis : « Oui, ça m'a occupé pendant un bon moment » ?

28:54Manuel Nuebel

Laisse-moi réfléchir, qu'est-ce que ça pourrait être ? Ce qui m'est resté plus longtemps en tête, c'est probablement le fait que j'ai dû abandonner en 2017, parce qu'avant ça, j'avais eu des problèmes de coup de chaleur et peut-être aussi d'alimentation, et j'étais en fait dans une très bonne phase de progression. Parce que j'étais dans une bonne position et que, d'un côté, j'étais presque au but. Mais d'un autre côté, c'était aussi bien, parce que ce qui est arrivé ensuite, ce n'était plus du tout agréable du point de vue d'un athlète. C'était de la course ou du vol instable dans le Piémont avec des escargots et tout le reste, ce qui n'est pas amusant du tout. Du coup, oui.

29:34Lucian Haas

Mais est-ce que tu l'as quand même vécu comme une défaite, parce que tu dis...

29:40Manuel Nuebel

pas ? Non, non, pas vraiment. Je ne l'ai pas vécu comme une défaite, surtout pour l'année 2017. En 2015, on a eu une phase, j'ai fait ça avec l'un de mes meilleurs amis, Schini, pendant trois ans, et Josi. Et en 2015, on a eu une période où on s'est un peu pris la tête, ce qui est évidemment assez normal en course, je pense. Il ne faut pas en faire un drame, mais ça a bien sûr un peu terni les choses,

30:09Manuel Nuebel

cette expérience. Et 2017, ainsi qu'en 2019 après. Mais 2017 était le premier année où tout le monde, toute l'équipe, a vraiment été parfaitement dans le flow. C'était juste une expérience géniale. On s'est simplement offert les meilleurs temps mutuellement. Et donc, de ce point de vue, ce n'était pas une défaite, mais une période vraiment cool.

30:29Lucian Haas

Abordissons un autre aspect des X-Hypes. Les X-Hypes sont une grande fête pour la scène, mais au fond, c'est aussi un énorme événement marketing. Est-ce que ça te dérange de mettre, au final, beaucoup d'argent dans cette histoire pour servir de support publicitaire aux autres ?

30:51Manuel Nuebel

Alors, pour répondre concrètement à la question, non. Parce que j'en tire aussi mes propres avantages.

30:58Manuel Nuebel

Ça ne me dérange pas vraiment, en fait. Et en principe, avec tous mes sponsors jusqu'à présent, c'était toujours pareil : je n'avais que des sponsors derrière lesquels je pouvais me ranger à 100 %. Et oui. Et là, je vois ça presque différemment. Je me dis que je suis quand même quelqu'un qui aime partager ses connaissances et ses belles choses, disons. Et si j'ai quelque chose de cool, je l'ai déjà souvent transmis à beaucoup de gens, j'ai posté des trucs et j'ai dit : « Hé, regarde, c'est un produit cool parce que ça m'a plu ». Et si on me paie pour ça, dans ce cas, c'est en fait une bonne chose.

31:36Manuel Nuebel

Certaines choses, quand ça devient trop inauthentique, enfin, on n'est pas forcément forcé, mais il faut aussi faire des séances photo pour tous les partenaires officiels des X-Alps avec qui on n'a pas vraiment de lien direct. Ouais, il faut toujours une voiture ou

31:52Lucian Haas

au moins la dernière fois, il y avait toujours une voiture dans une courbe sur chaque photo, il fallait toujours qu'on arrête la voiture, et ainsi de suite.

31:57Manuel Nuebel

Exactement, oui. Enfin, ça devient agaçant.

31:58Lucian Haas

En tant qu'athlète, on se dit parfois : « Là, je suis un sportif, je dois assurer la performance », et puis je me retrouve à devoir me placer sous le bon angle par rapport à la lumière ou autre chose, juste pour que la voiture soit bien cadrée derrière. Oui.

32:09Manuel Nuebel

Alors, ça peut être agaçant, c'est certain. Heureusement, les équipes de tournage ont toujours eu un bon instinct pour ne pas trop nous envahir avec leurs prises de vue pendant la course. Et c'est clair que pendant la course, c'est différent d'avant : avant la course, on a le temps, mais pendant la course, c'est surtout la course qui compte. Ça peut être pénible, mais ça n'a jamais été au point de me faire perdre tout le plaisir.

32:36Lucian Haas

Ces X-Alps de cette année sont déjà spéciales en soi, parce qu'elles ont un tout nouveau parcours. Ça ne se termine plus à Monaco. La destination classique et traditionnelle de Monaco a disparu, là où tout le monde disait : « mais je veux absolument atteindre Monaco ». Pour toi, au moins au niveau de l'idée avant la course, on ne sait pas comment sera l'expérience de l'ensemble du parcours à la fin, mais est-ce que ça t'a un peu enlevé du charme ou est-ce que c'est justement un nouveau charme parce que c'est différent maintenant ?

33:04Manuel Nuebel

Oui, c'est une bonne question. Et c'est aussi un peu un processus, d'une certaine manière. Mais au début, j'ai été vraiment déçu, parce que je me suis dit : ça s'appelle Red Bull X-Alps. Le X signifie en fait Cross-Alps, c'est comme ça que c'était pensé au départ, je crois. Donc "à travers les Alpes". Et là, ce n'est plus vraiment à travers les Alpes, mais plutôt un peu à travers les Alpes et retour. Et oui, d'un côté, il faut vraiment dire que Monaco est certes très "chlorée", avec sa belle promenade, mais après une heure ou deux à Monaco, vraiment, ça ne prend pas plus longtemps, on en a marre. C'est cher là-bas. Et puis c'est vraiment très unilatéral. Alors peut-être que si on avait beaucoup d'argent, on pourrait aller faire du shopping là-bas.

