Il ne faut évidemment pas être trop prudent, sinon on n'avance pas, mais il ne faut pas non plus trop forcer, sinon on reste trop longtemps dans une zone de danger. Un juste milieu serait super, ou alors simplement se fixer ses propres règles, par exemple : d'accord, à partir de 200 mètres de dénivelé, je ne fais plus de manigances. Là, j'arrête, parce qu'en fait, le vol en agro est assez prévisible.
Podz-Glidz, le podcast Lu-Glidz.
Des histoires du cosmos du parapente.
Aujourd'hui avec Gabi
Fonck et
Lucian Haas au micro. Pour faire partie de l'élite mondiale de l'agro-vol, il faut avant tout s'entraîner, s'entraîner et encore s'entraîner. Des jours, des semaines, des mois, des années. Chaque nouveau manœuvre exige des mouvements spécifiques et un timing parfait pour être exécutée non seulement en toute sécurité, mais aussi avec esthétisme lorsqu'elle est combinée à d'autres figures aériennes. Depuis cette année, une femme fait aussi partie de l'élite mondiale. La 34 ans Gabi Funk, d'origine germano-brésilienne, a terminé à la première place du classement féminin lors des championnats du monde d'agro-vol 2021. Mais le titre de championne du monde d'agro-vol ne lui a été accordé que de manière informelle, car il n'y avait que trois participantes dans la catégorie, ce qui ne suffisait pas, selon le règlement de la FAI, pour couronner une championne féminine officielle.
Gabi a toutefois fait le choix. Elle s'en est d'ailleurs très bien sortie par rapport à ses concurrents masculins. Lors du dernier des quatre passages, elle a terminé à la 15e place, se situant ainsi dans la bonne moitié du classement. Et ce, alors qu'elle n'entraîne pas sérieusement de manière aussi constante que depuis cette année. Dans cet épisode numéro 63 de Podz-Glidz, Gabi Funk raconte comment elle s'est lancée dans l'agro-vol et ce qui la pousse à consacrer sa vie à ce vol dynamique. Comment elle parcourt le pays en tant que nomade sans domicile fixe, en se consacrant à des jobs dans des hôtels ou comme pilote de vol en tandem. Et comment elle parvient à financer sa grande passion, certes, mais non rémunérée. On parlera du vol comme d'une addiction, de semaines d'entraînement, de la touche féminine dans l'agro-vol, des manœuvres préférées de Gabi et de son rêve de pouvoir, un jour, atteindre une place dans le top 10 du monde de l'agro-vol, dominé par les hommes.
D'ailleurs, l'enregistrement de ce podcast a eu lieu par temps de pluie, dans une voiture. Vous allez donc entendre quelques gouttes de pluie par moments. Je vous prie de m'en excuser. Le fait que vous écoutiez ce podcast est très important pour moi. Si vous pouvez l'écouter, ce n'est pas grâce à des sponsors commerciaux motivés par des intérêts particuliers. Je finance Podz-Glidz et le blog associé Looglides uniquement grâce aux contributions volontaires de mes auditeurs et lecteurs. Si le blog et le podcast vous plaisent, aidez-moi à continuer ces projets chronophages de manière indépendante à l'avenir. Vous découvrirez sur le site de Looglides, sous l'onglet « Soutenir », comment devenir contributeur simplement et sans aucun engagement.
Gabi, tu as dit que tu étais timide. Pourquoi ?
Parce que je ne sais pas si je fais bien les choses ou pas. Mais
tu n'es pas timide quand tu prends l'avion ?
Oui, enfin, je ne pense pas. Non, je suis juste trop curieuse.
Ça veut dire que tu es tellement curieuse que tu es même devenue championne du monde d'agro. Par simple curiosité.
Oui, enfin, pardonnez-moi. Je ne sais pas.
Alors je vais poser la question autrement. Gabi, comment on se sent quand on est la toute nouvelle championne du monde non officielle de l'Agro-Fliegen ?
Je me sens tout à fait normale. Il n'y a pas eu énormément de choses, mais il s'est passé beaucoup de choses au cours du dernier semestre. Et ça me fait vraiment plaisir d'avoir pu faire ce que j'aime, et c'est l'Agro-Fliegen.
Pourquoi dit-on toujours que tu es championne du monde non officielle ? Pourquoi n'es-tu pas championne du monde officielle ?
Parce que pour le championnat du monde, il fallait qu'on soit au moins huit pilotes féminines et que quatre d'entre elles viennent au moins de nations différentes. Et on n'était que trois. Et c'est pour ça qu'il n'y a pas eu de classement officiel pour les femmes.
Ça veut dire que les trois premières places étaient déjà réservées d'avance. Qu'est-ce que ça veut dire "réservées" ? Fixées d'avance. Il suffisait de réussir à suivre le rythme, et tu aurais au moins fini troisième au classement féminin. Tu aurais pu dire que tu avais gagné la bronze, à peu près. Oui,
En fait, oui. Mais bien sûr, personne ne le voulait vraiment. On a tous participé surtout pour le plaisir. Pour moi, c'était intéressant de voir jusqu'où je pouvais tenir avec les hommes, de tenir un peu le coup.
Ensuite, il y a eu la remise des prix. Et sur le podium, il n'y avait que des hommes. Et il n'y avait rien pour les femmes, alors qu'elles avaient aussi participé. Et d'une certaine manière, même officieusement, tu es devenue championne du monde là. Est-ce que c'était un moment bizarre pour toi, où tu t'es dit qu'il manquait quelque chose ? Ou est-ce que c'était juste, bah, comme ça ?
Je m'étais déjà dit que ce serait comme ça, parce qu'ils l'avaient expliqué. C'était un peu comme si c'était incomplet, comme si la mission n'était pas terminée.
Mais sinon, j'étais évidemment super contente. Pour tous ceux qui étaient là. Et on s'est quand même sentis impliqués. Enfin, c'est comme une grande famille, la famille Agro.
Comment les hommes ont-ils réagi ? Est-ce qu'il y a eu des gens qui ont dit aux organisateurs : « Comment pouvez-vous oublier les femmes ? » Ou est-ce que personne ne s'en est rendu compte sur le moment et que c'est seulement après qu'ils ont dit qu'il manquait quelque chose ?
Oui, ils se sont plutôt énervés après coup. Je pense qu'au moment même, c'est un peu passé inaperçu. Tout le monde était déjà en mode fête, d'une certaine manière. Et après, certains se sont plaints. Donc ils le voulaient bien. Personnellement, je n'ai pas trouvé ça si grave, parce que je me dis que les femmes et les hommes peuvent tout aussi bien piloter. Peut-être mentalement ou parce que les femmes sont peut-être un peu plus prudentes. Ou je ne sais pas d'où ça vient, mais quelque chose est différent chez nous. Ça peut peut-être être un désavantage. Ou il faut vraiment s'entraîner, aussi pour son corps, pour être assez fort. Pour bien piloter certaines manœuvres. Mais sinon, tout est pareil en fait. Tu
Tu as déjà anticipé un peu ma question. Mais tu pourrais peut-être aller un peu plus loin. Tu as dit que les hommes et les femmes volent peut-être un peu différemment ou se comportent un peu différemment. Est-ce que ça se voit aussi dans la façon dont vous volez en mode "aggressif" en tant que femme, ou dans ta façon à toi de voler en mode "aggressif" ? Dirais-tu que ton style, à un endroit donné, permet de reconnaître que c'est une femme qui vole ici, et pas un homme ?
Alors, à partir des commentaires des hommes, quand on est assis au décollage dans la Garnier, on peut déjà bien le voir. Mais pour moi-même, en fait, on voit bien que les hommes sont un peu plus radicaux et que certains volent aussi de manière très agressive. Et les femmes sont un peu plus prudentes. Ou alors, jusqu'à ce que l'aile se déchire, ça prend parfois un petit peu, quelques millisecondes après ou quelque chose comme ça. Et là, ça n'a pas l'air si impressionnant. Mais on pourrait le faire de la même manière.
Voler de manière agressive signifie, par exemple, laisser les ailes se déchirer plus rapidement. Oui. Et il manque peut-être parfois aux femmes la force pour tirer ça aussi vite ? Ou est-ce vraiment que tu dis, non, au niveau du ressenti, ce n'est pas moi. Je le fais en douceur, je dois voler avec du ressenti et pas juste mettre de la force d'un coup et puis
ça continue. Oui. Je pense qu'on peut tirer aussi fort. Mais pour les femmes, je crois que la puissance manque parfois, parce qu'on voit quand elles prennent de l'élan, qu'elles n'en prennent pas assez parfois. Enfin, un peu, j'ai découvert à travers le vol et l'entraînement à quel point on peut en fait faire des choses. Et j'ai réalisé, oui, d'accord, maintenant je peux vraiment mettre plus de puissance. Donc maintenant, c'est plutôt l'aile qui est la limite, parce que la charge sur l'aile est trop faible. Et oui, exactement, là je passerai peut-être à 15 mètres carrés ou quelque chose comme ça, et alors ça ressemblera peut-être à ce que font les hommes.
15 mètres carrés, ça correspond aux mètres carrés de l'aile. Quelle taille d'aile utilises-tu jusqu'à présent ?
Je vole en 16 mètres carrés, exactement.
Est-ce que le fait d'avoir un carré de moins sur ce carré, ça fait vraiment une telle différence ?
Oui, ça fait déjà beaucoup de différence. Surtout sur les petites tailles, oui.
Tu as déjà volé en 15 aussi ?
Oui, j'y suis déjà allée en Organien avant la compétition. Mais pour la compétition, ça m'était finalement égal. J'étais encore trop proche du moment de changer l'aile et j'ai préféré rester sur mon ancienne aile.
De la Coupe du monde. Tu as dit, d'accord, mais je voulais aussi voir où j'en étais par rapport aux hommes. Combien de personnes ont participé et quelle était ta place finale chez les hommes ? Ou c'est quoi la différence avec les hommes par rapport à tout ça ?
On était seulement 29, ça a l'air de peu.
Et sur certains parcours, on était parmi les dernières femmes. Ou alors j'étais aussi assez loin derrière, et parfois aussi dans le milieu ou dans le dernier tiers, pour rejoindre le deuxième tiers. Du coup, le meilleur parcours que j'ai fait, c'était le dernier, le quatrième, et là j'étais même 15e.
15 sur 29, donc genre, le meilleur milieu de peloton. Ouais. Ouais, super. J'ai entendu dire que les championnats du monde étaient ta première compétition, celle que tu as faite. Enfin, probablement la deuxième, parce qu'il y avait une petite compétition juste avant les championnats du monde, qui enchaînait directement sur les championnats au même endroit. L'une était la compétition Acromax et ensuite les championnats du monde. Mais c'était vraiment ta première compétition ?
Oui, donc du parapente et du vol acrobatique. Mais j'ai déjà participé à une autre compétition. C'était dans le service en salle. J'ai travaillé dans des hôtels avant ça, et pendant 15 ans. Et là-bas, j'ai participé à quelque chose. Et j'étais déjà aux championnats d'Allemagne.
Ça a l'air intéressant aussi. Mais je pense qu'on pourra peut-être reparler du service en salle plus tard. Restons d'abord sur le vol acrobatique. Si tu savais à ce moment-là que c'était ta première compétition, comment as-tu eu l'idée d'aller directement à une championnat du monde pour ta première fois ?