33:50Manuel Nuebel

Mais si on a sauté quelques fois dans la mer et qu'on a fait une partie de volley là-bas, ça finit par devenir ennuyeux à un moment donné. Et techniquement, niveau aviation, il n'y a pas grand-chose à faire. C'est extrêmement chaud dans l'arrière-pays. Donc si on n'est pas juste sur la plage, il fait chaud. Et oui, du coup, on veut toujours y aller relativement vite. On repart vite en tant que pilote. Et rien que pour le fait d'y arriver, purement en termes de vol, c'est déjà, je dirais, toujours un peu stressant. Enfin, ce n'est pas comme si ça n'avait pas son attrait. Surtout ces Alpes du Sud françaises et plus particulièrement le piémont. À 100 kilomètres de Monaco, ça commence avec de vraiment petites montagnes et tellement de vallées boisées qui sont parfois complètement impossibles à atterrir.

34:36Manuel Nuebel

Oui, ça a son attrait. Mais ça a aussi un côté repoussant en même temps. Et oui, en principe, je dirais que je me réjouis déjà de la course. C'est quelque chose de nouveau. J'ai hâte. Les effets positifs que je citerais seraient en tout cas, enfin, si la Corona n'existait pas ou qui sait comment ça se passera jusqu'à l'arrivée. Mais quand je m'imagine qu'une fois qu'on atterrit à l'arrivée, tous les meilleurs amis et une énorme communauté de parapente nous attendent, et qu'il y aurait peut-être un concert le soir ou quelque chose comme ça, c'est évidemment une idée vraiment géniale pour moi. Donc ça fait vraiment, d'une part, je dirais que l'absence de Monaco enlève quelque chose à la compétition, parce que ça ne passe plus par-dessus toutes les Alpes. D'autre part, je pense que ça peut apporter quelque chose si le tout est simplement un peu plus grand ou un peu plus accessible au grand public.

35:28Manuel Nuebel

conçu, surtout au Goal, où il peut y avoir plus d'événements que dans le cas de Monaco. Donc

35:35Lucian Haas

Le Goal se déroule cette année à Zell am See. On peut vraiment faire de grandes choses là-bas. Et toute la scène parapente germano-autrichienne-suisse n'est pas si loin. Donc, ça pourrait devenir un événement vraiment énorme. Vu comme ça, peut-être que la fin d'un Red Bull X-Alps arrivera enfin là où, au final, elle devrait au moins être selon la scène. Monaco était certainement déplacé. Si tu prends la route toi-même, quels sont les points critiques selon toi ?

36:06Manuel Nuebel

Alors, je pense qu'il y a clairement un point critique, si on suit l'ordre chronologique. Ça commence par la traversée de la vallée du Rhin en direction de Sentes. C'est une vallée extrêmement large, plus de 15 kilomètres de large. Ça veut dire qu'à beaucoup d'endroits, c'est très difficile de la traverser en vol. C'est le premier obstacle. Ensuite, il y a des endroits comme le col de l'Oberalpp près d'Andermatt, où le Föhn s'engouffre et qui, selon certaines conditions météo avec une différence de pression nord-sud, peut devenir extrêmement venteux très rapidement. Le point suivant, je dirais, serait Dorn-de-Oche. Simplement parce que je ne m'y connais pas particulièrement bien là-bas.

36:49Lucian Haas

C'est le point le plus à l'ouest de tout l'itinéraire, non ?

36:52Manuel Nuebel

Oui, je sais, le Mont Blanc ou le Dôme de Oche sont à peu près à la même altitude est-ouest.

36:59Manuel Nuebel

Et aussi la vallée juste avant, je ne sais même plus comment elle s'appelle, celle qui descend vers Martigny depuis le lac Léman, elle est aussi assez large, même si pas tout à fait aussi large que la vallée du Rhin. Et puis le gros point, je dirais, c'est de Mont Blanc à Macanagua. Donc pratiquement au sud, en passant par le Mont Blanc, et au sud du Cervin et du massif du Mont Rose, toutes les vallées sont bordées de versants très élevés, qui sont parfois vraiment impraticables en dessous de 3000 mètres. Et oui, il faudrait gérer énormément de dénivelé à pied sur une surface extrêmement courte, si ça ne vole pas. Et même si ça vole, ce n'est pas toujours si facile de passer par-dessus.

37:48Lucian Haas

Eh bien, cette année, la météo n'est pas terrible jusqu'à présent. Il y a encore pas mal de neige, même par endroits dans les hautes Alpes. Est-ce que ça pourrait être problématique pour vous ?

38:00Manuel Nuebel

Oui, ça peut définitivement être problématique, mais ça peut aussi avoir des avantages et des inconvénients. En principe, je préférerais plutôt que la neige disparaisse. Bien sûr, parfois c'est un avantage quand il reste de petits champs de neige, tu peux atterrir dedans et aussi décoller plus facilement. Mais pour être honnête, je pensais qu'il y a deux ans avait été la pire année en ce qui concerne la neige. Mais bon, là, quand on regarde les prévisions météo pour les dix prochains jours, ça a vraiment l'air horrible. Et oui, ça devrait normalement commencer à faire un peu plus chaud et le soleil devrait sortir pour que la neige fonde, parce sinon ça risque d'être vraiment beaucoup plus que comme il y a deux ans.