Eh bien, les gars m'ont un peu motivée. Ils m'ont tous dit : « Oui, tu voles tellement bien, tu dois absolument participer. » Et là... j'ai juste pensé : «Ok, je m'entraîne un peu. » Et puis je me suis dit que, en fait, je n'avais rien à perdre. Parce qu'on avait déjà les trois places. Non, ce n'était pas tout à fait ça. Mais je me suis dit que c'était juste de l'entraînement. Et cette petite compétition avant la compétition du monde était aussi super bien d'avoir eu lieu. Parce que là, j'ai pu tirer énormément de choses sur la façon dont je devrais peut-être faire mieux ou plus fort lors de la compétition du monde.
À quel moment, dans la préparation pour les championnats du monde, as-tu décidé de dire : « Je m'inscris » ? C'est-à-dire, à partir de quand as-tu dit : « OK, je dois aussi m'entraîner pour ça et tout le reste » ?
C'était en mars. Je n'étais pas encore très sûre de savoir si je devais le faire ou non. Et puis, je me suis inscrite. Et c'était en fait super cool, parce que ça a fait grimper ma motivation pour l'entraînement. Et grâce à ça, tout s'est plutôt bien passé, mes progrès ont été assez rapides.
Qu'est-ce qu'il faut savoir, simplement en tant que pilote normal, quand on parle de championnat du monde ? Ça a l'air... c'est le sommet du monde, en quelque sorte. Qu'est-ce qu'un pilote ou une pilote d'acrobatie doit savoir pour pouvoir participer à un championnat du monde ?
Alors, on fait un test avant, ils appellent ça le vol de sélection de sécurité. Il faut voler un SAT, un hélicoptère, faire un plein de décrochage et un flyback, donc juste rester dedans. Ces quatre manœuvres sont ensuite effectuées devant le jury. Ils regardent ça pour voir si tu es en sécurité. C'est en fait le plus important pour eux. S'il est vrai qu'après ça, tu ne peux pas faire beaucoup de figures et donc ne pas récolter beaucoup de points, ils ne le savent pas encore. En principe, les cartes sont assez ouvertes pour n'importe qui capable de faire un peu d'agro.
Et là, il y en a eu 29, mais il aurait pu y en avoir beaucoup plus ?
Jusqu'à 60 auraient pu participer et par nation, je crois, six personnes maximum. Au moins une. Donc pour le genre, on a aussi dû... Oui, voir. Une femme, je crois, ou quelque chose comme ça. Donc cinq d'un même genre, exactement.
Ok. Ça veut dire que pour une telle championnat du monde, des gens pourraient venir et dire : « Je n'ai jamais participé à une compétition de ce genre, je veux juste essayer. J'ai les quatre manœuvres qu'il faut savoir faire pour ce Safety Flight Check. Alors je vais juste tenter le coup. » Oui, exactement. Du coup, on pourrait y participer.
Exactement. Alors j'espère que la motivation est grande pour tous ceux qui s'entraînent encore sérieusement, oui.
On peut juste dire, surtout les filles, manifestez-vous. Oui. Et on pourrait peut-être envoyer quelques mails d'alibi un jour, pour celles qui maîtrisent au moins les bases, pour que vous ne soyez pas seulement championnes non officielles, mais peut-être un jour championnes du monde officielles.
Exactement. Oui. C'est peut-être un peu plus difficile lors des championnats du monde, parce que si la météo est bonne, on fait jusqu'à sept descentes. Et dans une descente, on fait environ quatre à sept tricks. Ça dépend un peu de la hauteur et aussi des conditions. Et oui, il faut réussir à gérer ça d'une certaine manière. Et avoir assez de tricks en réserve. Je pense qu'on sait, mais on sait aussi qu'on s'auto-évalue. Je crois que quiconque veut participer aux championnats du monde veut montrer quelque chose. Et c'est pour ça qu'on arrive avec assez de tricks en réserve.
Est-ce qu'on n'a pas le droit de répéter un trick ?
On ne peut pas, non. Enfin, on pourrait, mais alors il y a beaucoup de points de pénalité et on se retrouverait probablement plus loin derrière.
D'accord. Ça veut dire que si je dis qu'il y a sept runs maximum et que je dois faire au moins quatre tricks, j'aurais besoin d'au moins 28 tricks quelque part.
Exactement. Les
je dois le maîtriser. Quel est le plus simple des tricks qui est déjà considéré comme tel et pas seulement comme du vol normal ?
Le Flyback est déjà considéré comme un trick pour lequel on obtient 1,0 point.
D'accord, ça fait 1,0. Combien de points peut-on obtenir pour le trick maximal ?
2,2. Ce serait maintenant ce Superstall to Infinite.
Tu peux faire ça ?
Non. Alors, je pense que seulement deux poignées, donc dix personnes maximum dans le monde. Enfin, d'après ce que je sais jusqu'à présent.
Si on regarde le top 10, tous ceux qui sont dans le top 10 sont aussi ceux qui peuvent faire ce Superstall to Infinite, non ?
Non, pas du tout. Il y en a certains qui sont vraiment, vraiment bons, mais ils ne l'ont pas encore fait.
Beaucoup de personnes qui nous écoutent ne savent probablement pas grand-chose sur le vol de précision, surtout sur la compétition de vol de précision. Raconte-nous un peu, sur quoi est-ce qu'on détermine qui le fait bien ? Je crois qu'il y a des juges qui regardent ça et attribuent des notes. Combien sont-ils et sur quoi sont basées ces notes ?
Oui, il y a un jury. Je ne sais pas quel est le nombre minimum de personnes, mais il y avait quatre personnes qui nous ont jugés. Et on décolle. Et ce n'est que lorsqu'on arrive sur la scène que c'est évalué. Quand on est arrivé dans la box, donc quand on a décollé et qu'on est au-dessus du lac et qu'on commence son run, il faut aussi avant être tout... Box
c'est la zone où tu dois te tenir avant ton run.
Oui, exactement.
Ok, dans cette zone, c'est celui qui occupe l'espace aérien en ce moment.
Oui, exactement. Et ensuite, on fait rapidement le petit "Ohr" et on dit au jury : "Je commence maintenant". Et là, on enchaîne les figures jusqu'en bas, jusqu'à l'eau. Donc l'atterrissage sur le raft, c'est la fin. Et pour la notation, 40 % c'est la pompe technique. C'est juste la propreté du vol. Chaque manœuvre est ensuite notée de 1 à 10, comme on le voit aux Jeux Olympiques. Mais tout est mélangé. Ensuite, la chorégraphie, aussi 40 %. Là, on évalue si on fait assez de figures à gauche et à droite. Si on enchaîne directement d'une manœuvre à l'autre. Et on regarde aussi le flow, donc si tout est fluide. Et aussi la façon dont on a géré le drift.
Donc, il ne faut pas finir trop loin du raft une fois qu'on a fini son run. Et puis il y a les 20 % pour l'atterrissage. Exactement, il faut faire une spirale au sol et ensuite atterrir sur le raft.
La spirale au sol est obligatoire. Ou alors, tu pourrais atterrir sur le Raft, le radeau là-bas, et dire : « Je viens juste de m'y poser comme ça ». Et tu arrives aussi par le haut et tu récupères au moins les points d'atterrissage parce que tu as atterri sur le radeau. Exactement,
ça, c'est une décision qu'il faut prendre pour soi. À quel point les points dont j'ai encore besoin sont importants par rapport à la distance qui me sépare de l'autre, par exemple. Ou si je n'ai plus d'altitude, on ne peut évidemment plus faire la spirale au sol. Mais pour les jurys, c'est toujours super cool quand on fait quelque chose de spectaculaire. Parce qu'alors, on peut peut-être avoir plus de points. Donc même des figures qu'on fait de manière radicale tout à la fin, ils aiment beaucoup ça.
Ça veut dire que si on fait une atterrissage en hélicoptère sur le radeau à la toute fin, par exemple, on gagne des points supplémentaires ? Oui,
Ok, pas ça. C'est parce que c'est encore une manœuvre, il faut donc finir par arrêter la manœuvre à un moment donné. Sinon, ça redeviendrait un critère de sécurité. Par exemple, on n'a pas le droit d'utiliser l'Infinity Tumbling comme les deux derniers tricks. Il faut donc avoir deux autres tricks après. Mais pour l'atterrissage précis, quand on effleure l'eau avec le pied, ou qu'on fait un Jesus Walk. On a l'impression de marcher sur l'eau parce qu'on fait un flair comme ça. Ça passe super bien.
Qu'est-ce que tu as fait de super ? Qu'est-ce que tu as fait de bien lors de ton atterrissage ?
C'étaient mes toutes premières spirales de décollage. Et c'était du genre : OK, je suis ici aux championnats du monde. Et si je perdais tout, je me disais toujours que j'avais un entraînement gratuit aux spirales au sol. Et puis j'ai essayé la spirale au bâton au sol. Et la dernière que j'ai faite, elle était déjà très proche de l'eau. Alors la troisième, elle est un peu tombée dans l'eau. Et les autres, enfin, je ne suis jamais montée sur le raft. Tu es toujours
tu as atterri dans l'eau et tu dois toujours faire sécher tout ton équipement.
Oui, exactement.
Tu as probablement aussi deux ou trois ailes de secours avec toi. J'en avais seulement deux avec moi. Il faut aussi toujours les faire sécher. Ça veut dire que chaque journée se termine par le fait de devoir faire sécher énormément d'ailes.
Exactement, tu y es en fait toute la journée. Une journée de compétition, c'est super long parce qu'il faut continuer à faire sécher le matos tout le temps. Et le lendemain, tout doit être à nouveau emballé et prêt. Il faut replacer le parachute de secours, les protections, tout doit être remis dedans. Et il faut que ce soit sec, c'est déjà pas mal de boulot.
Mais ça veut aussi dire qu'un jour de compétition, tu ne fais en fait qu'un seul vol, parce qu'après, tout sera probablement mouillé.
Exactement, c'est assez drôle en fait. Tu es jugé pendant exactement deux minutes, ou quelque chose comme ça. Et tout le reste autour, c'est juste le boulot. Tout ce qui entoure le vol, se préparer à nouveau, imaginer quel run je vais faire ou bien l'organiser.
Ok, imaginer quel run je fais. Sur quoi tu choisis ? Quelles figures tu fais là ? Et est-ce que tu as une liste précise où tu te dis, ok, je l'ai déjà fait ? Ou est-ce que tu as tout ça en tête ? Comment ça se passe ?
J'ai simplement noté les figures que je sais faire. Et d'abord celles qui ont des points élevés et que je maîtrise vraiment bien. Ensuite, j'ai un peu tout déplacé. Et entre chaque figure, j'ai mis celle ou l'autre qui est de difficulté moyenne. Mais j'avais toujours en tête : « Ah oui, si je n'y arrive pas, je pourrais faire ça aussi, parce que je l'ai encore en réserve. » Donc, c'est un peu un travail intellectuel. Mais d'une certaine manière, je savais exactement ce que je faisais. Ça m'est d'ailleurs arrivé deux fois pendant le run de ne pas réussir la première manœuvre comme je voulais. C'était l'Infinity Tumbling. Parce qu'en fait, je suis encore tout juste en train d'apprendre ou je l'ai appris. Je ne fais ça que depuis avril.
Et puis je suis tombée dans l'anti-rythmique, donc je n'ai pas pu m'arrêter. Ensuite, je me suis retrouvée dans cette rotation de Sat et j'ai dû faire autre chose immédiatement. Et j'ai fini par faire un run complètement différent de celui que j'avais imaginé.
Tu l'as improvisé sur le moment, alors ?
Complètement improvisé. Deux fois même.
Mais est-ce que ce n'est pas complètement stressant sur le moment ? Oui. Ou est-ce que tu es tellement dans le flow que tu te dis que ça coule tout seul ?
Alors, voler, c'est déjà être totalement dans l'instant. Mais je pense que quand on est dans une compétition comme celle-là et qu'on doit improviser, on est encore plus dans le moment. C'était juste : OK, maintenant ça arrive, maintenant je fais ça. Et oui, c'est venu tout naturellement.
Est-ce que c'est ça qui te fascine dans l'Agrofliegen, ce fait d'être dans l'instant présent ? Et est-ce que c'est justement cet Agrofliegen qui te dérange ? Ou est-ce que tu es tellement concentré que rien d'autre ne passe à ce moment-là ?
Oui, c'est clairement une grande partie de ce qui me plaît là-dedans. Je ne sais pas exactement pourquoi. La force de marche, ça fait quelque chose avec moi ? Non, je ne pense pas. Mais il y a aussi la curiosité, de pouvoir réussir le tour à un moment donné. Ou alors, c'est un peu comme quand on apprend des pas de danse et qu'on peut ensuite danser vraiment bien. Ça procure une sensation agréable, en quelque sorte. Pour
Pour apprendre à danser, on va souvent dans une école de danse. Là, on appelle ça le Samba et le Cha-Cha-Cha. Sinon, c'était comme pour le classique ou, de nos jours, certaines formes de danse modernes. Est-ce que tu es allé dans une école d'aérogym avec quelqu'un ?
Non, je me suis peut-être parfois souhaité d'avoir un mentor ou que quelqu'un me montre quelque chose. Mais en principe, au début, je me suis appris énormément de choses par moi-même. C'était peut-être un peu risqué. Mais j'ai toujours fait attention. J'ai aussi pris en compte mes règles de sécurité. Et plus tard, quand on est vraiment entré dans cette communauté d'accro, enfin seulement depuis cette année, où il y a vraiment les pilotes pros, ils m'ont aussi donné des conseils. Ils ont regardé une vidéo avec moi et m'ont dit : « Tiens, regarde, tu peux faire ça un peu différemment » ou « Eh, regarde, ça ne marche pas comme ça ». Enfin, chacun a un style un peu différent. Mais c'est vrai, ça aide déjà. Quand on a quelqu'un qui nous donne un petit conseil, on devient bien plus vite bon.
Mais tu viens juste de dire que pour tes débuts, tu as en fait tout essayé par toi-même.
Raconte-moi ces débuts. C'était quand ?
Quand as-tu
Quand as-tu commencé à voler et quand est-ce qu'Agro est arrivé ?
Oui, j'ai fait mon brevet de parapente en 2011. C'était en fait une activité de vacances avec mon ex-fiancé. Il voulait absolument faire du parapente. Et j'ai dit : « Bon, je le fais aussi, parce qu'il faut que je sache ce qu'il fait là. Sinon, j'ai toujours peur pour lui. » Et puis, j'ai même obtenu mon brevet en deux semaines. Non, je n'ai fait que cinq vols. Et puis un an plus tard, nous nous sommes malheureusement séparés, j'ai fini le brevet tout seule.
Et justement, après ça, je suis retournée étudier en Allemagne, mais j'ai toujours pensé au vol. Et après tous ces études et avoir travaillé un peu, je suis finalement arrivée en Suisse. Et là, j'ai recommencé à voler. C'était en 2013.
2014 était aussi passionnant parce que j'ai beaucoup appris par moi-même. Et après ça, je suis devenue un peu attentive aux fabricants de parapente. Il y avait une entreprise qui s'appelle Little Cloud, une petite entreprise française de parapente. Ils m'ont formée comme pilote de test. Et ensuite, j'ai fait mon premier cours SIV. En fait, je n'en avais jamais fait. C'est parce que je devais faire des vols d'essai avec eux que j'ai pu le découvrir. Et plus tard... Comment sont
qui a attiré ton attention ? Je veux dire, tu viens de dire que tu as volé pour toi, que tu n'as pas fait de compétition. Comment une entreprise comme Little Cloud se dit-elle soudainement : demandons à Gabi si elle veut travailler pour nous comme pilote teste ?
Oui, j'étais dans l'Engadine et j'ai testé mon sauvetage juste par curiosité. Ce n'était pas une urgence ou quelque chose du genre. Alors j'ai lâché un aile de sauvetage et ensuite...
Par simple curiosité. Tu as dit pendant le vol : « Oh, tu sais quoi, »
je n'ai pas encore
jamais fait, je vais juste sortir mon parachute de secours.
Non, en fait, c'était plutôt comme ça : il y avait un ami de speedflying qui a dit : « Oh, je dois préparer mon parachute de secours. » Et j'ai dit : « Oh, je dois aussi préparer mon parachute de secours. » Et lui : « Bah, lance-le ! » Et moi : « Ah, vraiment ? » Et là, j'étais vraiment une débutante, on ne sait pas encore tout exactement. Et puis j'ai fait un vol d'essai. Et tout était super calme. C'était de l'air d'hiver. Enfin, c'était déjà la mi-hiver. Et en bas, il y avait un tout petit peu de neige. Et puis je l'ai fait. Et c'était super facile. Il ne s'est rien passé. C'était même un container frontal. Oui, et puis il a prêté attention. Enfin, il a prêté attention, celui de la boîte Little Cloud, le patron. Et puis il a... Il a
il a vu ça ? Est-ce qu'il était sur place ? Ou est-ce que tu as fait une vidéo ? Oui, j'ai fait une
une photo postée, je crois. Exactement. Non, il n'y avait personne sur place. Et ça, oui.
Et tu es déjà parti avec un Little Cloud ? Avec un aile Little Cloud aussi.
Oui, exactement.
Et c'était une photo quelque part sur Instagram ou autre ? Est-ce qu'il y avait déjà Instagram à l'époque ? Je ne sais même pas. C'était quand ? 2013 ? 2014 ? Facebook ?
c'était ça, exactement. Il n'y avait pas encore Instagram pour moi. Enfin, peut-être qu'il existait déjà. Oui, et ensuite il m'a un peu fait faire des pirouettes... Enfin, je me suis approchée petit à petit de tout, parce qu'il en voulait beaucoup. Parce que je suis aussi très légère. Je pèse 53 kilos là-bas maintenant. Et puis j'ai toujours eu ces histoires de pirouettes. Oui. J'ai volé pour les ailes, pour qu'il sache que l'aile vole à nouveau. C'est toujours très important de le savoir pour les modèles légers.
Ça veut dire que tu as été pilote test pour les manœuvres de Stollen principalement ? Presque tout, oui. Pas beaucoup de Klapper, mais surtout des Stollen avec les aile, parce que je dois savoir si elle décolle encore avec un poids aussi faible.
Exactement. Mais aussi la fermeture, j'en ai quand même beaucoup fait. Mais les histoires de décrochage, c'était le plus gros, oui. Et plus tard, je ne sais même pas, avec le Little Cloud. Avec la aile Little Cloud, j'ai aussi commencé un peu à le faire tourner, donc pour faire de l'hélicoptère. Enfin pour moi, c'était déjà : je veux voler une aile acro seulement quand je saurai faire du Twister. C'est une fois hélicoptère à gauche et ensuite tourner vers hélicoptère à droite. Parce que j'avais tellement de respect pour cette aile acro. Et l'étape pour passer à l'aile acro, c'était genre : ah, ce n'est pas si difficile du tout. C'était même plus simple qu'avec l'autre aile.
Parce qu'il est un peu plus dynamique et qu'on n'a pas besoin de tout contrôler avec autant de finesse. Ou pourquoi est-ce plus simple ?
Avec l'aile acro, c'est un peu, je ne sais pas si c'est comparable à une Ferrari, mais quand tu appuies sur le frein, elle freine, tout simplement. Et avec l'aile acro, c'est pareil. On peut faire des trucs beaucoup plus précis, bam, juste faire quelque chose et ça marche. Et la zone de décrochage parachutal est aussi un peu plus grande, on reste plus longtemps dans le hélicoptère et on ne ressort pas tout de suite, parce que l'aile veut en fait toujours s'envoler à nouveau, contrairement au parapente normal.
Ça veut dire que tu as fait tous tes débuts avec des petites ailes Little Cloud ?
Exactement, 18 mètres carrés, oui. C'était ma taille idéale, parce qu'au début j'avais commencé avec un Advance Alpha qui faisait 23 mètres carrés. Probablement un peu trop grand pour toi. Un peu trop grand pour moi, enfin, il était super bien bien sûr, mais un peu trop grand, oui.
Est-ce que tu as déjà fait ou essayé des manœuvres avec aussi ?
Non. Non, avec celui-là, je n'ai fait que... c'était mon premier vol en altitude, et il s'est passé que la radio a lâché. Donc en fait, mon premier vol en parapente, le vol en altitude après le site d'entraînement, c'était juste moi tout seul dans les airs, la radio a lâché.
C'était mon expérience avec l'aile. Exactement, mais ça m'a plu parce qu'en principe, ça m'a donné le signal que je suis moi-même responsable de ce que je fais là, c'est entre mes mains.
C'était déjà l'un de tes premiers vols où tu te dis : d'accord, tout repose sur la responsabilité individuelle. Ensuite, tu as fait tous tes débuts un peu "agro", si j'ai bien compris, de manière autonome aussi, parce que tu as dit : je vais juste essayer un truc. Mhm. Tu as atteint tes limites et parfois, tu les as peut-être même dépassées. À quelle fréquence as-tu eu le sentiment d'atteindre une limite où tu t'es dit : merde, oh, c'était vraiment serré ?
Ouais, je ne sais pas si je peux tout énumérer aussi vite là, mais j'ai clairement eu des situations, surtout au début, où j'ai... enfin, exact, j'ai même déjà dû sortir par vent trop fort et j'ai dû faire une spirale au sol. C'est vrai, en fait, c'était ma première spirale au sol. J'ai pratiquement fait un atterrissage en spirale au sol. Je me suis fait dériver par le vent au-dessus de la cabine, puis vers les montagnes derrière, et heureusement, il y avait des prairies partout. Et là, j'ai continué à faire de plus en plus de spirales. Parce que je voulais absolument descendre, vu que le vent était si fort, et c'était super. Enfin, je pense que ça devait avoir l'air plutôt bien de l'extérieur. Mais j'étais juste concentrée sur le fait de réussir à atterrir en sécurité tout de suite, quoi.
Oui, et oui, on a déjà eu ce genre de situations plus d'une fois. Heureusement, enfin, je n'ai jamais eu à appeler les secours jusqu'à présent.
Sauf une fois, volontairement.
Exactement, enfin, je veux dire, être jetée dans le feu de l'action par nécessité. Oui, ça ne m'est pas encore arrivé. L'année dernière, en octobre, je me suis tordu la cheville pour la première fois. Enfin, je me suis fait une entorse. Sans le vouloir. Sans le vouloir, exactement. Et sinon, bien sûr, j'ai parfois eu des situations périlleuses. Mais j'ai de la chance. Donc, ce ne sont pas des choses si graves. Parce que j'ai toujours entendu dire que ce pilote d'agro a déjà eu le dos cassé au moins une fois. Je trouvais ça toujours très effrayant et terrible à entendre.
Si tu arrives apparemment à repousser tes limites sans pour autant te mettre dans des situations extrêmes, qu'est-ce que tu conseillerais aux gens qui diraient : « Je veux aussi essayer dans ce sens et tenter de repousser mes limites » ? Quelle est la meilleure façon de s'y prendre ?