38:36Lucian Haas

Et si tu prends en compte la météo actuelle, mais aussi toute la période Corona et tout ça, est-ce que ça t'a affecté ou est-ce que ça a peut-être affecté les autres athlètes de la même manière ? Est-ce que tu penses que c'était un handicap aussi pendant la préparation ?

38:48Manuel Nuebel

Oui, définitivement. Alors, le Corona, c'est... enfin, je veux dire, on est encore relativement privilégiés quand on habite dans les Alpes ou ailleurs. Mais maintenant, d'autres athlètes qui auraient aimé voir le parcours dans les Alpes au printemps, ça n'était pas possible à cause des frontières, des restrictions frontalières. De ce point de vue, ils ont évidemment un gros désavantage. Et nous aussi, oui, il n'y avait pas de compétitions, ce qui est toujours très important pour moi, juste pour se mettre un peu en jambe et se remettre dans le bain. Ça a manqué. Et aussi, la reconnaissance des parcours était définitivement extrêmement limitée à cause du mauvais temps.

39:28Lucian Haas

Est-ce que Google Earth est pour toi un programme classique pour les mauvais temps, où tu vérifies toujours la route, ou est-ce que tu ne le fais pas beaucoup ? Enfin,

39:36Manuel Nuebel

Oui, bien sûr. Google Earth combiné avec les espaces aériens, Skyways et ce genre de trucs pour la planification est très important et utile. Mais ce qui aide aussi, surtout pour des zones où on n'est jamais allé auparavant, c'est un simulateur de courbes. C'est un simulateur de vol à voile et il a des scénarios vraiment photoréalistes. Et on peut aussi s'en servir pour faire voler beaucoup de parapentes. Donc, justement, Ferdi Vogel, Erik, Jonas et beaucoup de mes amis volent les manches avec moi. Et ça aide au moins à apprendre à connaître un peu la région.

40:11Lucian Haas

Ça veut dire que tu as déjà pratiquement survolé certaines parties de toute cette nouvelle section des X-Alps ?

40:17Manuel Nuebel

Oui, oui. En fait, toutes les sections que je ne connais pas encore, je les survole plusieurs fois en mode Contour. Comme ça, on sait au moins quel sommet est suivi de quelle arête ou de quelle vallée, et on se fait une bien meilleure idée des dimensions, je trouve, comme sur Google Earth.

40:33Lucian Haas

Quand tu dis que tu y voles avec d'autres, est-ce que vous faites ça genre en course et vous vous poussez mutuellement ? Oui,

40:38Manuel Nuebel

c'était clair.

40:40Manuel Nuebel

Ce n'est pas une sortie dominicale dans le Contour. Non, non, on y fait toujours des courses et aussi, c'est le deuxième effet positif, le simulateur Contour aide vraiment à améliorer les décisions techniques en compétition et il y a vraiment plusieurs parallèles avec le vrai vol en compétition. Et là, on voit aussi, par exemple, que les bons pilotes gagnent généralement la manche dans le Contour et sont aussi bien placés au premier plan.

41:03Lucian Haas

Ce que j'ai remarqué cette année, c'est qu'Advance a présenté ses pilotes d'équipe, ils ont dit qu'on avait dix personnes qui volent pour nous, et puis quelques semaines plus tard, ils ont dit qu'on en avait un onzième. Manuel Nübel est aussi avec eux. Pourquoi as-tu été si en retard ?

41:19Manuel Nuebel

Oh, pour ma part, c'était un peu que je voulais garder toutes les options ouvertes pendant assez longtemps. Ça a commencé pour moi, j'ai volé pour une seule entreprise pendant les premières années de ma carrière de compétition, donc six ans, et je dois dire que j'étais très fidèle, mais j'ai vraiment eu un désavantage compétitif massif à chaque fois pendant ces six ans. Résultat, j'ai fini par me dire que ça valait tellement la peine de voler avec le meilleur matériel que, si nécessaire, je pouvais mettre un peu plus d'argent pour ça, surtout lors d'autres compétitions où on ne peut pas normalement obtenir ça. Et je suis resté comme ça pendant des années.

42:00Manuel Nuebel

je n'ai pas volé avec un harnais fixe. En gros, je pouvais choisir les meilleurs produits parmi ceux qui existaient, mais j'ai dû payer un peu plus, comme on pourrait dire, par rapport à un pilote fidèle à une marque. Et j'ai accepté ça. Et puis, pour cette Xerps, j'ai attendu assez longtemps, et en fait, à cause duコロナ et de problèmes de production ou de matériaux, beaucoup d'entreprises avaient du mal à produire des harnais. Et oui,

42:27Manuel Nuebel

Au final, obtenir des ailes n'aurait pas été le plus gros problème, mais c'est aussi en lien avec les sellettes. Et oui, assez rapidement j'ai finalement, ou quoi veut dire assez rapidement, j'ai fini par...

42:39Manuel Nuebel

j'ai déjà remarqué et j'ai aussi volé avec le matériel de Michel Lacher, qui est aussi un très bon ami. Il est aussi participant. Exactement, il participe aussi aux X-Alps et j'ai volé avec son ancien, donc celui de l'année dernière, l'ancien sellette et l'aile, et j'étais tout de suite, ça m'a tout de suite mis très à l'aise et je me suis dit, OK cool, maintenant je dois quand même petit à petit décider quelque chose et là, sur la base de ça et aussi de son témoignage sur le nouveau matériel, je peux vraiment m'attendre à ce que ce ne soit pas un coup de chance, mais du très bon matériel, et que j'aie vraiment, avec une probabilité très élevée, un équipement très, très bon, sans avoir volé avec avant. Et oui, je l'ai maintenant reçu et je suis super content de la décision. Oui.