Je pense qu'il ne faut évidemment pas être trop prudent, sinon on n'avance pas. Mais il ne faut pas non plus trop se pousser, sinon on reste trop longtemps dans une zone de danger. Un juste milieu serait super. Ou alors, se fixer simplement quelques règles à soi-même. Par exemple : d'accord, au-delà de 200 mètres d'altitude, je ne fais plus de manigances. Là, j'arrête, tout simplement. Parce qu'en fait, le vol en agro est assez prévisible. On a cette boîte, cet espace dans les airs où on s'entraîne. Et on sait aussi un peu ce qui pourrait arriver si je fais une erreur maintenant. Là, il faudrait que je lâche le sauveteur ou je pourrais encore essayer. Donc, exactement, il ne faut peut-être pas trop se pousser. Parce que souvent, quand on se pousse trop, je vois beaucoup de gens lâcher le sauveteur.
Et après, ça peut redevenir mieux. Mais ça peut vraiment te faire régresser. Genre, on peut avoir peur ou ça peut même être traumatisant. Donc, ce n'est pas comme ça.
As-tu déjà eu des expériences qui t'ont fait régresser, ne serait-ce que pendant un certain temps ? Ou est-ce que c'était toujours étape par étape, au point que tu te disais : non, je pouvais tout encaisser ?
Oui. Enfin, quand je me suis retrouvée aspirée par ce vent violent et que j'ai atterri, je suis rentrée chez moi en marchant et je me suis dit : ouf, aujourd'hui j'aurais pu mourir. Mais j'ai quand même continué à voler. Et puis en 2016, j'étais au Japon. Et là, j'ai un peu crashé. Il ne s'est rien passé. Ce qui veut dire
Un peu crashé ? On peut un peu crasher ?
Oui, en principe, j'ai percuté le sol avec une spirale au sol. Enfin, je me suis relevée comme ça. En fait, j'ai juste essayé de garder l'aile à plat sur le côté pour ne pas m'écraser de plein fouet. Et là, la moitié de l'aile a frôlé le sol. Et puis, à environ 50 km/h, j'ai continué à glisser. Et là, il y a eu un tas de cailloux, la thermique s'est arrêtée, et ça m'a stoppée. Exactement, après tout ça, j'ai été assez vite stoppée. Du coup, le lendemain, j'ai recommencé à voler tout de suite. Parce que, heureusement, personne n'a vu. Comme c'était un voyage d'affaires. Là, il faut montrer un peu les ailes et tout ça. Mais oui, ça m'a fait réfléchir.
C'est-à-dire, un voyage d'affaires, c'était aussi pour Lidl Cloud, où tu as pratiquement fait le vol en tant que responsable marketing.
Oui, exactement. Enfin, l'aile n'y était pour rien. C'était à 100 % moi. Je m'ennuyais un peu et je me suis dit que je voulais mettre un peu d'action. Et en principe, c'était une phrase que j'ai faite là. Et au moment de la sortir, on fait d'abord une spirale verticale. Et puis le sol est arrivé. Laisse
Revenons un instant sur le championnat du monde d'Agro, ou plutôt sur le vol acrobatique en général. Parmi toutes ces manœuvres que tu sais faire, laquelle est ta préférée ?
Ouf. Je pense que j'en ai plusieurs. Enfin, j'adore vraiment le McTwist Reverse et le Cork.
Maintenant, explique-moi pour quelqu'un qui ne fait pas de vol acrobatique, c'est quoi un McTwist Reverse et un Cork ?
Alors, pour le McTwist, on vole en spirale. Et quand on arrive en bas sous l'aile, on tire super fort sur le frein pour que l'aile se décolle. Ensuite, elle tourbillonne assez fort dans tous les sens. Et quand on est revenu en bas, je tourne l'aile vers l'autre côté que j'ai tiré, pour faire un joli hélicoptère. C'était le McTwist to Heli.
Reverse, ça veut dire que tu changes de sens de rotation pendant la manœuvre.
Exactement. Parce qu'en fait, ce seraient deux tricks. Il y a le McTwist seul et l'Hélicoptère seul. Mais le McTwist vers l'Hélicoptère est aussi une manœuvre pour la compétition. Le Reverse, c'est toujours quand on enchaîne dans l'autre direction.
Est-ce que c'est plus difficile de faire un Reverse que de passer directement du McTwist au Heli dans la même direction ?
Pour moi, ça ne me semble pas plus difficile pour cette figure. Mais ça peut être plus dur. Il faut absolument maîtriser parfaitement le Twister, donc passer d'un hélicoptère à l'autre. C'est en fait la figure de base pour pouvoir faire du Reverse.
Et maintenant, réexplique-moi le Korg. Qu'est-ce qu'il a de spécial ?
Korg, là on fait une boucle pour finir en hélicoptère. Ça ressemble à peu près à ça. On fait encore une spirale. Et puis, quand on arrive au point le plus bas, on tire la boucle, donc pas sans s'arracher d'abord pour monter, et là tu es presque la tête en bas. Et ensuite, on s'arrache l'aile et on rentre dans l'hélicoptère juste au moment où on vient de tomber. C'est un peu difficile à décrire. Je pense qu'il faut absolument que vous regardiez ça.
Et pourquoi est-ce ton manœuvre préférée ou l'une de tes préférées ? Qu'est-ce qui la rend spéciale ? Enfin, qu'est-ce qui fait qu'une manœuvre est un "wow", qu'elle est géniale ?
Parce que c'est tellement dynamique au début, et puis on revient dans l'hélicoptère, où ça redevient élégant. Et on est juste sur la tête quand on fait cette transition, parce que c'est là que je fais le spin. C'est une sensation agréable, comme si c'était fluide, d'une certaine manière.
Combien de fois tu pilotes ça avec la tête et combien avec le feeling ? Parce que là, tu dis que c'est fluide et agréable, mais en même temps, il faut que beaucoup de choses soient réfléchies. Quand est-ce que je tire quoi ? Et puis, c'est quand même très technique, toute cette histoire. Pour toi, c'est quoi la répartition ?
Je ne sais pas exactement quel pourcentage ça représente. Mais je pense que c'est beaucoup avec le ressenti. Et je pense qu'avant, quand on a la manœuvre et qu'on veut voler, on réfléchit beaucoup avec la tête. Quand est-ce que je dois tirer ? Quand ? Quelle énergie ? Ou quoi tourner ? Là, c'est peut-être plus avec la tête. Quand on est en train de le faire, je pense que le ressenti prend le dessus sur la tête.
Si tu t'es appris beaucoup de ces choses par toi-même, comment as-tu procédé ? Est-ce que tu t'es dit, d'accord, je dois regarder dix vidéos YouTube ? Ou est-ce que tu t'es dit, je vais sur la page Agro de Paltakas et je lis attentivement la description ? Ou comment est-ce qu'on fait un truc pareil ?
Ou comment as-tu
tu fait, ou plutôt, mieux dit ? J'aurais peut-être dû... Oui,
C'est vrai. J'aurais peut-être dû faire comme ça. On peut progresser plus vite, je pense. Pour commencer, j'ai juste essayé. Je trouve quand même important d'avoir au moins une petite idée de ce que ça donne. Si on ne sait pas du tout comment faire, on peut vite tout gâcher. Mais je me suis regardé ça une fois et j'ai parfois demandé à quelqu'un : « Ouais, comment tu fais ? » Et puis j'ai juste essayé. C'est exactement comme ça que je m'y suis pris. Les premiers tricks, bien sûr, je les ai faits complètement seul, mais pour les plus gros tricks, là où on commence à être un peu dans la communauté, j'ai aussi demandé : « Ouais, comment on fait un Joker ? » Mais pour l'instant, personne ne peut vraiment me l'expliquer. Tu demandes à cinq personnes, elles te disent toutes cinq choses différentes et à la fin, tu finis par essayer un peu par toi-même.
Est-ce qu'il y a des manœuvres spécifiques pour lesquelles tout le monde raconte la même chose ? Je...
Je ne pense pas. Parce que le style finit toujours par entrer en jeu.
Je vois que certaines personnes volent super bien et que d'autres disent : « Non, c'est pas possible, on ne fait pas comme ça ». Mais je me dis que si ça marche quand même, alors ça marche.
À quel point est-ce dépendant de l'aile ? Que l'on se dise, par exemple, que le style convient à une aile parce qu'elle réagit d'une certaine manière ou je ne sais quoi, mais que ça ne fonctionnerait pas du tout avec la prochaine aile Agro. Oui,
ça joue énormément aussi, oui. Les ailes sont déjà très différentes quand on regarde les ailes de pro et les ailes d'agro pour débutants. Par exemple, l'Emily et la Blackout, je les considérerais comme des ailes d'agro plus tranquilles. Mais si on regarde la compétition, dans le top 10, ils volent aussi juste une Emily et ça fonctionne. Mais là, il faut aborder les choses un peu différemment, oui. Mais aussi avec le sellette, plus précisément. Là où j'ai changé de sellette, j'ai dû adopter un transfert de poids complètement différent. Soudain, j'ai dû entrer un peu plus tard, parce que sinon ça aurait été trop pour faire la manœuvre.
Pourquoi as-tu changé de sellette ?
Parce que j'ai eu l'offre de l'essayer et que j'ai même pu le garder après. Et ça, pour l'avenir, ça représente deux sauvetages et un système de base pour moi. Et je ne l'ai pas trouvé bête, même si c'était un peu inhabituel au début, mais c'est pour ça que je l'ai gardé, tout simplement.
Ça veut dire que c'est aussi une sorte de sponsoring qui vient de la scène, où quelqu'un dit : « Hé, je trouve que Gabi est super et ce qu'elle fait est génial. »
Oui, c'était en fait comme ça, oui. Ou est-ce que tu as...
toujours un sellette ?
Oui, exactement. C'était Beso, il fait ces "Fly the Earth". Beso de Tcharov. Oui, exactement. Et lui-même est agropilote et il a essayé de faire un sellette comme on en a besoin en tant qu'agropilote. Et je trouve ça super. Donc maintenant, je peux être la première femme à essayer ça. Et même si j'ai des suggestions d'amélioration, on pourra dire qu'on vole le principe comme ça. Les pilotes pros volent le sellette et apportent toujours une touche finale s'il reste quelque chose à ajuster. Mais c'est déjà très abouti en fait.
Tu as participé à cette championnat du monde ? Tu as dit que tu t'entraînais intensément depuis mars, c'est bien ça ?
Tu éta donc probablement aussi à Organia, là où tout le monde se retrouve et où on peut passer la journée à voler sur le Mont Magique et tout le reste. C'est aussi une certaine philosophie de vie, en fait. Mais comment tu concilies ça avec une vie normale ? Parce qu'il faut bien gagner de l'argent quelque part. Je suppose que même si tu es une championne du monde non officielle d'Agro, tu ne peux pas vivre uniquement du vol d'Agro ou quelque chose du genre, au bout du compte.
Ce n'est pas simple, en tout cas. Parce que malheureusement, notre scène Agro ne reçoit pas beaucoup d'attention de la part des médias. On n'est pas dans le football ici. Mais je pense que c'est déjà possible. Il faut juste vivre avec parcimonie et un peu calculer ce dont on a besoin. Je veux dire, Organia est une montagne, elle nous offre simplement ces conditions. Et on n'a même pas besoin d'utiliser une télécabine. Et c'est en fait gratuit. Et là-bas, on paie juste une location tout à fait normale, comme si on était chez soi. Donc je ne conseille pas de payer deux loyers. C'est pour ça que je ne vis nulle part en ce moment, pas vraiment. Je suis déjà principalement en Autriche, mais je n'ai pas de résidence fixe, pas vraiment pour l'instant.
Ça veut dire que tu
tu mènes en fait une vie de nomade.
Oui, tout à fait, exactement.
Une vie de nomade aérien, en quelque sorte. Oui. Comment est-ce que tu te sens par rapport à ça ?
Oui, ça donne une sensation de grande liberté, bien sûr. Enfin, pendant ces six mois où j'ai vraiment vécu comme une nomade, c'était super, super, super beau. Ça ne pouvait pas être mieux. Mais je suis aussi consciente que ça ne peut pas durer éternellement. Parce qu'il faut aussi gagner de l'argent. Ou alors, il faut trouver des sponsors. Et oui, peut-être que des portes vont s'ouvrir maintenant, mais je sais aussi que je devrai continuer à gagner de l'argent d'une manière ou d'une autre. Par exemple, c'est ce que je fais en ce moment avec le vol en tandem.
Tu as aussi gagné ton argent avant. Tu as déjà fait allusion à ça tout à l'heure. Tu as travaillé comme serveuse. Et apparemment dans un milieu plutôt haut de gamme, si tu dis que tu as aussi participé à une compétition.
Oui. Je
Je trouve ça assez curieux maintenant. Qu'est-ce qu'on fait lors d'une compétition de serveur ?
Oui, pour la compétition de serveurs, par exemple, on va te flamber une soupe tomate au gin ou filetter un poisson devant toi. Il faut alors dresser une table. Dresser une table. Donc une table ronde, mais très précisément. Il faut même prendre une ficelle pour poser la fourchette exactement là où elle doit être. Et il faut aussi aux spiritueux... Est-ce que c'est...
trois centimètres ou trois doigts de large à côté du bord de l'assiette, ou quelles sont les règles là-dessus ?
Exactement, une carte postale entre les couverts, un doigt de largeur en bas sur la table et un doigt en haut près des verres, et ainsi de suite. Et encore des cartes postales pour les espaces entre les verres, précisément. Oui, il faut aussi s'y connaître en nourriture. Il faut être capable de reconnaître tout ce qui accompagne le repas. Même les choses exotiques ou locales qu'on ne connaît peut-être plus très bien. Ou les spiritueux, juste en les sentant. Il faut alors pouvoir dire de quel whisky il s'agit. Je ne pense pas la marque. On avait déjà une vodka avec, elle était spéciale. Il fallait aussi dire laquelle était spéciale. Mais oui, c'était comme ça pour tout. Et bien sûr avec un service complet. Pour la soirée. Il y a un vrai banquet où on fait le service.
Même le sens de circulation autour de la table était important. Comment on place le pain, comment on sert le vin, et tout ça.
Faut-il aussi s'entraîner pour ça ?
Oui, j'avais même mon propre entraîneur à ce moment-là. C'était ça le super truc.
Ce que tu n'as pas avec l'Akro, tu l'avais quand tu étais serveur, que ton formateur de serveurs, comment il s'appelle ? Comment on appelle un truc comme ça ? Un formateur de serveurs ? Oui,
Exactement. Alors, j'ai dû gagner quelques compétitions avant d'arriver à ces championnats fédéraux. Et là, ils m'ont dit : « Oui, alors tu auras ton propre entraîneur. » Je crois que c'était tellement ancré dans mon esprit que je me suis tellement investie pour ça.
Et il était dur, ce genre d'entraîneur ? Est-ce qu'il te disait : « Là, il est là avec le chronomètre et il te dit que tu dois faire ça, et là tu as deux millimètres » ?
Oui, il n'était pas vraiment comme ça, enfin il était très gentil, mais oui, il était sévère. En fait, c'est lui qui m'a appris tous les conseils et les astuces. Et aussi un peu ce qui compte, et tout ça. Parce qu'il l'a vécu lui-même aussi. C'était en fait ça qui était drôle.
Quand on parle d'un championnat fédéral comme celui-là, est-ce que tu l'as gagné ?
Non, je n'ai pas gagné, non.
Pourquoi pas ?
Parce que, enfin, je crois que je ne croyais pas tout à fait en moi, peut-être.
Tu as progressé aujourd'hui ?
Le vol m'a déjà donné une belle leçon. Alors, pour la Coupe du monde, c'était cool pour moi parce que j'y ai vraiment cru, ou du moins j'ai commencé à y croire. Et c'est exactement ce qui vient du cœur, ce vol agro, j'aime beaucoup ça.
Maintenant que tu as ce titre, ou ce titre non officiel de championne du monde d'Agro, est-ce que tu remarques que les gens viennent vers toi différemment ? Qu'ils te contactent autrement ou que certaines portes s'ouvrent soudainement ? Peu importe où elles mènent, quoi qu'il en soit ?
Oui, je ne sais pas pourquoi tu m'as contactée, par exemple, mais beaucoup de gens me félicitent. À part ça, ils sont tout à fait normaux, ce que je trouve bien aussi. Je suis aussi tout à fait normale, donc il ne s'est rien passé de spécial. À part le fait que je me suis beaucoup amusée lors de cet événement.
Et oui, mais peut-être, j'ai déjà reçu quelques propositions pour éventuellement faire quelques projets à l'avenir. Je suis curieuse de voir. Genre peut-être un clip publicitaire ou quelque chose comme ça. Ça
Ça veut aussi dire des projets avec lesquels tu peux ensuite gagner de l'argent. Du coup, soudainement, pour quelque chose dans lequel tu n'as investi que du temps pendant quatre mois et probablement tes économies, parce que tu te dis au début que tu n'auras rien en retour à rester suspendu dans les airs tous les jours, ça finit par rapporter quelque chose à un moment donné.
Oui exactement, c'est ce que je remarque en ce moment. Je ne m'attends pas à grand-chose pour la petite scène, mais apparemment, il y a quelque chose qui arrive. Je ne pourrai raconter que plus tard ce qui est ressorti de tout ça.
Et ça se passe comment, quand on est contacté soudainement et qu'on a quelqu'un qui vient te dire : « Dis, j'aimerais bien faire un clip publicitaire avec toi » ? Est-ce que tu te dis : « Moi ? Genre, moi ? » Ou est-ce que tu dis : « Hey, super ! »
Eh bien, je suis encore assez, enfin, je suis plutôt timide en fait.
Tu l'as dit au début aussi, mais là, tu ne l'es plus du tout, tu racontes plutôt assez bien.
Oui. Oui, enfin, je suis juste contente. Oui. Parce qu'ils s'intéressent à moi et j'essaie, je suis contente, enfin oui, je ne sais même pas quoi dire. C'est juste que je ne suis pas du genre "uga uga", je vais juste faire le job. Je reste très terre à terre, je pense, je fais simplement le nécessaire et je m'assure de mettre en œuvre au mieux ce qu'ils veulent.
Est-ce que tu veux continuer dans ce domaine de l'agro au point de dire que tu veux vraiment y investir du temps ? Oui. Et aussi enchaîner plus de championnats. Là, j'en ai déjà gagné un, du moins officieusement, dans la catégorie féminine. Et ça doit continuer comme ça ou est-ce que tu te dis : le prochain championnat du monde sera probablement dans quatre ans ou quelque chose comme ça, alors je vais me contenter de gagner de l'argent pendant trois ans, puis je m'entraînerai encore un semestre et je ferai le championnat du monde suivant.
Oui, ce serait marrant si c'était aussi simple. Je pense qu'il faut vraiment faire quelque chose pour rester compétitive, parce que je pense que la nouvelle génération qui arrive est vraiment forte. Et j'ai déjà envie d'investir encore plus de temps d'entraînement. En plus, je continue à faire les choses normales que tout le monde fait, genre aller travailler et tout, et je verrai bien comment ça se passe. Enfin, il reste encore un peu de temps avant l'été prochain, et j'aurai encore quelques mois pour m'entraîner.
C'est un peu comme un équilibre entre le travail et le vol qu'il faut trouver quelque part. En ce moment, tu as beaucoup misé sur le vol ces derniers temps. Mhm. Et seulement du vol pour toi. Tu dis que maintenant tu fais aussi du vol en tandem. OK, alors tu as de la clientèle, tu gagnes de l'argent avec et tu voles en gros pour eux. C'est quoi la sensation de vol ? Est-ce qu'il y a une grande différence pour toi entre quand tu dis : je vole en tandem avec d'autres personnes, et quand je vole juste pour moi ? Et qu'est-ce que ce vol juste pour toi t'apporte ? Qu'est-ce que tu en tires ?
Même quand je fais du tandem, c'est super précieux pour moi. Je m'apporte aussi quelque chose, pas seulement à la personne qui vole avec moi. C'est donc, dans tous les cas, un peu pareil, presque pareil que de voler seule. C'est juste que quand je vole seule, je n'ai pas à autant faire attention aux autres et je peux vraiment laisser libre tous mes besoins, genre.
Et si tu y vas pour voler par toi-même maintenant. L'autre jour, je l'ai lu sur ton Instagram, c'était en fait une bonne journée de vol. Tu aurais pu faire du tandem, mais tu es allé dans la vallée de Stubai et tu as dit : non, je préfère m'entraîner à l'agro. Ouais.
C'est
Ouais, c'est aussi une décision que tu dois prendre. OK, l'argent ou le fun, ou peu importe comment on veut répartir les choses. Sur quoi tu te bases pour décider, ou qu'est-ce qui t'a fait décider sur le moment que tu te disais : non, il faut que ce soit maintenant, je dois encore tourner un peu dans les airs ?
Oui, c'est toujours un conflit intérieur assez important pour moi, parce que c'est vraiment comme ça : une partie de moi dit que je dois gagner de l'argent et travailler ici, et l'autre partie dit : « Oh, je dois aller voler pour Agro ». Et j'ai même réussi, ce jour-là, à gérer les deux. Je suis allée dans la vallée de Stubai, j'ai fait neuf vols, j'ai failli devoir jeter le parachute de secours. Exactement, puis je suis revenue, j'ai même fait un vol en tandem, et puis l'après-midi, il y avait des conditions de soaring ici, alors j'ai fait peut-être encore sept ou huit runs. Une journée de vol complète, super cool, j'étais trop contente.
Les conditions de soaring, ici c'est au lac d'Achensee. Oui. Les conditions de soaring au lac d'Achensee. Mais "run" veut aussi dire que tu voles, que tu planes d'une manière ou d'une autre, que tu fais une descente, que tu ne te poses pas en bas, mais que tu remontes en planant à nouveau.
Exactement, oui, ça fonctionne plutôt bien ici au lac d'Achensee. Il faut juste un peu surveiller l'intensité. Et on ne peut plus voler au-dessus de l'eau, il faut le faire au-dessus de la terre. Et comme le téléphérique fonctionne par intermittence, on peut quand même s'entraîner ici jusqu'à dix-neuf heures. Donc peut-être un petit organisme ici en été.
Vu comme ça, c'est aussi une bonne combinaison : tu te dis, d'accord, en journée, du rationnel. Pendant les heures normales, je vais faire du vol en tandem, puis je reprends le dernier téléphérique pour monter, j'attends que les bonnes conditions s'installent et ensuite je m'entraîne encore trois heures. Oui, ça...
ce serait l'idéal, mais malheureusement ce n'est pas si simple. Alors, quand j'ai fini de faire du tandem et que je reviens au bureau, j'ai tellement faim et je suis tellement fatiguée que parfois je n'y arrive même pas à aller faire de l'agrovol, parce qu'il faut quand même être un peu réveillé ou avoir des réserves, quoi. Exactement.
Agrofliegen, la peur ?