43:24Lucian Haas

Eh bien, tu as déjà vécu trois courses de ces Red Bull X-Alps.

43:30Lucian Haas

Où ces X-Alps t'ont le plus fait progresser, en tant que pilote mais peut-être aussi en tant qu'humain, selon ton point de vue ?

43:39Manuel Nuebel

Spatialement ou quand, où ?

43:43Lucian Haas

Où, donc où personnellement, c'est-à-dire où dans ta psyché ou en tant qu'humain, dans quels domaines ?

43:49Manuel Nuebel

Ok, oui, donc ce que le vol de compétition m'a aussi beaucoup appris à l'époque, et c'est la même chose pour les X-Alps, je pense que j'étais déjà relativement bien préparé pour les X-Alps, c'est qu'on apprend à gérer les hauts et les bas. Je trouve que c'est une qualité très importante pour la vie. Le fait que, quand on réussit bien, on ne se laisse pas monter la tête et qu'on ne décolle pas complètement. Et aussi l'inverse, peut-être encore plus important, quand ça se passe mal, qu'on sache que ça va aller mieux et ainsi ne pas perdre la foi ni la positivité. Et oui, surtout en vol de compétition, c'est un exemple tout à fait typique que chaque pilote de compétition a déjà vécu un nombre infini de fois, c'est qu'on est peut-être au début d'une manche

44:36Manuel Nuebel

...super bien et fonce devant tout le monde en étant aux anges, puis peu de temps après, il se retrouve coincé quelque part et se plante, alors le monde s'écroule et on s'en veut terriblement d'avoir été aussi idiot en fonçant tête baissée. Et puis, on a à nouveau la chance de se rattraper, enfin, on se dit que tout le groupe et tout le reste s'effondre, que tout s'écroule et que tout le groupe passe au-dessus de nous et qu'on est complètement perdu, que tout s'écroule sur nous quand on doit, disons, prendre une pénalité quelque part et que tout le monde passe peut-être à 500 mètres au-dessus de nous. Mais si on reste cool, qu'on ne perd pas sa positivité, qu'on croit simplement au meilleur et qu'on prend de bonnes décisions sans se planter à nouveau, sans s'énerver mais en faisant simplement le mieux possible avec la situation, alors on a souvent de nouvelles chances de rattraper le groupe et de faire à nouveau partie des premiers.

45:25Manuel Nuebel

Et c'est tout simplement comme ça en compétition de vol, à cause de la météo et de divers facteurs. Je trouve que c'est une leçon de vie super importante : quand tout va bien, on se dit peut-être un peu "hé, ce n'est peut-être pas normal que tout se passe si parfaitement en ce moment" et on s'en souvient pour les moments où ça va mal, pour pouvoir se rappeler plus facilement qu'il y a aussi des côtés positifs et que ça va revenir bientôt. Et quand ça revient, on se rappelle peut-être de la mauvaise phase et on se souvient qu'à ce moment-là, on ne pouvait même pas imaginer que le positif serait soudainement de retour, et oui, ça aide simplement à voir le positif dans la vie, tout simplement.

46:13Lucian Haas

Est-ce que ce sont aussi des choses sur lesquelles tu dirais, dans ton quotidien, dans ta vie actuelle avec tes entreprises, comme le fait que tu es copropriétaire de Tandem et tout le reste, et ce qui a probablement aussi eu ses difficultés avec le Corona et autres, ce sont des choses où tu te dis : OK, je sais qu'il y a peut-être un coup de mou en ce moment, mais...

46:32Manuel Nuebel

Alors, je me décrirais comme quelqu'un qui, même quand ça se passe vraiment mal et qu'il perd ses moyens, tire justement de ces expériences et qui peut rester relativement positif. Imagine...

46:49Lucian Haas

Imagine que tu gagnes les X-Alps 2021. Est-ce que ça changerait ta vie d'une manière ou d'une autre ?

46:57Manuel Nuebel

Oui, ça changerait probablement déjà quelque chose, parce que ce serait évidemment un énorme scandale. Non, peut-être pas un scandale, mais ce serait quand même extrême et ça passerait évidemment dans les livres d'histoire d'une certaine manière, c'est clair, mais en fait je ne sais pas si ce serait si, enfin, si je m'en imagine là, je ne sais même pas si je trouverais ça vraiment génial, d'une certaine façon, ça créerait certainement, ça créerait certainement une sorte de pression et oui, pour l'instant, tout est tellement fluide et sans pression excessive, et j'apprécie ça aussi. Ça veut dire que, mais c'est

47:41Lucian Haas

C'est en fait, au fond, une idée avec laquelle tu ne comptes pas du tout ? Kriegel va gagner de toute façon, non ?

47:47Manuel Nuebel

Oui, enfin je suis réaliste là, je vois ça comme le fait que Kriegel est tout simplement extrêmement, constamment et vraiment bon.

47:57Manuel Nuebel

et d'autres qui sont, disons, probablement un poil meilleurs que moi en moyenne, mais tout est possible, donc on ne peut pas l'exclure.