Quand j'essaie de nouveaux tricks, j'ai déjà eu peur plusieurs fois. Je dois avouer que certaines phases, je suis très anxieuse. Ça dépend vraiment de moi, par exemple, quand j'ai volé vers El Hierro. J'ai vraiment pensé au pire. Je me suis dit que j'allais mourir sur cette île. El Hierro est
une île des Canaries où beaucoup de pilotes de freestyle aiment aussi s'entraîner.
Exactement. On n'était pas beaucoup, peut-être dix maximum. Et ça tournait tout le temps. Mais la zone est très exigeante, souvent très venteuse, et ce n'est pas idéal pour lancer une extraction, par exemple. Ou alors on peut se faire pousser derrière une montagne ou derrière l'île en principe, et se retrouver avec un vent de travers assez fort. Il faut donc toujours faire très attention. C'est plutôt bien pour peaufiner tout ça, pour s'entraîner à de nouveaux tricks, mais seulement pour les courageux.
Parce qu'en bas, il y a de la roche volcanique où on peut vraiment se couper gravement. Parce que c'est super tranchant, non ?
Exactement. Bon, ça a l'air radical, c'est sûr. Enfin, qui est vraiment comme ça ? Mais j'ai aussi vu des vidéos de sauvetages d'autres personnes et ce n'était pas si grave finalement. Par contre, je ne sais pas si ça a aussi un rapport avec la chance.
Mais tu avais peur avant de prendre l'avion pour l'île. Est-ce que la peur disparaît immédiatement quand tu es en l'air, au point de te dire : « maintenant, je suis dans mon élément » ?
Oui, on peut dire ça. La peur est plus présente quand je repense trop à tout. À ce que je devrais faire. Mais quand je prends l'avion, ça disparaît d'une certaine manière. Tout redevient naturel.
Ça veut dire que tu n'as pas peur de prendre l'avion, mais plutôt des contraintes de la vie, disons. Comment je vais gagner ma vie ? Où est-ce que je me sens bien ? Où est-ce que je vais habiter, au juste ? Ça va mener où ? Et tout ce genre de trucs, non ?
Oui, exactement. En fait, j'ai plus peur de... Enfin, j'ai énormément de respect pour le fait qu'on peut se blesser en volant, bien sûr. Mais pour ça, j'essaie d'être aussi prudente que possible, enfin pas trop prudente, comme je l'ai déjà dit, mais bien, de voler. Mais oui, plus des angoisses existentielles que de la peur de l'avion.
Tu as aussi une sœur jumelle. Est-ce qu'elle prend l'avion aussi ?
Non, malheureusement pas. Enfin, je veux dire, ce n'est pas forcément "malheureusement", si elle n'en a pas envie, elle n'en a pas besoin.
Tu as essayé de la convaincre ou de lui dire, genre, « Allez, fais-le aussi » ?
Personne de ma famille n'est jamais partie en avion avec moi jusqu'à présent.
Alors pas non plus. Non,
mais elles sont toujours loin. Ma mère est au Brésil et mes sœurs sont à Bonn ou Dortmund. Mais
En fait, vous pourriez être comme les jumelles d'acrobaties féminines.
Oui, j'ai aussi pensé à ça, ça pourrait être un truc de synchro. Vous êtes aussi super
...commercialiser. Peut-être que tu devras quand même réussir à la convaincre.
Oui, je pense qu'elle a d'autres choses qu'elle aime faire. Jusqu'à présent, je n'ai pas réussi à la convaincre. Ce n'est pas vraiment son truc, je crois.
Alors elle est à Bonn et elle a son chez-soi et tout ça. Toi, tu es la nomade. On dit souvent que les jumeaux se ressemblent énormément. Eh bien, là, on dirait plutôt deux pôles opposés. Comment tu expliques ça ?
Je ne sais pas. Enfin, peut-être que c'est l'ensemble de nous deux qui forme un tout, parce qu'on est assez liées. Et si on s'unissait maintenant, peut-être que tout ce qu'on veut faire dans la vie serait complet. Je ne sais pas.
Étais-tu aussi toujours la plus courageuse des deux quand tu étais enfant ? Non. Si on considère que faire des bulles de savon avec de l'alcool, c'est du courage ?
C'est vrai, oui. J'étais plutôt celle qui était un peu vive et qui bougeait partout. J'adorais grimper partout et j'étais déjà très courageuse. Même dans le noir, genre, aller en pleine forêt comme ça.
Est-ce que tu considères aussi ça comme un acte de courage, le fait que tu voyages seule dans le monde en tant que femme ?
Oui, enfin bien sûr, il faut peut-être faire un peu attention dans certaines zones. Mais je pense que peu importe, homme ou femme, on peut en fait faire ce qu'on veut dans le monde. Alors, il y a d'autres points de vue de la part d'autres personnes, mais pour moi, c'est en fait tout pareil.
Les hommes disent très souvent qu'ils peuvent faire ça comme ça, sans problème. Et pour les femmes, on dit toujours que c'est l'homme qui sort avec son instinct de protecteur ou je ne sais quoi, et qu'il dit que la femme est seule et tout ça. Mais en fait, tu vas probablement à Organia, tu y vas en avion ou en voiture toute seule, et tu te dis : « Bon, je vais me trouver une petite chambre ici et j'organiserai toute ma vie comme ça pour moi. »
Oui. Une femme peut tout à fait le faire aussi. Je ne vois pas de grande différence. En fait, c'est même parfois plus facile, si je dois dire. On a déjà des avantages en tant que femme, d'une certaine manière. Avec le charme.
...pour la femme, oh, on a envie de l'aider et puis tu obtiens la chambre que l'homme n'aurait pas si facilement eue. Exactement, j'ai en fait...
...la plus belle de toutes ces appartements. Et les gens aident déjà beaucoup. Je trouve ça plutôt sympa. Enfin, je ne veux pas forcément qu'on m'aide autant. Mais ils sont très serviables.
Alors, tu as aussi parlé de ton parcours, beaucoup de choses ont été faites seul pour toi. Maintenant, tu t'implantes davantage, j'ai au moins cette impression, dans cette scène d'acro, au point de dire que tu fais partie de cette famille des pilotes d'acro de haut niveau. À peu près, quelle est la taille de cette famille ? Est-ce que ce sont ces 29 personnes qui étaient à la Coupe du monde ou est-ce que la scène d'acro est plus restreinte, celle qui se retrouve aussi en Organia, mais il y en a au moins 60 qui auraient pu participer. Ou comment ça se présente ?
Oui, alors il y en a déjà plus, la famille serait en fait plus grande. C'est dommage que certains n'aient pas pu venir à cause de papiers ou de restrictions de voyage. Je dirais qu'il y en a entre 50 et 100, de ces pilotes vraiment forts, oui.
Combien en connais-tu personnellement ?
En principe, tous ceux qui ont participé à la Coupe du Monde sont passés d'Organia. Donc c'était genre, "salut, on se revoit chez Organia". Ils ont switché.
Vous auriez pu louer un autocar.
Et je crois que seuls deux pilotes, Norbert et Thomas, se sont ajoutés par la suite, venant d'Autriche et d'ailleurs.
Et tous les autres ont entraîné auparavant à Organia. Ils étaient tous
directement dans Organia. Ça veut dire que tout le monde
ils se voient tout le temps et savent aussi ce que l'autre est capable de faire, comment il vole, quelles courses il fait, parce qu'il s'entraîne déjà ici et on peut évaluer ça comme ça.
Oui exactement, c'est assez fascinant en fait, ils s'analysent constamment de manière très poussée.
À quel point est-ce stratégique, une compétition ? Enfin, au moins si on veut voler avec le top du top, il faut vraiment anticiper et se dire, je me rappelle, l'autre a encore une carte en réserve, il peut aussi faire le, quoi que ce soit, Superstar Infinite Twisted ou autre chose. Je dois faire au moins une figure de tel ou tel nombre de points pour pouvoir encore suivre, ou comment ça se passe ?
Je pense qu'il y a deux catégories. D'un côté, il y a ceux qui font simplement leur run, qu'ils ont déjà... Je crois qu'ils ont déjà entraîné ça pendant des mois, comme j'ai entendu certains collègues dire : « Quoi, tu n'as toujours pas tes runs ? » Moi, j'étais assise dans le bus en montant à la montagne et je ne savais pas encore tout à fait ce que je devais voler tout de suite. Et pour les autres, ils se disent déjà : « Ah oui, il va probablement faire ça. » Moi aussi, je savais un peu ce que les autres allaient voler et je me disais : « Ah oui, il faut que je fasse ça et ça aussi, sinon je n'ai aucune chance. » Et oui, ça a fini par marcher d'une certaine manière.
Est-ce que cette forme de stratégie te plaît, au final ? Ou est-ce le genre de truc où tu te dis : « Ah, c'est un travail intellectuel, je suis plutôt une pilote à l'instinct » ? Cette partie de la compétition n'est pas vraiment mon truc.
Oui, c'est en fait la seule partie où on se dit vraiment : oui, on est ici dans une compétition et pas juste dans un événement récréatif, parce qu'en fait, tout ça avait vraiment l'air d'être pour le plaisir. Et là, il faut apporter un peu de ça. Mais c'est genre... Au final, je me dis juste : oui, celui qui a le mieux piloté ce qu'il a fait, c'est lui qui gagne, tout simplement. Mais la stratégie, je trouve que ce n'est pas grave pour moi.
Et quand on regarde ça comme ça, il y a des trucs où tu te dis : OK, pour ma prochaine compétition, je devrais absolument savoir faire telle, telle et telle figure. Et je dois les entraîner maintenant, parce que je pense que c'est ma prochaine étape.
Oui, si je devais aller à une prochaine compétition... je le ferais comme ça. Mais je me dis aussi un peu personnellement que je veux savoir faire ce tour et celui-là aussi, parce que je veux impressionner le jury, que ils voient que j'en ai en fait encore plus sous le coude.
Quel tour aimerais-tu savoir faire maintenant ?
Le Joker.
C'était déjà ton personnage préféré, non ?
Non, pas du tout. Ah,
N'importe quoi. Alors explique-moi rapidement, c'est quoi le Joker ? Le
Le Joker, oui, là, on fait un tumbling en hélicoptère. Donc pas une boucle, mais un tumbling. Il faut aussi repartir en spirale et ensuite, assez tôt, enchaîner un tumbling pour rester un peu sur le côté, pas trop haut. Et ensuite, si le pêcheur veut tirer vers l'avant, il faut l'arrêter complètement. Il va s'arrêter presque sous toi, puis il va déraper sur le côté gauche, et là, on le ramène en hélicoptère.
Ok. Je ne sais pas si les gens arrivent à suivre et à se représenter mentalement ce qu'il est en train de faire. Ça a l'air compliqué en tout cas.
Oui, en principe, freiner. Freiner, freiner, freiner, freiner, freiner. Genre, à peu près ça. Bien.
Bon, maintenant vous savez comment faire un Joker. Peut-être. Le mieux serait peut-être de regarder encore quelques vidéos YouTube pour savoir d'abord comment ça fonctionne. Tu regardes beaucoup de vidéos comme ça ? Genre, tu vois toujours qu'il y en a plein, comme Theo de Blick par exemple, qui poste tous les jours des petites vidéos et son dernier run filmé par quelqu'un d'autre ou autre chose sur ses stories Instagram. Tu regardes tout ça systématiquement en te disant "ah, je dois voir ce que font les autres ou comment ça se passe", ou tu es plutôt du genre "non, je fais mes propres trucs ou je vole mes propres lignes" ?