48:06Lucian Haas

Si tu devais faire un classement parmi les différents athlètes et pilotes qui participent, quelles seraient tes meilleures qualités, tes plus grands atouts ? Là où tu te dirais que tu joues vraiment dans le premier tiers, le cinquième ou quoi que ce soit.

48:21Manuel Nuebel

Je dirais, enfin, définitivement en l'air et aussi pas dans l'improvisation pure, mais dans le pilotage intuitif, disons, si on mettait tous les pilotes dans un même sac et qu'on les envoyait voler quelque part où personne n'est jamais allé, je pense que je serais tout devant, parce que là je me débrouille très bien et oui, je trouve ça très facile de lire la situation et de prendre de bonnes décisions sans une préparation extrême, alors que certains pilotes le font peut-être grâce à des heures interminables de préparation ; je suis plutôt quelqu'un qui, enfin, je n'improvise pas tout le temps, c'est sûr, mais oui, là je me sentirais très à l'aise.

49:05Lucian Haas

Est-ce que c'est inné ou comment est-ce qu'on peut, est-ce qu'il y a un moyen de développer une telle intuition ?

49:12Manuel Nuebel

Oui, bien sûr, plus on vole, plus l'intuition se développe,

49:19Manuel Nuebel

Mais je pense que c'est aussi un peu mon genre. Il y a des gens qui doivent toujours tout planifier et préparer de manière méticuleuse, et qui sont plutôt désemparés dans des situations où il faut improviser, contrairement aux gens qui aiment bien improviser tout le temps dans leur vie ou qui ne sont pas les personnes les plus structurées, et oui, ils ont certainement plus de facilité face aux situations spontanées.

49:47Lucian Haas

J'aimerais faire un petit jeu créatif avec toi, juste comme transition, on y reviendra tout de suite pour l'intuition et tout ça, mais comme petite parenthèse entre les deux, pour définir ton caractère. OK. Et tu peux juste me dire comment tu t'auto-évalues. Si tu étais une marque de voiture, tu serais une ?

50:09Manuel Nuebel

Audi. VW, VW. On va prendre VW. Pourquoi ? Parce que pour moi, c'est comme une Passat, que je conduis aussi, c'est juste la bonne mesure de

50:23Manuel Nuebel

De haute qualité, donc un produit qui ne part pas en fumée, pas de camelote bon marché, mais qui est en même temps relativement abordable et très pratique. C'est ce que j'en retire.

50:36Lucian Haas

Et si tu étais un animal, lequel serais-tu ?

50:41Lucian Haas

Une goéland. Un goéland. Parce qu'elle est si joueuse et qu'elle vole juste où elle en a envie et comme elle en a envie ? Un peu comme ça.

50:50Manuel Nuebel

ça aussi. Elles profitent de la vie, elles sont effrontées, joueuses,

50:57Manuel Nuebel

Oui, qu'est-ce qu'on a, pas de Dohle, ils sont libres, complètement, oui, ils sont légers, ils ont l'air légers. Mais il faut que ce soit un oiseau, quand même ?

51:06Lucian Haas

Ouais. OK. Si tu devais choisir, tu préfères quoi ? Le slow ou le speed flying ?

51:13Manuel Nuebel

Speed Flying. Pourquoi ? Pas le concept de Speed Flying en tant que tel, mais j'adore la vitesse, je l'ai déjà dit souvent. Je n'aime pas l'adrénaline, je n'aime pas le stress ou encore moins la peur, mais j'adore ressentir la vitesse avec la vitesse. Que ce soit en karting, en Speed Flying ou en Speed Flying avec une aile de compétition près de la pente, j'aime juste ça.

51:41Lucian Haas

Est-ce la vitesse ou les forces G qui t'attirent ?

51:44Manuel Nuebel

Les deux, ça va ensemble, mais je dirais que c'est d'abord la vitesse. Et quand on fait un virage à une certaine vitesse, on ressent aussi les forces G, et avec les forces G, on ressent aussi la vitesse. Les deux m'excitent.

51:58Manuel Nuebel

Quelle est la vitesse maximale que tu as atteinte jusqu'à présent ? En parapente. J'ai déjà atteint environ 120 km/h avec un petit Speed Flyer.

52:07Lucian Haas

Et avec un grand parapente en vol de distance ou autre chose ?

52:10Manuel Nuebel

Tu veux dire avec un vent arrière de 100 km/h. C'était où ? C'était dans les plaines de, je crois, Petrajita, si je ne m'abuse. En Espagne.

52:21Lucian Haas

Ça veut dire que tu avais 40, 50 km/h de vent arrière et que tu as bien avancé sur le vol de distance. Oui, exactement.

52:29Lucian Haas

Une question à ce sujet. Ma plus grande peur en avion, c'est ?

52:33Manuel Nuebel

Se blesser.

52:34Lucian Haas

T'es déjà blessé ?

52:36Manuel Nuebel

En parapente, non.

52:38Lucian Haas

Ça veut dire que tu es un pilote axé sur la vitesse et tout le reste, mais aussi un pilote très sûr ? Ou plutôt orienté sécurité ? Oui. Comment devient-on un pilote plus sûr ? C'est

52:50Manuel Nuebel

Il y a plusieurs points. D'une part, bien sûr, par la compétence, et d'autre part par l'évaluation des risques. On peut le faire de deux manières,

53:00Manuel Nuebel

soit en minimisant au maximum les dangers, soit en maximisant ses compétences et en étant ainsi préparé aux dangers.

53:08Lucian Haas

Et tu mises plutôt sur la maximisation des compétences ? Non,

53:10Manuel Nuebel

non, non. En fait, je suis vraiment quelqu'un qui... enfin, je vois ça chez beaucoup d'autres pilotes, certains essaient simplement des choses et je me dis parfois aussi que je devrais être capable de le faire, mais j'ai tout simplement trop de respect ou de peur pour simplement essayer comme ça. On ne le croit peut-être pas en regardant certaines de mes vidéos, mais c'est vraiment le cas, peut-être pas dans chaque situation, mais souvent.

53:35Lucian Haas

Y a-t-il des situations où tu te dis que la peur t'a porté préjudice ? Enfin, pas physiquement, mais où tu te dis que la peur a vraiment été un obstacle, et que tu aurais aimé t'en débarrasser ?

53:48Manuel Nuebel

Oui, je dirais sur le moment oui, donc à court terme, mais sur le long terme peut-être non. C'est comme pour le vol acrobatique, j'ai fait ça pendant des années jusqu'à ce que je... enfin, j'ai fait des décrochages à plusieurs reprises,

54:00Manuel Nuebel

il n'y avait rien à reprocher, aucune raison d'avoir peur, et pourtant, à chaque fois, j'avais encore peur d'un mauvais décrochage alors qu'il n'y avait en fait aucune raison d'en avoir. Ça m'a définitivement beaucoup freiné, surtout en acrobatie, et c'était pareil plus tard avec d'autres manœuvres où il n'y avait vraiment aucune raison. J'ai eu deux secours, je suis passé au-dessus de l'eau, et ainsi de suite, et j'étais quand même extrêmement anxieux et je me suis approché des choses très lentement. Sur le court terme, on se dit : « mais quel peureux ! », mais sur le long terme, je pense que j'ai juste appris à laisser cette peur s'exprimer et à me dire : « oh, je sais, ce n'est pas rationnel, mais je suis quand même content d'être ce genre de type, plutôt qu'un autre qui ne réfléchit pas assez souvent, parce que pour tellement de gens, ça a fini par provoquer un truc plus grave à un moment donné. »

54:46Lucian Haas

Tu as une explication pour cette peur, d'où vient-elle pour toi ?

54:51Manuel Nuebel

Peut-être que c'est parce que je tiens beaucoup à la vie, ou que j'aime beaucoup vivre, enfin j'adore la vie et je me dis, je veux continuer à vivre en bonne santé plus longtemps, peut-être c'est pour ça.

55:03Lucian Haas

J'ai aussi entendu dire que tu avais parfois même vomi avant de prendre l'avion, parce que tu étais tellement excitée ou presque paniquée avant.

55:12Manuel Nuebel

Oui, c'est un très bon exemple de quand j'ai vraiment détesté la peur. C'était exactement de la peur.

55:21Manuel Nuebel

et l'excitation, combinées au fait de vouloir se forcer, et oui, c'était souvent un cercle vicieux, surtout au début du vol de distance. Ça m'est arrivé une ou deux fois d'être mal à cause de l'excitation avant les vols, et puis on le sait déjà pour le prochain jour de vol et on est encore plus stressé parce qu'on se dit : « j'espère que ce ne sera pas encore pareil, que je ne pourrai rien prendre au petit-déjeuner », parce que si c'est le cas, tu ne peux pas voler longtemps. Et si on se stresse encore plus, on mange encore moins au petit-déjeuner, et la fois suivante ça grimpe encore plus haut. Et là, tu essaies peut-être de te donner un coup de boost avec des Red Bull ou un truc du genre juste avant le vol, parce que tu sais maintenant : « oh, là tu as peu dormi et tu as peu mangé, maintenant il faut que tu te boostes d'une manière ou d'une autre pour ce vol de distance ». Et oui, ça a fini par faire en sorte que j'allais vraiment mal au décollage, au point de devoir vomir, mais bon, je pense que ça arrive en fait à beaucoup de gens, ou à encore plus de gens,

56:20Manuel Nuebel

qu'on a à faire avec des peurs quand on vole, parce que c'est tout simplement un truc de dingue, le fait de voler en soi, donc je pense qu'il est tout à fait normal que le corps manifeste des symptômes, que ce soit de la peur des hauteurs, de l'excitation ou d'autres choses de ce genre.

56:36Lucian Haas

Il y a aussi des études où ils ont simplement mesuré les fréquences cardiaques et la pression artérielle des pilotes avant le décollage et juste après, et où même les pilotes professionnels, enfin les pilotes, chacun avait encore avant le décollage cette, en anglais on dit "arousal", donc cette excitation, qui se reflétait aussi sur le...

57:00Lucian Haas

...les mesures de stress et tout le reste. On peut vraiment le prouver dans le sang et dans le cerveau. Est-ce que tu dirais que ça s'est apaisé avec le temps ? Est-ce que tu abordes les décollages de manière beaucoup plus détendue aujourd'hui, ou est-ce qu'il t'arrive encore parfois de te dire que tu as presque envie de vomir ?

57:18Manuel Nuebel

Alors, je dirais que ça m'arrive encore parfois d'être excité ou d'avoir une peur qui ne me fait pas plaisir, c'est définitif. Que j'aie envie de vomir, heureusement non. Et avec le temps, grâce à la routine, surtout en vol en tandem quand on fait plusieurs centaines de vols par an, ça aide énormément à se sentir à l'aise, du moins pour moi, ça m'a énormément aidé.