Oui, je ne regarde pas énormément de vidéos, mais j'essaie d'en regarder de plus en plus parce que j'ai remarqué que ça aide énormément. Plus on regarde de vidéos, mieux on devient pour réaliser la manœuvre. Et quand on les regarde, il faut idéalement les visionner trois fois, parce qu'il faut voir ce que fait l'aile, ce qu'on fait avec les mains et ce qu'on fait avec le corps. Et après, on pourrait normalement essayer de le faire soi-même.
Tu as vu cette série de vidéos de Paul Tackerts avec toutes les manœuvres d'agro ou tu l'as abonnné, celle où tu dis que tu regardes tout dix fois ?
Je ne l'ai malheureusement pas abonné, mais je trouve ça super cool que ça existe, aussi pour ceux qui débutent, parce qu'on peut analyser exactement ça. Et je vois ça avec la nouvelle génération, à quel point ils apprennent vite, parce qu'on leur présente déjà tout ça tout cuit, enfin, entre parenthèses. Il faut toujours savoir apprendre à voler, mais on a une bien meilleure base pour ensuite le faire quand on peut se le représenter visuellement. Tu
Tu dis maintenant, tu as déjà dit souvent « nouvelle génération ». Qu'est-ce qui définit « nouvelle » ici, c'est juste les jeunes ou simplement les gens qui commencent maintenant avec l'agro ?
Je dirais que c'est jeune, mais aussi en fait ceux qui apportent de nouvelles choses. Il y en a un, par exemple, qui s'appelle Hugo de France et qui peut aussi faire ça.
Il a pris une aile, a découpé cinq cellules et l'a remontée pour aller en compétition avec cette aile.
Avec ça
était deux mètres plus petit, non ?
Oui, il faisait genre 13,8 ou un truc tout petit, mais avec, il a vraiment super bien réussi les tricks. À un moment, malheureusement juste avant la compétition, il n'allait plus aussi bien et il ne l'a finalement pas fait. Mais des trucs comme ce qu'il fait par exemple... tout simplement, et les nouveaux tricks, ils essaient toujours de développer ou de tester de nouveaux trucs. Il y a encore, il y a encore des possibilités.
Est-ce qu'il y a pour toi un truc comme "ton" trick, où on dirait : personne ne le fait aussi bien que Gabi, ou c'est tellement typique que, peu importe l'aile avec laquelle elle volerait, quelqu'un qui te connaît dirait : ça, ça doit être Gabi.
Oui, alors je n'ai fait mon premier Stall Exit qu'en avril. En avril, c'est mon premier Stall Exit. J'avais une peur bleue de faire ce pas et puis j'ai...
Qu'est-ce qu'un Stall Exit ?
Alors, quand on fait un tumbling, genre un salto, et que juste au moment où l'aile est en dessous de toi, il faut freiner la sortie pour ne pas, pour ne pas sortir du manœuvre, surtout quand on est bas. Et c'est évidemment une énorme prise de courage et il ne faut pas le faire au mauvais moment, sinon on pourrait s'écraser dans l'aile. Exactement. Et depuis que je l'ai fait, la première tentative est tout de suite allée vers l'hélicoptère. Enfin, je n'ai pas du tout stoppé puis sorti, mais j'ai stoppé et j'ai bien tourné vers l'hélicoptère. Et je crois que depuis que je sais faire ça, j'ai seulement stoppé normalement six fois, sinon j'ai toujours tourné vers l'hélicoptère. Donc tout le monde me connaît, quand je stoppe, je tourne toujours vers l'hélicoptère. Pour le plaisir.
Comment est-ce qu'on sort d'un tumbling autrement, si tu dis que c'est la première fois que tu as osé faire ça ? Comment faisais-tu d'habitude ? Tu pouvais faire du tumbling, non ? Alors probablement déjà.
Exactement, on se laisse juste tomber sur le côté. On incline simplement le corps d'un côté et on redescend ensuite en faisant une sorte de salto. On appelle ça un antirhythme. C'est en fait la façon la plus sûre de le faire si on veut l'apprendre, mais il faut évidemment de la hauteur pour ça.
Et pour ce Stall Exit, il faut juste se dire : maintenant, je me lance et je vais jusqu'au bout.
Exactement. Et
exactement, quand l'aile est sous moi, là je dois tirer correctement et si je ne tire pas correctement, sinon je reste coincé quelque part.
En principe, ce n'est pas si difficile. C'est vraiment, il faut toujours choisir le bon moment pour le faire. Il ne faut pas être trop en avance et bien sûr pas trop tard, sinon ça part tellement vers l'avant. Donc, il faut peut-être un entraînement mental pour ça. Et moi, par exemple, si c'était un conseil, j'ai simplement fait les saltos normaux et j'ai toujours tenu mes élévateurs, parce qu'en fait, quand on fait des saltos, quand on se retourne comme ça, on peut simplement se tenir aux élévateurs. Et ensuite, j'ai toujours bougé mes mains comme si j'arrêtais. Juste comme ça. Ou bien je les ai poussées sur le côté, un peu légèrement. Ça ne fait rien pour l'aile. Et alors mes bras savaient déjà, oh, le réflexe doit venir. Et ensuite, c'est passé très facilement.
C'est-à-dire, de la vraie mémoire musculaire que tu développes à l'avance et que tu rappelles au moment voulu.
Oui, exactement.
D'où tires-tu cette force mentale ?
Je ne savais même pas que je l'avais.
Oui, apparemment si, parce que tu dis que tu fais le premier Stall Exit et que tu rentres direct dans l'hélicoptère et tout le reste. À ce moment-là, il faut vraiment être présent, dans l'instant, pour que tout fonctionne, et je pense que ça a aussi un rapport avec la force mentale, non ? Oui, je...
Je me souviens encore de ce que c'était comme ça. Je suis montée en bus et tous les mecs m'ont poussée à faire le "Stall Exit" maintenant. On a regardé une vidéo et j'ai toujours dit : "mais quand est-ce que je vais le faire ?". Ils m'ont répondu : "Ouais, tu sais, quand tu l'as réussi. Fais-le, tout simplement". Et j'étais tellement excitée que je me suis lancée. C'était à Olodänis, là où il y a énormément d'altitude. Je crois que j'ai fait deux "tumbles" déjà. Mais je n'ai pas réussi à sortir. Et là je me suis dit : "Oh non, je n'ai plus qu'une tentative, parce qu'après il n'y aura plus assez d'altitude". OK, on réessaie. Et là, je l'ai fait, c'était la bonne tentative. Sortie vers l'hélicoptère. Exactement, et je l'ai fait en me disant : "Ah, c'est super facile. OK, let's go". Je suis juste continuée vers l'hélicoptère avec d'autres manœuvres.
Lors des championnat du monde, tu as dit qu'il y avait trois femmes sur 29 participants au total. Quand tu traînes dans la scène Agro, est-ce que c'est le ratio typique hommes-femmes ? Définitivement, oui. Ou est-ce qu'il y a encore moins de femmes par rapport aux hommes ?
Parce que je rencontre les femmes qui font vraiment de l'agro-vol, je les croise. En fait, nous étions six femmes au marché agro. Mais oui, en termes de proportions, je ne pense pas qu'on arrive à atteindre un tiers. C'est vraiment très peu de femmes. Elles volent, malheureusement, enfin je veux dire, elles volent plus, mais l'agro-vol est peut-être dispersé dans le monde, je ne sais pas.
Comment pourrait-on faire pour que plus de femmes se mettent à l'Agro-vol ?
Qu'elles sachent que c'est possible et que ce n'est pas si difficile. En général, on n'entend que les mauvaises histoires, et c'est peut-être pour ça qu'on a trop peur. Mais je pense que le plus dur dans tout ce vol d'agro, c'est le temps qu'il faut investir pour devenir bon. Et ça revient à la question de savoir comment je vis, comment je m'organise. Pour moi, c'était la plus grande difficulté, sinon ça va vite.
Ce que je remarque souvent avec ça, que ce soit le vol normal ou le vol de distance, c'est que les femmes ne sont pas aussi compétitives que les hommes dans leur approche de base. Et souvent, les hommes adoptent aussi une sorte de rôle bizarre envers les femmes, où ils essaient soit de les pousser un peu, mais pas trop,
parce qu'elles
... ne sont plus vraiment les protecteurs ou quelque chose du genre. Et en ce qui concerne ces dernières années, il y a de plus en plus d'écoles de pilotage qui disent, par exemple, que nous proposons des camps spéciaux pour les femmes, que ce soit pour le vol de cross-country ou autre chose, parce que les femmes volent différemment quand elles volent entre elles. Est-ce que tu verrais ça aussi pour le vol agro ?
Je pense qu'il y aurait une dynamique différente. Mais en principe, je crois que si on n'avait pas les hommes, on ne pourrait pas pousser autant, parce qu'en fait, ils nous ont un peu montré la voie, la manière de faire, et nous n'avons plus qu'à suivre.
Est-ce qu'il y a une figure particulière ou, pour dire les choses autrement, est-ce que tu pourrais imaginer développer un jour ta propre figure, en disant : « C'est ma figure signature, c'est la mienne, je lui ai donné un nom » ?
Oh, je ne sais pas, je pense. Enfin, je n'y ai pas réfléchi. Peut-être que je pourrai faire un record sur quelque chose, mais une figure à moi, là, je dois encore y réfléchir. Encore un peu d'entraînement, encore plus, parce que je dois aussi maîtriser tout le Twisted en FF pour être prête pour le tout nouveau.
Twisted, ça veut dire qu'on fait les manœuvres en étant en rotation, donc à l'envers.
Exactement, on regarde alors la aile, elle s'est une fois enroulée comme ça et on fait simplement les mêmes manœuvres de la même manière, seul c'est différent visuellement.
Tu l'as déjà fait ou tu t'entraînes déjà à ça, ou bien tu t'es dit : non, je vais d'abord faire le truc normal, c'est encore un peu trop haut pour moi. Enfin,
j'ai déjà commencé, mais vraiment très, très peu. Et si je reviens peut-être m'entraîner un de ces quatre, j'aimerais bien essayer ça.
J'ai fait des stalls, genre des stalls et puis j'ai fait des pivots et tout ça, exactement.
Où te vois-tu dans cinq ans ?
Je n'en ai aucune idée, ma vie, je la planifie de manière si spontanée, je ne sais pas du tout.
D'accord, plus court. Où te vois-tu dans cinq mois ?
Je ne sais plus ce que j'ai de prévu dans cinq mois, mais j'espère être en train de faire de l'acrovolo.
Ensuite c'est l'hiver, alors tu devrais aller quelque part au Chili ou bien où ?
Exactement, le Chili ou El Hierro à nouveau. C'est faisable
c'est aussi bien en hiver, non ?
Exactement, El Hierro fonctionne de janvier à avril, et même avant en fait, mais parfois ce n'est pas encore assez fort pour pouvoir faire toutes ces rotations. Le Chili est loin, mais ce serait une autre idée.
Tu y es déjà été ?
Oui, j'y suis déjà allée, mais je n'étais pas encore une pilote d'acro à l'époque. C'était, enfin, au tout début, j'y étais, exactement.
Est-ce que tu as des modèles dans le milieu de l'acrospoir ?
Oui, carrément. Enfin, quand j'ai vu le top 10 de la compétition, en fait même le top 20. Je me suis juste dit, wow. Ce qu'ils peuvent encore faire sur le radeau, presque nous dépasser. Là, j'ai vraiment vu une grosse différence sur tout ce qu'on peut faire. Et je n'en suis pas encore loin du tout.
Tu penses que tu pourras un jour atteindre ce niveau ?
Si je m'entraîne sérieusement, je pense que c'est possible, oui.
Combien faut-il s'entraîner pour en arriver là ?