57:41Manuel Nuebel

Mais oui, ce qui est drôle, c'est qu'en discutant après avec des pilotes expérimentés, même en compétition, on se rend compte qu'on n'est pas le seul à ressentir ça. Et je peux juste dire à tous ceux qui vivent ça qu'il ne faut pas s'en vouloir. C'est tout à fait normal d'avoir ce genre de ou ce...

58:03Manuel Nuebel

Mais oui, le truc drôle, c'est que quand on discute avec des pilotes expérimentés après, même en compétition, on se rend compte qu'on n'est pas le seul à réagir comme ça. Et je peux juste dire à tous ceux qui vivent ça qu'il ne faut pas s'en vouloir. C'est vraiment une question de ne pas trop s'attacher à ce critère ou à cette caractéristique, il faudrait peut-être juste l'accepter, parce que je pense que c'est tout simplement naturel.

58:10Lucian Haas

Si quelqu'un venait vers toi maintenant,

58:13Lucian Haas

un jeune pilote qui te dit : « Écoute, j'ai toujours peur au décollage ou un truc du genre, comment tu as fait pour gérer cette peur ? Qu'est-ce que je peux faire ? Qu'est-ce que tu lui conseillerais ? »

58:23Manuel Nuebel

Alors, en principe, je dirais que la routine aide énormément et oui, parfois ce sont peut-être des peurs justifiées, donc si quelqu'un a eu des expériences vraiment dangereuses et qu'il en a peut-être un petit traumatisme, alors je dirais simplement, au...

58:44Manuel Nuebel

Je pense que le travail par l'acrobatie et le vol aident énormément. Se confronter à des gens meilleurs que soi, et oui, il existe différentes méthodes pour améliorer son niveau en vol de compétition. Ce qui a déjà aidé plusieurs personnes par le passé et c'était très intéressant, c'est que j'ai eu plusieurs amis que j'ai envoyés chez un hypnothérapeute qui a éliminé leurs peurs par l'hypnose. Par exemple, j'avais une amie qui a vu son copain se blesser lors d'un accident de parapente et elle n'a plus pu voler elle-même depuis. Elle avait une totaleτά blocage, de la peur et tout ça, et pour faire court, après la thérapie ou après deux séances, elle a pu voler à nouveau elle-même.

59:31Manuel Nuebel

est devenue pilote de parapente en tandem, à titre commercial. Donc pas seulement pour qu'elle se sente un peu mieux, mais comme si elle avait complètement évacué la peur. Elles m'ont vraiment fait un retour extrêmement positif sur le thérapeute et oui, je pense qu'avec des trucs comme l'hypnose, on peut déjà accomplir pas mal de choses. Est-ce que tu as déjà fait quelque chose de ce genre ? Oui, pour autre chose. De l'entraînement ou quelque chose comme ça ? Pour autre chose, j'ai effectivement vu ce thérapeute, mais malheureusement, ou plutôt ce que je veux dire par malheureusement, c'est qu'après l'entretien préliminaire, je me sentais tellement bien que quand je devais me présenter à la séance d'hypnose proprement dite, je me suis regardé et je me suis dit : "Écoute, je ne peux vraiment plus te dire quel était mon problème à ce moment-là. On reporte ça, mais je crois que je n'ai plus besoin de toi pour l'instant." Mais même lors de l'entretien préliminaire, ça m'a vraiment aidé, j'en suis convaincu, et j'ai déjà remarqué que ce n'était pas du "hocus pocus" mais juste quelqu'un qui t'explique les choses, et que le type était très compétent et sérieux. Et à la suite de ça, d'ailleurs ça venait aussi d'Achim Joos, le type chez qui je suis allé, précisément chez le thérapeute Ramadani à Ulm,

1:00:31Manuel Nuebel

le hypnothérapeute et Achim Joos, je ne sais pas si vous le connaissez encore. L'école de vol, Freiraum et tout ça. Exactement, il a travaillé très tôt, très longtemps et avec beaucoup de succès avec Olli Rössl, qui vole maintenant en tandem avec nous, il a fait partie de l'équipe nationale, et il m'a raconté qu'ils avaient eu plusieurs personnes qui sont allées le voir à cause de telles peurs. On voit aussi que même dans l'équipe nationale, ça peut arriver, ce n'est pas du tout anormal, et qu'ils avaient déjà eu de bonnes expériences avec lui à l'époque et, oui, à cause de ça, j'ai envoyé les autres le voir et ils ont aussi eu des expériences très positives. Ça a aidé.

1:01:11Lucian Haas

Regardons maintenant un petit peu vers l'avenir pour conclure. Ton grand objectif pour le moment, ce sont les X-Alps, mais elles seront terminées à la mi-juillet au plus tard, peut-être même un peu plus tôt, en tout cas. Qu'est-ce qui vient après pour toi ?

1:01:27Manuel Nuebel

Qu'est-ce qui vient après pour moi ? Le vol en tandem. Oui, c'était une longue période avec le Corona, et même si les remontées mécaniques rouvrent et qu'on pourra probablement voler à partir du 21 mai, je ne pourrai pas faire beaucoup de vols en tandem pendant la phase finale et je ne gagnerai pas beaucoup d'argent. Comme ça a été une longue période d'arrêt, ça veut dire qu'après les X-Alps, je vais devoir trouver un moyen de faire rentrer un peu d'argent avec le tandem.

1:01:53Lucian Haas

Gavin McClurg, qui a aussi son propre podcast Cloud-Based Mayhem, a aussi parlé après les dernières X-Alps du fait qu'il est tombé dans un profond trou de motivation psychologique, parce qu'il a dit que les X-Alps, c'était une période tellement intense, tant pour la préparation que pour la compétition elle-même, on est tellement plongé dans le vécu et l'expérience, et après, il s'est demandé : « Bon, qu'est-ce que je veux vraiment maintenant ? » Est-ce que tu as déjà vécu quelque chose comme ça ?

1:02:21Manuel Nuebel

Non, après les X-Alps, j'ai eu un creux de motivation au point de ne plus m'entraîner, parce que c'était un peu le début d'une autre étape pour moi. Ça a aussi un petit inconvénient, c'est que j'ai rarement, voire jamais, réussi à m'entraîner complètement pendant deux ans ; après les X-Alps, j'ai recommencé à faire beaucoup de vols en tandem, j'ai fait un peu plus de "easy living", des bivouacs ou des trucs du genre, et le plan d'entraînement strict n'était plus la priorité. C'est déjà un coup dur pour l'entraînement, mais je ne l'ai jamais regretté, parce qu'il y avait d'autres choses pour moi, ou aussi avec l'indépendance. J'adore toujours autant travailler et mon travail me plaît énormément, que ce soit le vol en tandem, l'organisation et

1:03:13Manuel Nuebel

Oui, c'était ce qui était prévu après.

1:03:17Lucian Haas

Qu'est-ce que tu fais d'autre, à part le volley ?

1:03:20Manuel Nuebel

Oui, justement la société Vogelfrei, puis... Ah, mais elle a pourtant

1:03:25Lucian Haas

aussi avec l'escalade à pignon. Ah oui,

1:03:27Manuel Nuebel

Ok, à part le vol, c'est vrai. Alors à côté du vol, j'adore faire du bloc ces derniers temps, ça me fait vraiment plaisir.

1:03:35Manuel Nuebel

Et ma copine, elle ne vole pas, elle fait du jardinage, avec des légumes bio depuis la dernière Corona, j'ai justement développé une grande passion pour les petites plantes. Tu cultives

1:03:51Lucian Haas

Tu cultives tes propres légumes bio, qu'est-ce que tu fais d'autre ?

1:03:53Manuel Nuebel

Oui, exactement, dans notre jardin et oui, avec mes amis aussi, faire des trucs, faire du vélo ou quelque chose comme ça, je trouve les randonnées à vélo géniales, voyager aussi parfois, mais là, le parapente est généralement déjà au programme. Maintenant, encore

1:04:06Lucian Haas

Allez, on se projette un peu dans le futur : imagine que tu sois un jour grand-père et que tu aies des petits-enfants. Parmi toutes les histoires d'avions que tu as vécues jusqu'à présent, laquelle aimerais-tu le plus leur raconter ?

1:04:22Manuel Nuebel

Hm, alors j'en ai plein en tête, j'essaie juste de voir laquelle, hm, c'est vraiment un peu difficile à dire. Peut-être, il y en a une qui date vraiment de 2015, où j'avais eu une fracture de la rotule quatre mois avant, et vraiment presque tous les médecins, ou enfin beaucoup, ont dit que je ne pourrais jamais courir 100 kilomètres par jour, parce qu'il était clair que ces éclats d'os, que ce fil d'acier resterait en place dans la rotule, donc c'était définitif pour la course. Et quand on voyait ça sur la radio, ça dépassait de deux centimètres à l'avant et à l'arrière, comme des brosses en acier. Là, je n'aurais jamais pensé que tu pouvais courir 100 kilomètres avec ça, alors que j'ai effectivement réussi à le faire d'une traite pendant la course. Et je me suis dit, oui, je vais faire au mieux, je vais participer pour gagner de l'expérience pour la prochaine étape, et je vais mettre les gaz là-bas, mais je ne vais pas me laisser abattre dès le début, je vais juste faire au mieux et si je dois abandonner après un ou deux jours, c'est toujours mieux que de ne pas participer du tout. Et là, je suis effectivement arrivé à Monaco, même en neuvième, ce qui a vraiment surpris tout le monde.

1:05:29Manuel Nuebel

...dépassé et oui, c'était quand même un truc assez cool que ça ait si bien fonctionné.

1:05:37Lucian Haas

En gros, c'est l'histoire de comment j'ai parcouru 1000 kilomètres à travers les montagnes jusqu'à Monaco avec une rotule réparée avec du fil de fer. C'est ça. Manuel, c'est une très belle histoire. Merci pour ton récit. Je te souhaite avant tout beaucoup, beaucoup de succès pour les X-Alps, mais surtout beaucoup de plaisir et, règle d'or : reste en un seul morceau. Merci infiniment pour toute cette histoire. Oui, c'est le plus important. Et oui, continue à suivre ton instinct, avec beaucoup d'intuition, toujours en restant léger. En tout cas, amuse-toi bien.

1:06:08Manuel Nuebel

Merci beaucoup, Lucian.

1:06:14Lucian Haas

C'était Manuel Nübel en conversation avec Lucian Haas. Si vous voulez suivre de très près les aventures de Manuel dans les X-Alps, le mieux est de vous abonner à ses chaînes Instagram et Facebook. Vous trouverez ces liens ainsi que d'autres liens vers les sujets abordés ici dans les notes de cet épisode de podcast sur mon blog Lu-Glidz.

1:06:36Lucian Haas

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1:07:25Lucian Haas

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