Ouh là, c'est une question difficile. Je ne sais pas, certaines choses prennent du temps, d'autres ne demandent pas tant d'essais. Mais je pense que la continuité, oh mon Dieu, je n'arrive pas à le dire. La continuité ? La continuité. Oh, je n'arrive pas à le dire. En portugais, c'est court. Enfin, il faut vraiment voler beaucoup et très régulièrement. Je pense que c'est ça qui apporte beaucoup de succès.
Voler beaucoup et régulièrement, dans l'Agro, ça veut dire s'entraîner constamment. Et probablement toute cette communauté de l'Agro a le même problème que toi. Ou qu'est-ce que ça veut dire, problème ? Est-ce qu'on considère ça comme un problème, c'est toujours une autre question. Mais d'accord, je dois gagner ma vie d'une manière ou d'une autre et en même temps je veux aller voler et je dois m'entraîner énormément pour ça. Et au final... Si je ne suis pas vraiment tout en haut, au sommet, je ne pourrai pratiquement pas en vivre. Comment les autres gèrent ça ? Ou est-ce que c'est aussi un sujet, parfois dans la communauté Agro, dont on parle ? Ou est-ce que c'est un genre de sujet où chacun se débrouille par lui-même ?
Eh bien, les gens en parlent déjà. Et on essaie d'organiser des projets pour essayer de faire en sorte que ça passe dans les médias, peut-être. Ou que ça... Parce que par exemple, les sponsors qu'il y a maintenant, il y en a peut-être seulement pour trois ou cinq personnes maximum dans toute la scène Agro. Et peut-être qu'il y a quelque chose de plus grand qui pourrait nous soutenir. Je ne sais pas. Donc c'est difficile. Mais je veux dire, on fait quelque chose de super beau en fait. Et quand on regarde ça comme ça, enfin pourquoi seulement le foot ? Je ne comprends pas.
Quand les gens vous voient, qu'est-ce que tu reçois comme commentaires ? Tu reçois aussi beaucoup de trucs du genre « t'es un peu fou » ? Ou est-ce que la plupart des gens trouvent ça génial ?
Ouais, enfin je ne sais pas qui regardait. Ils trouvent ça tous très... Enfin, ils trouvent ça génial. Et je pense qu'ils n'ont aucune idée si on est en train de se crasher à moitié ou un truc du genre. Ils se disent toujours : « Wow ». Exactement. Ils voient ça comme un spectacle, en fait. Même quand on fait juste un Dynamic Full, ce qui est en fait très simple. Ça a l'air... Ça a l'air spectaculaire. Parfois, ça passe mieux qu'un Joker ou un truc du genre.
Maintenant, tu as dit qu'un run dure deux minutes. Exactement. Pour un tel run, pour les quelques figures que tu enchaînes, quatre à sept, tu t'entraînes pendant des mois. Oui. Si ce n'est pas même des années.
C'est dingue, oui.
C'est quoi la motivation pour se dire, « Hé, je veux ce Joker, je veux l'Infinity et je veux... je veux être capable de faire ça » ? Pourquoi est-ce que tu investis autant de temps alors qu'en fait, on se demande : à quoi ça sert vraiment ?
Je pense que si on ne prend pas la compétition trop au sérieux, on a déjà la motivation parce que c'est tout simplement amusant de le faire. Alors bien sûr, les gens qui veulent participer, surtout le Top Ten, ils veulent aussi monter très haut. Mais au final, ils sont super heureux à Organia et s'entraînent dans d'autres endroits, ils ont vraiment une belle vie. On va aussi se baigner et cuisiner ensemble. Parfois, ces soirées sont vraiment sympas. Et parfois, on traîne juste là au décollage et on fait une pause. Donc ce n'est pas hyper strict tout le temps. Ça
Ça veut dire qu'Agro, ce n'est pas seulement le fait de voler, mais que c'est fondamentalement un style de vie.
Exactement, je pense bien.
Et qu'est-ce qui te fascine dans ce mode de vie, pris dans son ensemble ?
Simplement les gens qu'on y rencontre. Je dois dire que ce sont des personnages particuliers. Et ce n'est pas juste un seul type de profil, parce qu'on pourrait croire qu'ils ont tous un ego démesuré qui les fait voler. Mais ce n'est pas du tout le cas. Et c'est vraiment beau à voir. Il y en a un qui a travaillé dans une mine et qui vole de manière incroyable. C'est par exemple Igor, il est russe. Et l'autre, il travaille normalement, il fait des pages web et il bosse vraiment. Presque tout l'hiver il travaille normalement et il revient au printemps, en été, pour s'entraîner et boum, il prend la troisième place maintenant aux championnats du monde de Lug.
Le Lug du monde. Exactement. Et si tu devais te situer, là, quelle serait ta particularité ?
Oui, alors pour moi, ça n'a vraiment commencé que cette année, le fait de commencer à avoir une idée de ce qu'ils font vraiment. Avant, j'en faisais déjà un peu, j'ai un peu d'Agro, je fais surtout de l'Agro. Et là, je l'ai toujours fait comme ça et comme ça. Mais maintenant, je l'ai vraiment fait beaucoup une fois. Et là je me dis, wow, ça va vite maintenant et on peut déjà devenir bon. Mais combien de temps il me faudra pour ça, ça dépend de l'humeur, de la difficulté des manœuvres et de tout autre chose.
De quoi est-ce que tu rêves ?
Moi, je trouverais ça déjà cool si au moins une femme arrivait dans le top 10. Ça n'a pas besoin d'être moi, ça peut être quelqu'un d'autre. Et si je pouvais peut-être montrer aux autres comment ça marche ou expliquer un truc du genre.
Comme une prof d'agro, en quelque sorte.
Oui. Un
formation agro-féminine dirigée par Kabi Fonk. C'est une
c'est un grand défi. Mais qui sait. Ça
C'est une belle mission, après tout.
Ou au moins la préparation mentale, ou quelque chose comme ça. Ça vaut déjà son pesant d'or. Je
Je voulais m'arrêter là, mais là tu abordes un sujet intéressant. La préparation mentale. Qu'est-ce que ça signifie pour toi ? Comment fais-tu ta préparation mentale ?
J'essaie de ne pas trop stresser. Enfin, bien sûr, j'ai déjà regardé les figures avant. Je réfléchis tout de suite à ce que je vais faire. Je change d'avis tout le temps avant de commencer le trick. Peut-être que je vais faire une autre figure. Mais je pense que le plus important, c'est de rester calme.
Tu restes calme ? Tu roules tout relax ? Tu montes sur la montagne et tu te dis : super, le run arrive et haha, je vais faire tel ou tel des quatre manœuvres ? Ou est-ce que c'est en fait une tension de dingue pour monter là-haut ?
Oui, c'est parfois une tension énorme et parfois juste une super impatience. Ce n'est pas du tout que je suis super sereine tout le temps. Mais d'une certaine manière, au moment où je commence à le faire, il y a à nouveau ce côté "être dans l'instant" et ne plus penser du tout.
Le dernier complexe que je trouve juste intéressant pour l'instant. Tu as raconté avoir participé à cette compétition avec les serveurs. Et là, c'était tellement précis et tout devait être comme ça. Est-ce qu'il y a des choses que tu as apprises dans ta formation d'hôtelière — je crois que tu as fait une formation là-dedans.
Oui, exactement.
Et avec tout l'entraînement qu'il y a là-dedans, aussi pour être parfait et tout le reste, et aussi avec un certain état d'esprit, genre tu te dis : je dois être aussi précis ici. Que ça fonctionne de certaines manières. Est-ce que tu transfères ça à l'aviation ou est-ce que ce sont deux mondes opposés que tu as d'une manière ou d'une autre séparés ?
Alors, spécifiquement lors de la compétition ou pour ce métier de serveur, parce qu'on est si précis et méticuleux avec tout ?
Ça peut être les deux.
D'accord.
Je devrais y réfléchir. Enfin, pour le vol, je trouve qu'il faut aussi être super précis, parce que si tu n'es pas au point exact où ça décroche ou que tu fais ça, alors tu fais autre chose. Exactement, c'est ce que je comparerais à ça. Mais dans le vol, il y a quand même encore plus ce sentiment et c'est encore plus fort. Enfin, je trouve que c'est plus le sentiment que la tête.
Le service en salle, c'est plutôt la règle que tu dois respecter, la consigne. Exactement. Et voler, c'est la liberté.
Exactement. Voler, c'est aussi ton style. Comme tu le souhaites. C'est ce que tu fais en fait.
Est-ce que c'est un peu comme le Yin et le Yang ce que tu as cherché dans ta vie ? Genre, tu te dis : « Hé, je travaille comme serveuse, j'ai une fonction de service où je dois suivre des règles, être correcte, probablement toujours sourire autant que possible, et faire preuve d'une certaine courtoisie, ou peut-être même jouer un rôle parfois », et l'autre côté, c'est quand tu te dis : « Hé, là je peux juste être moi-même et je n'ai pas à me soumettre aux règles de quelqu'un d'autre ».
Oui, je l'ai vécu. C'est quand on vole. On l'a définitivement à 100 %. Je pense que son besoin d'autonomie est très bien comblé. On décide soi-même de ce qu'on peut faire, de ce qu'on veut faire. Bien sûr, il faut respecter quelques règles, sinon on se prend tout de suite dans les autres, mais oui.
Et ce sentiment de liberté, est-ce que c'est quelque chose qui peut aussi rendre accro ?
Oui, je me suis déjà posé la question à plusieurs reprises. Si ce n'est pas peut-être même une addiction, genre. Surtout que ce serait vraiment super intéressant de savoir ce qui se passe avec notre adrénaline, enfin, chez un pilote d'acrobaties, parce qu'en fait, mon adrénaline monte plutôt avec de tout nouveaux manœuvres que j'essaie ou alors comme en compétition, là j'étais vraiment, c'était de l'adrénaline super haute. Mais sinon, je peux voler ces figures de manière plus détendue. Mais j'ai aussi remarqué que je ne suis plus comme avant, parfois, quand je n'ai pas volé pendant une semaine, je devenais vraiment stressée et tout ça. Maintenant, je ne le ressens plus autant. Donc quelque chose a changé. Je pense que je suis juste devenue plus satisfaite des deux, enfin, je ne sais pas d'où ça vient.
Ça veut dire que comme tu as accordé autant de temps au vol dans ta vie, le vol n'a plus besoin de te tirailler et de te dire : « Hé, tu dois. » Je...
Je pense que c'était un besoin de ma part, un besoin fort. Et je m'y suis consacrée pendant un semestre. Et c'est pour ça que c'est à nouveau équilibré maintenant.
Intéressant. Alors j'espère que ça va continuer sur cette lancée avec tous les nouveaux projets qui arrivent peut-être et les nouvelles offres qui vont tomber. Et qui sait, un clip publicitaire et tu te retrouves à voler au-dessus de dunes devant des voitures de luxe ou autre chose. Merci. C'est certainement passionnant. Je te souhaite tout le meilleur.
Merci beaucoup. Merci de m'avoir permis de participer et de vous parler un peu de moi.
Oui, super. Avec plaisir.
C'était l'épisode numéro 63 de Podz-Glidz avec l'agro-pilote Gabi Fonck en conversation avec Lucian Haas. Dans les notes de cet épisode sur le blog Lu-Glidz, vous trouverez d'autres liens complémentaires sur le thème de l'agrovol. Le podcast Podz-Glidz fait partie de l'offre du blog de parapente Lu-Glidz, disponible sur le net à l'adresse www.Lu-Glidz.blogspot.com. Lu-Glidz s'écrit L U moins G L I D Z.
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